Elle est un peu comme l'air qu'on respire. Mais plus proche de l'air du temps que de celui qui nous maintient en vie. Elle ressemble à ces maladies pernicieuses à évolution lente et pratiquement asymptomatique. Une fois le diagnostic posé, c'est le coup de massue : il est trop tard pour espérer une rémission. Elle, c'est cette ringardise interstitielle et plutôt obscure qui a fait un «honorable» chemin dans le mental des Algériens. Elle est partout dans une société qui ne fait un pas en avant que pour reculer de deux. Mon Dieu, si on s'y attendait ! C'est dans l'auguste Assemblée du boulevard Zirout-Youcef, normalement temple de la démocratie et de la représentation populaire, que des paroles plus que ringardes sont venues, jeudi, nous rappeler à quel point ça tire vers l'arrière. Un amendement au code pénal, voulant améliorer un peu l'ordinaire de vie et la respectabilité des femmes, a réveillé quelques vieux démons qui ne dormaient que d'un œil. Elles avaient un triste et cynique courage ces voix refusant toute concession à la dignité de la femme. Non, ont-elles plaidé avec un outrageant culot, la justice n'a pas à s'immiscer dans la vie du couple. Recourant à l'argument suranné de la paix des ménages, sans doute confondus avec une paix sociale achetable, des députés femmes se sont faits les avocats d'une idéologie (islamiste figée) à défaut de compatir au sort de leurs concitoyennes. Ainsi donc, il est possible et permis, en Algérie, d'accéder à la représentation parlementaire tout en s'inscrivant en faux, en le revendiquant même haut et fort, contre le principe de l'égalité homme –femme. Décidément, on n'est pas à une contradiction près. Que faudrait-il changer : l'Assemblée nationale ou les députés qui y siègent ? Comme la ringardise, l'arriération mentale et sociale a démesurément rempli des espaces qui n'en demandaient pas tant. La solution est-elle politique ? Quand des députés soutiennent avec beaucoup de conviction que les femmes confrontées au harcèlement l'ont quelque part cherché par leur tenue et leur «comportement provocateur», la solution politique seule n'est pas suffisante. Les saillies et les turgescences du refoulé et de l'enfoui ont d'abord besoin d'une thérapie qui s'administre sur le divan du psy. Accompagnée, pour les cas les plus désespérés, d'une prière surérogatoire pour hâter la guérison. Mais ne désespérons pas de tout. À supposer que c'est une «caisse de résonance», la chambre basse du Parlement a le mérite de nous renvoyer des échos qui sont autant de marqueurs de nos reculs sociétaux. Même s'ils écorchent nos oreilles, nous les entendons. Ils ont un aspect effrayant par la désespérance et le défaitisme qu'ils inspirent. Surtout qu'il n'y a pas qu'au Parlement où des «usagers» circulent avec des tickets qui ne sont plus validés. La péremption se remarque partout dans des comportements revendiquant fièrement leur archaïsme, dans les gestions courantes du quotidien du citoyen, qui tiennent compte de tout sauf du civisme et de la prévalence de la loi, dans les trottoirs occupés et les arbres abattus... Ringardise, archaïsme, péremption, arriération... il faudrait peut-être déprogrammer l'obsolescence comme d'autres la programment pour les appareils électroménagers et autres productions gadgétisées. A. S.