Photo :S. Zoheir Par Hassan Gherab Bien avant le ministère de la Culture, bien avant les directions de wilaya de la Culture, bien avant les musées et les galeries d'expositions, l'art existait déjà dans les sociétés. Avec l'évolution de l'organisation sociale, l'intellectualisation, diraient certains, on établira des classifications, une hiérarchisation et des canons pour les arts. Les Grecs seront les premiers à poser une distinction des activités artistiques en les liant à des muses de leur mythologie (Calliope : la poésie épique ; Clio : l'histoire ; Erato : la poésie érotique et lyrique ; Euterpe : la musique ; Melpomène : la tragédie ; Polymnie : la pantomime, la rhétorique et les chants religieux ; Terpsichore : la danse et le chant choral ; Thalie : la comédie ; Uranie : l'astronomie et la géométrie). On remarquera que ni les arts plastiques ni l'architecture n'avaient place dans cette classification. D'autres classifications viendront pour réparer cet «oubli». Toutefois, si chaque nouveau classement généalogique de l'art propose des «ajouts», il énoncera également des «exclusions» de telle pratique ou telle activité qui sera jugée hors du champ de l'art. Ces hiérarchisations sont cependant changeantes, et on peut voir une pratique qui était hier «hors champ» devenir plus tard un art à part entière. Mais toutes les classifications s'accordent sur le distinguo à faire entre art et artisanat, artiste et artisan. Leur démarche n'est pas la même. L'artiste crée selon son inspiration, son état du moment, ses sentiments, son vécu… et ne connaît donc pas la finalité de son geste ni l'évolution de sa création avant d'avoir terminé l'œuvre. Combien de fois n'as-t-on vu un artiste détruire son œuvre avant de l'avoir signée ou faire une esquisse et la ranger pour ne la ressortir que plus tard, ou jamais ? L'artisan, lui, connaît, avant d'avoir commencé, la finalité de son geste et sait ce qu'il va produire, ce qui n'est donc pas une création. Cette définition de l'art implique de fait les concepts d'évolution (l'avant-gardisme) et/ou de régression (la mort de l'art). Les arts qui n'auront pas connus de mutations et où on continue à reproduire les mêmes gestes pour la même finalité, seront donc «classés» dans la liste des arts traditionnels, populaires ou artisanaux. Mais, parce qu'ils sont l'expression d'une culture ancestrale, ces arts ont bonne audience. Et même s'ils sont souvent affublés du terme «folklore», ils sont mis en valeur par les pays ou les régions où ils existent. C'est d'ailleurs les expressions de ces folklores que l'Unesco inscrit sur sa liste du patrimoine de l'humanité. On a un exemple en la Chedda de la mariée Tlemçenienne. D'autres arts traditionnels, populaires et artisanaux attendent, non pas d'être présentés pour inscription (même si elle serait la bienvenue), mais seulement de bénéficier d'un peu plus d'attention et d'une meilleure prise en charge. On a bien des festivals de danses, de musiques et de poésie populaires, un musée des arts traditionnels, des salons de l'artisanat, des expositions-ventes de produits artisanaux, des Chambres de l'artisanat et des métiers… mais ça n'empêche pas ces arts de péricliter. Les artisans ne cessent de se plaindre du manque de matière première, les animateurs des troupes de danses du manque de soutiens, infrastructures et promotion, les poètes de la difficulté d'émerger, les musiciens de l'absence de professionnalisme chez les pseudos promoteurs… et tous rêvent d'une relève. Bref, les arts ancestraux n'arrivent toujours pas à trouver leur place au soleil. Le trimbalage de l'artisanat d'une tutelle à une autre est en soi indicateur du manque de vision chez ceux qui sont censés mettre en valeur et promouvoir ces expressions artistiques qui nous viennent de nos aïeux et aïeules.