Les petits « bougnoules » que nous sommes ont encore besoin des opinions éclairées de la tête blonde bien développée. Comme si la presse algérienne, tous secteurs confondus, qui a fait ses preuves aux pires moments de l'histoire du pays, avait besoin des conseils d'une organisation qui la considère comme inapte à accomplir sa mission d'informer. Faut-il alors s'étonner que le boss de RSF réduit les médias algériens à de simples caisses d'enregistrement, travaillant sur commande et servant d'alibi pour régler des comptes ? Il aurait fallu être naïf pour penser que le mode de pensée de RSF a changé. Julliard pouvait-il dévier de la ligne de son prédécesseur, le tristement célèbre Robert Menad qui, sentencieux, déclarait que derrière chaque patron de presse il y avait un général ? Faut pas rêver. RSF est une organisation qui garde le cap. D'autant que ce cap, déterminé par le gouvernail de sombres officines, rapporte gros. Julliard se dit aussi préoccupé par les pressions économiques (comprendre la manne publicitaire) feignant d'ignorer que dans l'économie de la presse, la pub est incontournable. Une règle établie par les économies libérales, symbole de la démocratie. Ce monsieur, qui se drape de l'étoffe du donneur de leçons à la science infuse et aux connaissances incontestables, pousse le bouchon très loin en déclarant qu'«en Algérie, il n'est pas facile de parler de l'armée ainsi que du président et de son entourage». Rien que ça ! Si cette déclaration dénote d'une méconnaissance totale de la presse algérienne (que monsieur Julliard consulte les collections de la presse nationale, et il verra que ses convictions sont plus un cliché qu'une réalité), il serait néanmoins bien inspiré de balayer devant sa porte. Depuis quelques années, la presse en France, pays de la liberté d'expression, comme on insiste à nous le faire croire, vit un sale quart d'heure, sans émouvoir, pour autant, RSF et ses pairs d'ONG. Que les patrons de presse dans l'Hexagone soient choisis sur la base de leur allégeance au grand maître ne dérange point. Que des journalistes se voient licenciés pour crime de lèse-majesté non plus. Que la directrice de l'information de France 2 se fasse humilier publiquement pour avoir «osé» un peu d'humour, silence radio. Quand un texte imposant la censure sur Internet voit le jour, RSF est aveugle. Quand on supprime la pub sur les chaînes publiques de télévision, l'ONG n'en fait aucune pub. Enfin bref, quand la presse est mise au pas par le pouvoir de l'argent qui fait et défait les rois de France, RSF et Julliard oublient leur mission. A moins qu'ils n'aient pour seule mission de mettre la pression sur l'Algérie et sa presse. Obscure mission.