« Il ne peut y avoir de modernisation de la presse sans le développement des moyens mis à la disposition des journalistes et sans formation continue de ces derniers. » C'est ce que le ministre ne cesse de rappeler à chacune de ses visites d'inspection dans différentes wilayas du pays. Hamid Grine en a fait l'une des priorités du secteur. C'est dans ce cadre que le ministère de la Communication a organisé, hier, à l'Université d'Oran, une conférence-formation au profit des professionnels de la presse. Encore une fois, un sujet d'une une importance capitale et d'une actualité brûlante a été abordé : « l'éthique, la déontologie et la pratique du journalisme au temps d'internet ». La conférence a été animée par Daniel Cornu de l'Université de Genève. D'aucuns estiment qu'internet est en train de bouleverser la pratique du journalisme. Une réalité largement affirmée par le conférencier. Celui-ci a indiqué que depuis les années 90, il y a eu l'émergence du journalisme de communication qui concurrence aujourd'hui celui d'opinion et d'information. Il a indiqué que le journaliste n'est plus le seul à raconter le monde et qu'il est bien moins présent sur les lieux des évènements comparativement à ce qu'il a été dans un passé récent. Allons-nous vers la disparition du journaliste ? « Non », répondra l'universitaire, et ce pour la simple raison que les informations ont toujours besoin d'être « filtrées, vérifiées et remises en valeur ». Il relèvera, en outre, qu'internet pose des questions, notamment la fiabilité des informations diffusées sur la toile. Il a souligné que la participation du public à la circulation de l'information et de la communication se passe sans que ce dernier ne prenne la précaution de vérifier la véracité des informations qu'il fait circuler. Cornu dit avoir une bonne idée de la charte d'éthique et de déontologie algérienne. Il a soutenu que celle-ci est « proche » et « semblable » à la charte de Munich adoptée le 24 novembre 1971. Pour lui, l'éthique est sur trois niveaux : le savoir-faire (les règles du métier, vérification des sources d'information), le savoir de bien faire (le respect des normes du journalisme) et, enfin, la consécration des valeurs d'éthique. Devant un parterre de journalistes et d'étudiants en sciences de la communication et de l'information, le ministre de la Communication, Hamid Grine, a soutenu que ces sessions de formation, bien qu'elles soient bénéfiques aux journalistes, restent insuffisantes. Selon lui, il faut une formation continue mais aussi et surtout « les journalistes se doivent de veiller à se former seuls à travers la lecture et la mise à niveau ». Toutefois, le ministre a soutenu que la formation ne peut avoir aucune valeur sans l'éthique et la déontologie. « Confondre vitesse et précipitation » Lors d'un point de presse tenue en marge de cette conférence, Grine a tenu à répondre à certaines interrogations des représentants de la corporation. D'abord en ce qui concerne l'avant- projet de loi sur la publicité. Grine a indiqué que celui-ci n'a pas été remis au Conseil des ministres, comme cela a été annoncé par certains journaux. « C'est faux. Le projet est toujours au niveau de notre ministère. Il n'a jamais été déposé au Conseil des ministres », a-t-il précisé. Le ministre indiquera, également, qu'il n'a été ni consulté ni associé dans le cadre de l'élaboration de la mise en œuvre d'une charte d'éthique et de déontologie magrébine. « Je ne suis ni consulté ni associé », a-t-il répondu. Et pour ceux qui estiment que la délivrance de la carte provisoire de journaliste professionnel n'a pas changé grand- chose dans l'exercice du métier, Grine a tenu à affirmer que les choses vont s'améliorer d'ici peu. Il a expliqué que son département a organisé dernièrement une session de formation au profit des chargés de communication des institutions, lors de laquelle il a été demandé à ces derniers de communiquer et de répondre aux sollicitations des journalistes. Pour lui, le problème réside dans le fait que les chargés de communication n'ont souvent pas d'information à transmettre aux journalistes.Le ministre a invité, dans ce sens, les journalistes à ne pas sombrer dans le pessimiste, rappelant par la même occasion que l'organisation et la professionnalisation du secteur nécessitent leur contribution, une fois toutes les autorités de régulation, notamment celle de la presse écrite, installées et le conseil d'éthique et de déontologie opérationnel. Concernant l'audio-visuel, Grine a indiqué que le premier responsable de l'autorité de régulation, en l'occurrence Miloud Chorfi, est en train d'organiser des rencontres avec les directeur des télévisions agréées pour tenter de mettre de l'ordre par rapport à certains pratiques pour éviter tout dépassement. Le ministre de la Communication a souligné que l'univers de la presse électronique en Algérie recèle du bon et du moins bon. Il regrette qu'« il y ait parmi cette presse, florissante dans notre pays, celle qui prône la diffamation ». Or, dit-il, « l'injure est l'argument de celui qui n'a pas d'argument ». Il ajoutera que certains titres « confondent vitesse et précipitation ». Y a-t-il une possibilité pour les pouvoirs publics d'« aider » cette presse « naissante » à travers la publicité ? Le ministre a relevé que 90% de la publicité publique est détenue par les privés. Il dira que sans cette manne publicitaire, la majorité des journaux mettraient la clé sous le paillasson. Concernant les correspondants des chaînes étrangères dont les bureaux sont agréés à Alger, Grine dira qu'aucun journaliste n'est au-dessus de la loi. Il a, également, soutenu que rien n'oblige le ministère à renouveler l'agrément à ces bureaux une fois le contrat arrivé à expiration. « L'Algérie est souveraine. Elle est libre de renouveler ou pas l'agrément à ces bureaux », a-t-il conclu.