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Le cinéma pour contrecarrer la propagande occidentale envers l'ancien Empire perse Projection du film iranien Route sans issue dans le cadre de la semaine culturelle d'Ispahan
Un avion qui décolle, une voiture qui percute une autre avant de faire plusieurs tonneaux,… Puis un corps enveloppé dans un linceul sur le lit d'un hôpital. A première vue, la scène est classique, celle d'une comédie dramatique. Mais ce n'est que le début d'un film à forte connotation politique que le réalisateur iranien Montaza Atash Zamzam a réussi en dépit du peu de moyens dont il disposait. Route sans issue, une fiction cinématographique, inspirée d'un fait réel, a été réalisée en fait avec une seule caméra. L'histoire se déroule dans un Liban pas encore guéri de sa guerre civile, de l'assassinat, en février 2005, de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri, et de l'attaque israélienne du sud du pays sous prétexte de décimer le Hezbollah, ce mouvement chiite dit proche de Téhéran. Les acteurs sont tous libanais, ce qui pousse le téléspectateur à se poser des tas de questions sur le pourquoi d'un film réalisé par un iranien, produit par une télévision locale iranienne (télévision Ispahan), mais dont les acteurs et le lieu du tournage sont libanais. Si le réalisateur du film parle d'un simple projet de coopération culturelle entre Beyrouth et Ispahan, son produit offre un panorama de ce que sont les relations politiques entre l'ancien Empire perse, le pays du Cèdre et l'Etat sioniste. Dans un Liban, sous la menace permanente d'une agression militaire israélienne, le kidnapping par le Mossad (service secret israélien) de la femme d'un diplomate libanais, Michel Ibn El-Fayçal à qui tout semble bien réussir, annonce déjà la couleur. Durant une heure et demie, le téléspectateur découvrira l'une des facettes des pratiques du Mossad qui cherchait à acheminer une tête nucléaire jusqu'à Téhéran, en impliquant un diplomate libanais qui ne savait plus s'il hallucinait ou si la disparition de sa femme était un fait bien réel. Sa déroute se poursuivra jusqu'à la dernière seconde du film. Recruté par les services secrets israéliens, le beau-père de Michel a sacrifié sa fille pour la réussite de ce complot qui visait à détruire les relations diplomatique irano-libanaises. Mais au-delà de ce fait, le Mossad voulait couper les présumés soutiens matériels et financiers dont bénéficierait, de la part du régime islamique chiite iranien, le Hezbollah libanais, considéré par Tel-Aviv et ses alliés occidentaux comme une organisation terroriste. L'enjeu de l'histoire ne réside donc pas dans la tragédie d'un diplomate qui cherchait à retrouver Aïda, sa deuxième femme, mystérieusement disparue. Il est loin d'être une affaire entre lui et sa première femme, Djanet, assassinée (empoisonnée) par son psychiatre qui suivait le couple avant leur divorce. La présence active des services de renseignements libanais, conduits par un ami à Michel, réussira à déjouer l'opération israélienne sur le sol libanais. Un bain de sang ne sera pas toutefois évité. Car, les agents du Mossad n'hésiteront pas à éliminer physiquement tous les membres d'une église soupçonnés de dissimuler la valise diplomatique contenant la tête nucléaire. Le diplomate crédule assistera impuissant à la mort de sa femme Aïda, tuée par une mine anti personnel en venant vers lui pour le détacher. Une cousine à Aïda sera aussi éliminée par la chef du Mossad qui voulait récupérer la fameuse valise diplomatique, même si elle devait assassiner toutes les personnes susceptibles de détenir la moindre information sur le lieu où elle a été soigneusement cachée. De l'échec de l'opération du Mossad en résultera le suicide du père de Aïda, à l'origine de la mort de sa fille et des déboires qu'a vécus son mari Michel Ibn El-Fayçal. Interrogé sur la portée de son film, réalisé à l'origine sous forme d'un feuilleton, le réalisateur iranien Montaza Atash Zamzam a laissé libre cours à l'interprétation du téléspectateur. «Chacun peut interpréter ce film comme il veut», a-t-il dit, souriant, en réponse à une question sur la connotation politique de Route sans issue dont un deuxième épisode est en cours de réalisation. Connaissant les tensions diplomatiques irano-israélienne, on ne peut éviter de penser à la question du nucléaire iranien qui fait l'objet d'un interminable jeu de négociations-sanctions entre les puissances occidentales (proche de l'Etat sioniste) et la République islamique d'Iran qui a compris que le cinéma peut l'aider à plaider sa cause sur la scène internationale. Téhéran, de tout temps diabolisée par les grandes puissances nucléaires mondiales, ne veut pas se laisser faire, et Route sans issue constitue une réponse et un moyen pour contrecarrer la propagande israélienne et occidentale qui fait d'elle un monstre qu'il faut domestiquer à tout prix. A noter enfin que le film Route sans issue a été projeté au cours de la soirée de mardi dernier à la salle Ibn Zeydoun de Ryadh El Feth, dans le cadre de la semaine culturelle de la province d'Ispahan en Algérie qui se déroule dans plusieurs wilayas du pays depuis le 18 juillet dernier. Les festivités dureront jusqu'au 25 juillet prochain et la clôture aura lieu à la salle de spectacle Ibn Zeydoun à Alger. Un concert de musique traditionnelle d'Ispahan y est prévu pour la cérémonie de clôture pour cette première édition. L. M.