Finies les vacances. C'est l'heure du retour des Algériens établis à l'étranger. L'aéroport international Houari-Boumediène d'Alger grouillait de monde hier. C'est le cas tous les jours en cette fin du mois d'août. Des familles algériennes venues passer les vacances d'été s'apprêtaient à rejoindre leur pays d'accueil. De longues files se formaient devant les guichets d'enregistrement pour l'embarquement vers Paris, Madrid, Italie, Genève, Montréal, Le Caire, Tunis, Alicante, Lyon en cette matinée du samedi. Les émigrés font le chemin du retour avec « un pincement au cœur ». Respect des horaires de vol Ils étaient très nombreux devant le guichet de Montréal. Zahir est originaire des Ouadhias à Tizi Ouzou. Il est venu avec sa petite famille pour assister au mariage de sa sœur. « Je viens tous les deux ans passer mes vacances au bled, mais j'insiste ces derniers temps à venir pour mes enfants. Ils doivent connaître leur pays, leurs origines et apprendre notre langue », a-t-il confié. Ce jeune émigré, qui travaille dans le secteur de la santé au Canada, a relevé avec satisfaction les mesures prises par la police. « La procédure est plus souple et rapide. C'est une bonne chose car d'habitude, nous passions des heures devant les guichets. Il y a une grande amélioration des conditions d'accueil notamment des familles accompagnées d'enfants », a-t-il constaté. Notre interlocuteur a également signalé le respect des horaires de vol. « Nous avons longtemps souffert des désagréments causés par les retards récurrents des vols d'Air Algérie mais là je constate une amélioration et une meilleure organisation. D'ailleurs, il y a moins de grogne chez les voyageurs par rapport aux années précédentes », a-t-il signalé. En revanche, cet émigré a déploré la dégradation de l'environnement en Kabylie. « La région est sécurisée. On se déplace à l'aise et sans inquiétude mais le point noir, c'est la saleté. Des décharges publiques sont constatées partout. Chaque fois que je viens, c'est une autre montagne d'ordures qui est découverte. C'est malheureux », a-t-il regretté. Farida et Dalila vivent au Canada depuis plusieurs années et travaillent dans le secteur de l'éducation. Mères de famille, elles viennent chaque année en été au bled, pour passer les vacances en Algérie. « Je viens surtout pour voir mes parents. Je suis venue le 26 juin dernier pour passer le ramadan avec ma famille car le mois sacré n'a de goût ni charme qu'en Algérie et avec mes parents. Malheureusement, nous étions « séquestrés » à l'intérieur de l'avion pendant plus d'une heure. Deux voyageurs ont été pris de malaise après 10 heures de vol. C'était la pagaille ! Ensuite, à l'atterrissage, le bus n'était pas disponible. J'étais très déçue à l'arrivée, mais les policiers nous ont rassurés, surtout avec la facilitation de la procédure », a raconté Dalila, originaire de Blida. Cette dernière a, elle aussi, déploré le manque d'hygiène et la saleté dans les plages, les complexes touristiques et les restaurants. « J'étais outrée quand des gardiens au niveau d'une plage à Aïn Taya m'ont interdit l'accès parce que la plage affichait ‘‘complet'' ! On a un très beau pays mais son potentiel touristique est négligé. L'année dernière, j'ai filmé des endroits merveilleux à Beni Haoua à Chlef. Je vous jure que des collègues canadiens n'ont pas cru que c'était en Algérie », a-t-elle confié. Pour sa part, Farida a estimé que les émigrés n'ont pas un grand choix aujourd'hui notamment avec la crise économique. « On voulait louer un appartement à Bejaïa. Les prix étaient très élevés. Mais ce qui me fait mal au cœur, c'est cette absence de culture du tourisme chez nous. Nous sommes mal accueillis notamment dans les structures hôtelières publiques. Dommage, car notre pays est merveilleux mais il manque une réelle politique pour attirer les touristes. Nous venons surtout pour voir la famille et aussi parce que nous sommes attachés à l'Algérie », a-t-elle dit. Notre interlocutrice a regretté l'absence des lieux de loisirs et de détente : « A Alger, c'est très limité. Il n'y a pas d'ambiance comme en Tunisie. La capitale dort à 18h en été, ce n'est pas normal ! » L'insécurité a changé de camp Karim, un chauffeur de taxi en France, rencontré à l'aéroport, portait une tenue sportive aux couleurs de l'emblème algérien. Accompagné de sa famille, il devait rejoindre Lyon. « Je vis en France depuis plusieurs années. J'ai fui le terrorisme et j'ai travaillé dur. Je ne cherchais que la sécurité et la paix. Sans avoir la peur au ventre, comme ce fut le cas dans les années 1990. Nous étions mal vus et mal considérés. Plutôt considérés comme de potentiels terroristes rien que parce que nous sommes algériens. Dieu merci, aujourd'hui nous sommes en paix et en sécurité même dans les villages les plus isolés. Je suis sorti avec ma femme qui est étrangère et nous avons visité plusieurs sites touristiques, même de nuit. Rassurés par la présence des services de sécurité partout sur le territoire. C'est grâce à eux et à leurs sacrifices que le pays est stable aujourd'hui. Il ne faut pas aussi nier le développement du pays même si beaucoup reste à faire. J'ai visité Les Sablettes et je me suis déplacé à l'Ouest. L'autoroute est un joyau. Il faut dire que le pays s'est développé dans plusieurs domaines », a-t-il constaté. Un avis partagé par Fatima qui accompagnait ses deux fils résidant en France et en Espagne. « Je suis très contente que mes enfants aient réussi leur vie à l'étranger, mais aujourd'hui je ne suis pas rassurée à cause des actes d'islamophobie et du terrorisme. J'ai peur pour eux sincèrement », a-t-elle confié. Sa belle-fille a tenu à préciser que l'Algérie a gagné sa guerre contre le terrorisme. « Il faut préserver l'Algérie, notre beau pays. On a de belles plages, des endroits magnifiques. J'avais les larmes aux yeux quand j'ai vu des touristes étrangers circuler librement à Aïn Témouchent et Biskra. Ça fait vraiment plaisir », a-t-elle raconté les yeux larmoyants. Son mari la taquine : « Le charme de nos plages est cette coexistence entre le maillot de bain d'une pièce, de deux pièces, le burkini, la robe d'intérieur, le hidjab, des gens qui font la cuisine en bord de mer », dit-il amusé. » Sarah va rejoindre l'école cette année. Cette petite résidant à Madrid se promenait dans l'aérogare de l'aéroport avec son cartable rose sur le dos. Elle ne semblait pas pressée de partir et quitter sa grand-mère et sa tante qui ne cessait de la prendre en photo. « Je lui ai offert un trousseau scolaire complet. C'est le cadeau de mamie à l'occasion de la rentrée scolaire. Je lui ai même fait du kh'fef », a fait savoir la grand-mère de la petite Darine mais son papa avait une autre version. « Les fournitures scolaires sont très cheres en Espagne. Franchement, je ne peux pas me permettre tout ce trousseau. En Algérie, on ne sent pas la crise économique notamment dans les marchés, les grandes surfaces, les complexes touristiques », a-t-il fait savoir. C'est l'heure du décollage, les émigrés quittent le sol algérien avec l'espoir de revenir l'année prochaine dans des circonstances meilleures.