Ali Abdallah Saleh, le président du Yémen depuis 1978, est à Ryad, en compagnie d'Ali Moujawar, son Premier ministre, des présidents des deux chambres du Parlement et de 35 hommes forts de son régime, pour des soins sur «insistance» d'une équipe médicale du Royaume qui s'est rendue à Sanaa pour les examiner avant de leur conseiller de se rendre en Arabie Saoudite pour traitement. Plusieurs indices montrent que le pouvoir, - même si «on» annonce son retour «dans quelques jours» - s'apprête à changer de main après cette «hospitalisation» qualifiée par plusieurs observateurs comme le début de la «chute du régime».Abdel Rabbo Mansour Hadi, le vice-président qui assure pendant 60 jours l'intérim en tant que chef de l'Etat et de l'armée, conformément à la Constitution, s'est entretenu avec John Brennan, le premier conseiller d'Obama pour la lutte contre le terrorisme et l'ambassadeur des Etats-Unis à Sanaa sur «l'importance de la coopération» avec l'opposition. Aussitôt après cette entrevue et comme pour montrer qu'il prend les choses en main, il a rencontré les chefs militaires, Ahmed, le fils aîné de Saleh que l'opposition accuse de préparer la succession et les neveux du Président qui contrôlent les services de sécurité à partir du Palais. L'opposition promet de tout faire «pour empêcher» le retour de M. Saleh. Ses dirigeants ont rencontré, hier, l'ambassadeur américain et le représentant de l'Union européenne. Au menu : leur disponibilité à coopérer avec Abed Rabbo Mansour Hadi sur les deux issues possibles à court terme. La première, comment contrer les proches du président Saleh de prendre le pouvoir et par là, éviter de nouveaux conflits entre le pouvoir et les tribus. «Le Président sera de retour après la fin de son traitement médical dans les quelques jours qui viennent, avant de remplir son mandat constitutionnel en tant que président de la République du Yémen jusqu'en 2013» annonce le Congrès populaire général, le parti au pouvoir, dans un communiqué. La seconde, l'application du plan de paix des pays du Golfe.Fini politiquement depuis longtemps, le président yéménite sera-t-il après Ben Ali, le Tunisien et Moubarak, l'Egyptien, le troisième Président à quitter la scène sous la pression de la rue qui crie déjà victoire ? Les «jeunes de la révolution» se préoccupent de ce qui va se passer après ce départ. Certains redoutent un coup d'Etat. L'attaque, qui a blessé Saleh, serait une tentative d'assassinat, selon la société d'analyse géopolitique Stratfor qui soupçonne le général Ali Mohsen al Ahmar. D'autres une guerre civile. Surtout si Ryad, qui finance le gouvernement de Saleh, approvisionne l'armée et subventionne les hôpitaux, prend la décision capitale de couper les fonds. Blessé par un tir de roquette dans la mosquée de son palais, vendredi à Sanaa, un tir attribué tout à tour aux hommes du cheikh Sadek Al-Ahmar, le chef du puissant clan des Hached, à Al-Qaïda et à Mohsen, Ali Abdallah Saleh a été opéré, hier, dans un hôpital militaire saoudien au thorax d'un éclat du projectile. Selon la BBC, il aurait un éclat de shrapnel long de 7,6 cm sous la région du cœur et serait brûlé au second degré au thorax et au visage. Il pourrait subir après une opération de chirurgie esthétique pour ses blessures au visage et au cou. Dire qu'officiellement, le président yéménite n'a que quelques «égratignures au visage et à la poitrine» !