Ils étaient couverts de gloire et s'apprêtaient à conquérir le monde par la seule grâce de leur talent. Bien installés dans leurs clubs respectifs, ils étaient respectés et même adulés par les foules qui vibraient à chacune de leurs prouesses. Leur voie était donc toute tracée : ils allaient entrer dans la légende et en cette veille de Coupe du monde-1958, ils étaient le plus naturellement du monde sur les tablettes de l'entraîneur national français : aux côtés des Piantoni et Just Fontaine, on retrouvait Mekhloufi, Soukhane, Oudjani...Soudain leur vint un message du Front : il leur était ordonné d'abandonner la compétition séance tenante et de rejoindre par tous les moyens la Tunisie. Ils firent alors leurs bagages et disparurent dans la nature. Ils étaient assez nombreux pour constituer une équipe de football, l'équipe du FLN. Une composition prestigieuse que les générations d'aujourd'hui devraient mieux connaître : Arribi, Kermali, Maouche, Rouai, Bentifour, Zouba, Ibrir Benfeddah...feront alors le tour du monde en s'illustrant par de brillantes prestations qui tiendront tête aux plus grandes nations du football. C'est alors que cette équipe du FLN fera connaître la cause nationale mieux que toutes les ambassades et toutes les délégations politiques, sans doute parce que le football reste l'un des meilleurs vecteurs d'un pays en guerre. Les stratèges du FLN de l'époque l'avaient compris : rien de mieux qu'une équipe sportive pour véhiculer le message d'une nation opprimée, a fortiori quand cette même équipe aligne des virtuoses maniant avec un art inégalable le ballon. Ainsi quelques joueurs continueront l'aventure après l'indépendance et certains se reconvertiront même en entraîneurs avec beaucoup de réussite : Mekhloufi offrit sa première médaille d'or au football algérien en 1975, Zouba, pour sa part, offrit le premier titre continental à un club algérien, le MCA en l'occurrence, en 1976 et Kermali, offrit son premier trophée africain à l'Algérie en 1990. Depuis l'Equipe nationale ne gagne plus ou si peu. Une affaire de valeurs ? Sans aller jusqu'à accabler les nouvelles stars de manquer de patriotisme, il y a quand même une conception très marchande qui s'est emparée du football. On mouille bien son maillot mais contre de mirobolantes primes. Autres temps, autres mœurs. Enfin, de quoi je me mêle ? Khelli l'bir beghtah. Rabah Khazini