Bilan Invité, hier, au forum d?El Moudjahid, Mustapha Farouk Ksentini, a dressé un tableau peu brillant de la situation des droits de l?Homme en Algérie. Le président de la Commission nationale consultative de protection et de promotion des droits de l?Homme (Cncppdh) a parlé des «freins puissants» et l?instrumentalisation de l?appareil judiciaire par le pouvoir exécutif. Les entraves, les dysfonctionnements et la bureaucratie sont les freins d?une justice équitable pour tous. Il soulignera, au passage, la faillite du système éducatif, car «l?école n?a pas fait son travail», a-t-il estimé. L?avocat ne manquera pas de pointer du doigt les carences professionnelles de certains magistrats qui «refusent de s?adapter aux nouvelles réalités». A propos du code de la famille, Ksentini l?a qualifié de «générateur d?inégalités importantes». Il a également fait état de cas de torture commis par des agents de l?Etat contre des civils, de la corruption, principal moteur d?une injustice sociale flagrante. Il a abordé, également, la mesure de détention provisoire, dont «l?application pose un problème», selon l?avocat, c?est pourquoi il suggérera «sa suppression». Cette mesure, rappelons-le, doit être à caractère «exceptionnel». Elle est devenue, dans la pratique, systématique. De la présomption d?innocence, l?orateur a précisé qu?elle «n?est pas respectée». Sur la question de l?état d?urgence, toujours en vigueur, Ksentini dira : «Certains considèrent que l?état d?urgence est un obstacle pour les libertés. Je ne partage pas cet avis.» Car «le terrorisme n?est pas complètement éradiqué pour demander la levée de cette mesure», a-t-il argumenté. S?agissant de la réforme de la justice, Ksentini recommandera de revenir aux conclusions du rapport Issad. C?est grâce à la réforme de la justice et de son système judiciaire que l?Algérie pourra respecter les engagements internationaux qu?elle a eu à prendre. A ce sujet, il rassurera que «l?Algérie mettra ses textes en conformité avec ses engagements». Il subsiste la question de l?encombrement des cours de justice, qualifié d?«inflation judiciaire» par le juriste, qu?il justifie par le fait que «les affaires sont mal jugées en première instance et le renvoi devant les autres juridictions est imposant». Le mauvais traitement des dossiers est alors à l?origine de cette «inflation». Economiquement, Ksentini a affirmé que «l?Algérie ne représente pas encore un espace juridique sécurisé pour l?investissement extérieur».