Nul doute que les programmes engagés jusqu'ici par les pouvoirs publics dans le secteur du Btph et des travaux publics ont mis à nu toute la faiblesse de nos capacités de production de matériaux de construction vis-à-vis de la demande. Et pour preuve il suffit de se référer aux dernières statistiques relatives aux volumes d'importations de ciment, acier et bois enregistrées l'année écoulée et durant le premier trimestre 2014. Selon le Centre national de l'informatique et des statistiques (Cnis) relevant des Douanes algériennes, les importations algériennes de matériaux de construction (ciment, bois et acier) ont atteint les 2,17 millions de tonnes au cours du 1er trimestre 2014 contre 2,11 millions de tonnes à la même période de comparaison de 2013. Enregistrant ainsi, d'après le Cnis, une légère hausse de 2,84% en ce début d'année 2014. Pour le détail les quantités de ciment importées ont connu une augmentation de 19,61%, passant de 956 931 tonnes à 1,144 million de tonnes durant la même période de référence. Toujours au registre des importations le bois, le fer et l'acier ont, par contre, accusé une baisse. Ainsi pour le bois, durant la période de référence, la quantité importée a été estimée à 377 732 tonnes contre 403 534 tonnes, en baisse de près de 6,4%.Quant au fer et à l'acier les quantités importées ont été de 754 104 tonnes. Il y a lieu aussi de noter que durant l'exercice 2013 les importations algériennes de matériaux de construction ont connu une hausse de 20,10% en volume. Elles ont atteint en fait 8,66 millions de tonnes. En clair cette augmentation des quantités a été tirée essentiellement par des hausses des importations de ciment (55%) et de bois (5%), alors que celles de fer et de l'acier ont reculé de 11,4%. Pour revenir à l'imposante quantité de ciment importée cela est dû, selon le ministère du Développement industriel et de la Promotion de l'investissement, au fait que le déficit de l'Algérie dépasse actuellement les 5 millions de tonnes/an puisque la capacité nationale en la matière ne dépasse pas les 18 millions de tonnes/an (voir encadré sur les capacités nationales de production). En ce qui concerne les autres matériaux, à savoir le gypse, produits rouges, bois, acier et fer on peut en parler avec plus de détail. Le plâtre en bonne place Le plâtre de construction est entièrement produit en Algérie et suffit grandement aux besoins nationaux en la matière. Le partenariat public/privé à l'image de celui conclu avec le Groupe Allemand Knauf, leader mondial dans le domaine du gypse et de ses dérivés, a fortement contribué à la hausse de la production. Et ce partenariat ne cesse de prendre de l'ampleur. Il faut dire aussi que le gypse produit par l'usine de Hassiane Touil (20 km à l'est d'Oran) est de bonne qualité et il est depuis longtemps adopté par les constructeurs immobiliers. Ce matériau est en effet de plus en plus utilisé par les professionnels. Moins cher que la brique et plus facile d'usage, il est devenu le matériau le plus utilisé pour le cloisonnement dans les nouvelles habitations et a fini par détrôner la traditionnelle brique. Les produits rouges disponibles Comme pour le gypse, les produits rouges ne sont plus importés. Cela a été rendu possible par l'entrée en production de nombreuses nouvelles unités de production implantées à travers tout le territoire national. En effet, le nombre de briqueteries n'a cessé d'augmenter. À noter également que dans ce secteur le taux d'utilisation des capacités de production dépasse les 92% dans plus de 75% du potentiel de production, selon une enquête d'opinion qui a porté sur le type et le rythme de l'activité industrielle dans le pays, menée en 2012 par l'Office national des statistiques (ONS). Selon les résultats de cette enquête, plus 86% des chefs d'entreprise versés dans la production de matériaux rouges ont déclaré que le degré de satisfaction des commandes en briques tous formats confondus est des plus élevé, au point où ils ne sont plus en mesure de constituer des stocks. D'autres patrons dans cette même catégorie professionnelle diront qu'ils font même face à des ruptures de stocks répétées. Du coup, la concurrence entre unités de production a commencé à faire son apparition sur le marché de la commercialisation des produits rouges. Bois Vs PVC Le bois, quant à lui, continu d'être importé à 100%. Très utilisé dans la boiserie pour habitation, ce matériau reste cher. Il y a bien l'alternative du PVC qui commence à se généraliser, mais sans pour autant détrôner le bois. Pourtant, fenêtres et portes en PVC offrent de meilleures caractéristiques non seulement dans l'esthétique, mais aussi en isolation thermique et phonique, durée de vie, facilité d'installation et de remplacement et également en termes d'économie d'énergie. Mais malgré tous ces avantages, entrepreneurs et maîtres d'ouvrages continuent à privilégier le bois. Les industriels qui ont investi dans le PVC déplorent d'ailleurs que dans les cahiers des charges des marchés publics relatifs à la construction de logements et d'édifices publics on préfère le bois au PVC. La raison invoquée est que le coût de revient du mètre carré bâti revient moins cher en utilisant de la boiserie. Cette approche freine considérablement la généralisation du PVC dans le secteur du bâtiment, bien que la matière première soit produite localement, contrairement au bois qui est totalement importé. Il faut souligner que parmi les industriels qui ont investi dans l'industrie du PVC beaucoup n'ont pas caché leur indignation à chaque fois que l'occasion leur a été donnée. «Avec la forme actuelle des cahiers des charges, nous ne pouvons jamais concurrencer le bois», s'insurgent-ils. «La plus grande aberration est que nous n'avons même pas une norme de fenêtre ou de porte en Algérie», ajoutent-ils pour illustrer l'ostracisme qui frappe le PVC. Or, l'absence de normes est un véritable frein pour l'émergence de toute une filière industrielle qui dispose d'un véritable potentiel, d'autant plus que le pays dispose déjà d'une industrie verrière parmi les plus performantes du continent. Acier et fer toujours importés Les volumes d'acier et de fer importés continuent d'être importants car la capacité de production nationale reste encore faible. La donne pourrait changer une fois l'entrée en production du grand projet de réalisation d'un laminoir, prévu dans la wilaya de Jijel. Mais d'ici là la facture d'importation de ces deux matériaux va continuer d'être supportée par l'Etat. En attendant les améliorations et les avancées espérées, l'industrie nationale des matériaux de construction aura l'occasion lors du Salon Batimatec 2014, qui se déroule au Palais des expositions des Pins Maritimes (Safex) du 4 au 8 mai, de présenter son expérience et de renseigner les visiteurs sur ses perspectives de développement. Z. A. Capacité de production de ciment et perspectives Actuellement, l'Algérie dispose de 14 cimenteries, dont deux seulement appartiennent au secteur privé. La capacité de production nationale installée est estimée à près de 19,5 millions de tonnes par an, alors que la consommation varie entre 25 et 26 millions de tonnes, soit un déficit dépassant les 5 millions de tonnes. Afin de satisfaire la demande croissante en ciment et faire face aux tensions sur les prix qui se sont accentuées par la spéculation, le pays recourt à l'importation. Un fardeau lourd qui coûte au budget de l'Etat pas moins de 300 millions d'euros chaque année. Pour réduire cette facture, le gouvernement s'est tracé comme objectif d'atteindre une production de 25,7 millions de tonnes par an par le secteur public et 17 millions de tonnes par an par le secteur privé à l'horizon 2022. Toujours dans cette perspective, le ministre de l'Industrie, Amara Benyounès, avait dernièrement avancé lors d'une visite sur le terrain que le pays devrait cesser d'importer du ciment d'ici 3 à 4 ans, et ce, grâce au renforcement des capacités de production nationales. Pour ce faire, selon le ministre, il est prévu le lancement d'une dizaine de projets de réalisation de cimenteries pour 2014, qui devront entrer en production début 2017. Rappelons que le développement de la filière ciment figure parmi les priorités du gouvernement pour atteindre une production de 20 millions de tonnes/an à l'horizon 2016 et 29 millions de tonnes en 2018.