La ville de Bouaké, épicentre de la contestation des militaires, a vécu au rythme des rafales de kalachnikov et de rodéos de soldats encagoulés. Les appels au calme des autorités ivoiriennes n'ont pas été entendus. La mutinerie militaire s'est étendue en Côte d'Ivoire. La contestation des soldats ivoiriens, partie vendredi de Bouaké, la deuxième ville du pays, touche désormais les villes de Man et même d'Abidjan, la capitale économique, où des tirs ont été entendus hier matin. A Bouaké, ce sont des tirs d'armes à feu et d'armes lourdes qui ont été entendus aux premières heures de la matinée. Les soldats, qui demandent des augmentations de salaires, des primes et des logements, contrôlent la ville à l'heure actuelle et filtrent ses accès. Ecoles et commerces sont restés fermés dans cette ville qui est l'ancienne capitale de la rébellion qui contrôlait le nord du pays lorsqu'il était coupé en deux entre 2002 et 2011. Le ministre ivoirien de la Défense s'est rendu sur place pour rencontrer les officiers responsables des troubles et Alassane Ouattara, le président ivoirien, devait diriger un Conseil des ministres hier soir. Ces discussions directes entre le gouvernement et des soldats de l'armée ivoirienne, en colère depuis quarante-huit heures, s'annonçaient déterminantes pour la Côte d'Ivoire, aux portes d'une nouvelle crise, six ans après avoir tourné la page d'une précédente qui avait duré près d'une décennie (2002-2011) et fait des milliers de morts. A Bouaké, les choses ne se sont pas bien passées pour le ministre de la défense, Alain Donwahi. Son cortège terrestre a été bloqué par des insurgés à l'entrée sud de la ville. La zone a passé une première nuit sous le contrôle des mutins et vécu au rythme des rafales de kalachnikov et de rodéos de soldats encagoulés. Le mouvement ne dispose pas encore de visage. Le mouvement d'humeur s'est également emparé de Man, la plus grande ville de l'ouest du pays. Lors de son intervention télévisée, vendredi soir, le ministre de la Défense a expliqué que les revendications des soldats étaient d'ordre corporatiste. «Ils réclament l'augmentation de salaires, la réduction du temps passé dans les grades et les éclaircissements à propos d'une supposée prime», a dit le ministre. «Si les revendications sont fondées, nous ferons face», a promis Donwahi, appelant les mutins à retourner dans les casernes. Mais une fois à Bouaké, le ministre a pu se rendre compte que son message n'avait pas été entendu. Pas plus que dans les villes de Daloa et Korhogo, passées sous le contrôle des mutins. Commerces, banques et écoles sont fermés. A Odienné et Daoukro, ville de l'ancien président Henri Konan Bédié, le calme est revenu après une manifestation de militaires. Des camps militaires, comme celui d'Akouédo (est d'Abidjan), le plus grand du pays et de Tai (ouest, frontière du Liberia), ont toutefois tenu à se signaler en tirant des rafales en l'air. A Abidjan, la peur s'est emparée progressivement de la ville. Vendredi, un officier avait expliqué qu'il s'agissait d'«une mutinerie des ex-combattants intégrés dans l'armée qui réclament des primes de 5 millions de francs CFA (7600 euros), plus une maison pour chacun d'eux». En novembre 2014 déjà, une vague de protestation de soldats était partie de Bouaké pour s'étendre à Abidjan et d'autres villes. Le non-paiement des arriérés de soldes de 2009-2011 et de 2011-2014 des ex-combattants de la rébellion intégrés dans l'armée avait été présenté comme le principal motif de mécontentement. Le gouvernement a proposé récemment une ambitieuse loi de programmation militaire jusqu'en 2020, prévoyant des achats d'équipements et une refonte des effectifs de cette armée de 22 000 hommes.