Témoignages n «Je ne suis ni fou ni malade pour consulter votre association de psychologues et de psychiatres», lance un jeune rencontré au cœur d'Alger. Ce point de vue est malheureusement partagé par un nombre non négligeable de jeunes, notamment ceux qui consomment du haschisch. Le cas de Amine S., Zaït pour les intimes, est éloquent. Pour lui, un joint remplace largement la séance psychothérapeutique. «Avec le cannabis, j'oublie le stress, je soulage mes souffrances et je fais librement ce que je pense sans timidité. Pour moi, Madame Courage — le haschisch — est irremplaçable», confie Amine, sous l'emprise du kif. Pour Farida, c'est en raison de problèmes familiaux qu'elle s'est adonnée au tabac. Interrogée, elle n'a pas voulu nous parler. Mise en confiance, elle finira par égrener le chapelet de ses peines. «Je me suis mise à fumer lorsque mon époux avait commencé avoir des soupçons à mon égard. Il m'a accusée d'avoir une liaison avec un voisin. Comme consolation, je ne trouvé que la cigarette. Maintenant que ma santé a pris un sérieux coup, j'ai décidé d'arrêter», a-t-elle avoué, ajoutant : «J'ai toujours souhaité fréquenter votre association. Toutefois, j'ai peur du qu'en-dira-t-on.» Lorsque nous lui avons dit que des femmes qui sont passées par cette association ont fini par s'en sortir, elle nous a promis d'y aller. «Ce n'est pas facile, ce n'est pas facile», répète-t-elle. Attiré par notre conversation, un jeune, s'est approché de nous. Sautant sur l'occasion, nous lui avons pour demandé son avis sur le tabac. «Il pourrait paraître vain de se poser des questions sur le tabagisme alors que le problème préoccupant est celui de l'angoisse. J'ai perdu trois emplois à cause du stress. Je ne peux rester plus de 20 minutes assis sur une chaise, ou encore enregistrer des factures. Parfois, je laisse des piles de dossiers sur mon bureau et je sors. Ce qui a déplu aux directeurs qui m'ont tout bonnement limogé. Quelque part ils ont raison. Je suis à ma deuxième séance dans l'association dont vous parlez. Je ne vous cache rien, j'ai senti un changement qui me permet de travailler désormais sans qu'on me fasse des remarques.»