Sur les escaliers du théâtre, il y avait une belle animation, de la musique, des discussions passionnantes et passionnées, un coin pour le dessin, mais surtout une table garnie de livres que l'association avait ramenés à l'intention du public. Une très belle ambiance a régné, hier matin, à la place du 1er Novembre, en plein cœur de la ville de Constantine. Malgré le froid et un ciel gris, des femmes et des hommes de différents âges et horizons, jeunes et moins jeunes, ont «squatté» les escaliers du Théâtre régional de Constantine, pas pour vendre des devises ou des téléphones portables, mais pour une séance de lecture collective sur la voie publique. La rencontre, initiée par l'association culturelle Numidi-Arts, a été lancée comme un défi contre l'inculture et les agressions des espaces publics, qui semblent se banaliser dans la ville du Vieux Rocher. Il s'agit aussi d'un événement culturel venu casser la routine dans un espace qui a de tout temps été souillé et clochardisé. Une façon de le rendre à la culture. Sur les escaliers du théâtre de Constantine, un très bel édifice de 133 ans, où trônaient aussi des portraits des regrettés Ahmed Wahby, Othmane Bali, Amar Ezzahi et El Hadj Mohamed-Tahar Fergani, il y avait aussi une belle animation, de la musique, des discussions passionnantes et passionnées, un coin pour le dessin, mais surtout une table garnie de livres que l'association avait ramenés à l'intention du grand public. Il y en avait pour tous les goûts, et pour tous les âges, en arabe et en français. On ne s'étonne pas de voir Paolo Coelho aux côtés de Yechar Kemal ou Nadjib Mahfoudh ravissant la vedette à Maxime Gorki, sans oublier La Fontaine, alors que l'on a prévu des livres de bande dessinée de Mickey Mouse pour les plus jeunes. Une opération d'une grande portée symbolique, qui verra les présents prendre chacun place en lisant l'ouvrage de son choix, face aux regards curieux des passants. «Nous avons toujours cherché à préserver ce lieu contre toutes sortes d'agressions, et ce n'est qu'une bonne initiative que de lui rendre sa vocation culturelle», nous révèle Nouredine Bechkri, comédien du Théâtre régional de Constantine et membre du staff administratif. L'homme le plus heureux dans cet événement n'est autre que Lounis Yaou, président de Numidi-Arts, qui ne cache pas sa satisfaction. «Ce lieu est sacré, et il est honteux de voir qu'il subit des agressions au quotidien. Cette initiative que nous avons proposée à la direction du TRC vise à rendre à l'édifice sa sacralité en organisant ce genre de rencontres et en militant pour en faire des rendez-vous réguliers», lance-t-il. Un autre présent, qui a affiché sa joie d'être au rendez-vous, est Saïd Boulemerka, homme de théâtre. En convalescence suite à une intervention chirurgicale, il a tenu à faire le déplacement par un geste aussi symbolique. «C'est la culture qui continue de m'attirer et je suis très heureux de voir ce genre de choses», dira-t-il. Cette séance de lecture en public n'est qu'une étape d'un riche programme culturel que l'Association Numidi-Arts bataille pour réaliser. Il touche aussi le cinéma, les beaux-arts et diverses activités en direction des jeunes. L'association se félicite d'avoir réussi à gagner des espaces à la salle Massinissa d'El Khroub et à la maison de la culture Malek Haddad de Constantine. Un appel à manifestation est lancé à tous les cinéastes et artistes pour une diffusion publique de leurs œuvres.