Vérité n Une société sans tradition éditoriale vivifiante et reconnue dans la sphère médiatique est pour ainsi dire morte. Si elle ne conserve pas dans sa mémoire scripturaire les traces vivantes de sa culture livresque, elle est en proie à un immobilisme culturel qui fige toute la dynamique de pensées qu'elle recèle en son sein. Toute la synergie propre à favoriser la production éditoriale et par-là même la circulation des idées dans un nécessaire mouvement des idées, est occultée dans son élan créatif. Cet immobilisme peut être fatal à l'essor qualitatif de la pensée savante. Il serait présomptueux d'affirmer de façon ostentatoire que l'Algérie ne regorge pas de trésors de talents qui ne demandent qu'à être entendus et reconnus. Comme il serait vain de dire que dans une forte tradition orale comme la nôtre, l'expression littéraire peine à voir le jour. Le vrai problème de l'édition réside en réalité dans tous les mécanismes intrinsèques au processus de publication d'un ouvrage, un processus qui n'est pas mis en branle de façon définitive. Les retombées sur la production éditoriale, qu'elle soit privée ou étatique, si elles ne sont pas catastrophiques, freinent, quelque part, certaines volontés, même s'il faut rendre à César ce qui lui appartient, car ces dernières décennies ont poussé de jeunes auteurs à ouvrir les portes de la création et de l'expression, avec l'apparition sur le marché éditorial qui vivote, cahin-caha, à travers quelques maisons d'éditions spécialisées dans la publication d'œuvres littéraires et grâce auxquelles de jeunes plumes sont apparues dans le paysage livresque algérien. Dans ce dossier l'on s'est interrogé avec des éditeurs privés et un auteur sur le processus exact qui entre dans la publication d'un livre, indépendamment du créneau éditorial, sur les critères distinctifs qui favorisent la sortie d'un ouvrage, enfin sur les obstacles de divers ordres que peuvent rencontrer de jeunes auteurs dans tout leur parcours dans l'édition d'un manuscrit. Les avis convergent sur les difficultés économiques que connaît actuellement le marché éditorial, un marché encore pauvre en raison de l'inadéquation entre l'offre et la demande, le nombre clairsemé de maisons d'édition qui ne sont pas suffisamment équipées en personnels, d'un lectorat réduit à la portion congrue, de l'absence de statut juridique de l'écrivain. Tous ces éléments font qu'une œuvre romanesque et surtout poétique est rare. C'est un véritable parcours du combattant qu'empruntent les jeunes auteurs pour se faire éditer. Il apparaît aussi que le critère qui conditionne la publication d'un livre est de loin la qualité du texte, la singularité de son souffle intérieur. Si de nombreux manuscrits dorment au fond des tiroirs, faute de moyens économiques et juridiques chez beaucoup d'éditeurs qui ne prennent pas le risque de publier un auteur, l'écrivain et le lecteur en pâtissent. Et la reconnaissance publique d'une valeur tarde à venir. La production livresque s'en trouve restreinte, ce qui ne profite guère à la culture algérienne.