Costumes traditionnels, danses locales, chants, gastronomie, jeux, mythes, contes et légendes, petits métiers, expositions de photos, vieux documents, visites de sites millénaires, journées d'étude et conférences… Tlemcen se découvre et se raconte. Une mémoire dépoussiérée. Dans son précieux ouvrage Tlemcen, la cité patrimoine à sauvegarder, la Tachfiniya (la Medersa université islamique fondée en l'an 1342), l'anthropologue Djilali Sari nous informe sur la richesse d'une région qui compterait 70% du patrimoine national, dont une dizaine classée patrimoine universel et de l'Unesco. Il nous rappelait, il y a quelques mois : «Depuis 1873, date de la démolition de l'un des joyaux rarissimes de l'architecture de l'Occident musulman, les Amis de la Tachfinya avait choisi, pour cadre de leur première manifestation, un monument hautement symbolique, un prestigieux monument qui a failli subir à jamais l'usure du temps et des hommes.» Un monument retraçant et rappelant solennellement à tous des siècles d'histoire, les siècles qui ont assuré la pérennité de la capitale ayant jeté les bases de l'Algérie moderne et contemporaine. M. Sari prend pleinement conscience de l'œuvre à faire concrétiser vis-à-vis des générations présentes et futures afin, dit-il, «de les concilier avec leur histoire». L'histoire d'une ville, de toute notre patrie. «C'est Bordj Es Saffarine, occupant une position hautement stratégique de la cité zyanide. Un monument qui, une fois restauré et réhabilité à bon escient, sera l'un des pôles des plus actifs de nombreuses manifestations à caractère socioculturel. D'autant qu'il jouxte la salle de conférences de la nouvelle faculté de médecine Abou Bakr Belkaïd, un autre joyau renouant avec les riches traditions artistiques raffinées de Tlemcen.» Très subtil et fortement documenté, le professeur nous fait déambuler, avec gaieté, entre les méandres de notre histoire. Ainsi, de par la symbolique de leur première manifestation, leur premier acte, les Amis de la Tachfinya ont tenu à marquer l'événement qui devra rehausser l'histoire culturelle et scientifique de l'Algérie toute entière. En effet, l'université Tachfinya, l'œuvre du prince mécène Abou Tachfine, devait rehausser la Grande mosquée almoravide du XIe siècle, toute proche, et le Méchouar, par excellence le centre gouvernemental dû au fondateur de la dynastie régnante, Yaghmoracène (1235-1283). C'est à dessein, affirme-t-il, que l'équivalente de la Zitouna, en Tunisie, ou la Quarawine, au Maroc, a été ciblée par la puissance coloniale et l'a détruite sous le fallacieux prétexte d'aménagement d'une place publique. Une si grave amnésie… L'historien, qui n'a pas perdu une once de son savoir, rappellera la «nécessité impérieuse de reconstruire la Tachfinya, un projet techniquement et artistiquement réalisable, à l'instar de tant de monuments, non moins prestigieux, reconstruits à travers le monde». Entre-temps, cette université prestigieuse a subi un lifting pour la pérenniser.