Belfodil : «Mon choix de l'Algérie est par conviction» Une grande partie de l'opinion publique sportive s'est réveillée hier matin sur un nouveau petit Vert, appelé à devenir bientôt bien mûr : Ishak Belfodil. Il n'y en a pas des masses qui avaient entendu parler de ce joueur avant que le sélectionneur national, Vahid Halilhodzic, ne le mette subitement sur le devant de la scène en le convoquant pour le match aller du dernier tour éliminatoire pour la CAN-2013 contre la Libye. C'est sans nul doute le nom qui a été le plus souvent cité hier dans la rue algérienne, avec un désir non dissimulé d'en savoir plus sur ce joueur. Un binational, mais né à Alger-Centre Belfodil est un binational, mais d'un genre particulier : il est né en Algérie, plus exactement à la rue Larbi-Ben M'hidi, commune d'Alger-Centre (même s'il est originaire de Mostaganem), et non pas en France. Son algérianité est donc incontestable. C'est enfant qu'il est parti en région parisienne avec ses parents, fuyant une situation sociale précaire. En Algérien qui se respecte, il a tapé dans le ballon dans la cité où sa famille s'est installée, dans la commune d'Elancourt (département des Yvelines, dans la banlieue sud-ouest de Paris). C'est naturellement qu'il s'inscrit à l'école de football de son quartier, puis dans celle du quartier voisin, Trappes FC, où a été notamment révélé Nicolas Anelka. Visant plus haut, son père l'inscrit au centre de formation du Paris Saint-Germain, mais il ne s'y est pas trouvé à son aise. Il est passé à l'AC Boulogne-Billancourt, club de la banlieue chic de Paris où il a commencé à s'affirmer dans les catégories de jeunes. La FAF l'ayant méprisé alors qu'il évoluait à Boulogne-Billancourt, il a joué pour la France Ce passage se révèlera un tournant dans la carrière du joueur... par rapport à l'Algérie. En effet, son père avait saisi la FAF pour lui signaler ses performances et sa disponibilité à jouer pour son pays natal, mais les responsables de la FAF, aux dires du joueur, l'auraient méprisé vu qu'il évoluait dans un club de quartier, ce qui l'avait frustré et poussé à jouer pour les sélections de jeunes de France. Après un passage à Clermont Foot, où il s'est illustré en U15, finissant notamment meilleur buteur de l'équipe, l'Olympique Lyonnais l'a recruté sur recommandation de Gérard Bonneau et Rémi Garde (actuellement entraîneur en chef de Lyon). Il a joué directement avec les U18, se faisant remarquer dans la Coupe Gambardella (nom donné à la Coupe de France juniors) en inscrivant 7 buts en 6 matches, contribuant grandement à mener Lyon jusqu'aux demi-finales de l'épreuve. C'est à ce moment-là que la FAF a pris contact avec lui pour intégrer la sélection U20, mais il a dit non, encore vexé que l'Algérie l'ait négligé quelques mois plus tôt. Comparé à Benzema, il a été titularisé à Lyon à moins de 19 ans En France, Belfodil s'est peu à peu forgé un nom. Il est cité comme l'un des espoirs du football français, certains n'hésitant pas à le comparer à Karim Benzema qui s'est révélé lui aussi à l'Olympique Lyonnais. Bien que longiligne (1,92m), il possède une technique bien au-dessus de la moyenne balle au pied et se montre particulièrement à l'aise sur le flanc droit de l'attaque. Quand on est comparé à Benzema, on est traité comme tel : il est intégré au groupe professionnel très jeune, à 17 ans. D'ailleurs, il a disputé son premier match officiel avec l'équipe A alors qu'il n'avait pas encore bouclé ses 18 ans (c'était contre l'AJ Auxerre) et est incorporé trois jours plus tard dans un match de tour préliminaire pour la Ligue des champions contre Anderlecht, au moment où Benzema était parti au Real Madrid. Le passage du flambeau ne s'est pas passé comme prévu et Belfodil tarde à s'imposer, en dépit d'un talent indéniable. Donadoni, ancien attaquant droit comme lui, l'a ramené à Parme Le fait d'avoir très peu joué (sa seule titularisation après cela a eu lieu l'été passé, soit deux ans après la première) l'a poussé à demander à être prêté. Son vœu a été exaucé l'hiver dernier puisque l'Olympique Lyonnais l'a cédé pour 6 mois au FC Bologne (Serie A italienne). Là aussi, il est très rarement titularisé, car ne s'étant pas complètement adapté au football physique et extrêmement tactique du championnat italien. Cependant, un homme l'a observé et a repéré en lui le profil d'un futur grand : Roberto Donadoni, ancien sélectionneur de l'Italie et entraîneur actuel du FC Parme. Ancien attaquant de couloir droit, tout comme Belfodil, Donadoni a apprécié son abattage et sa propension à aller de l'avant. Le club parmesan a donc recruté cet attaquant franco-algérien qui, à l'occasion de la première journée de la Serie A, a été incorporé samedi, soit le jour même de l'annonce de sa convocation chez les Verts, en deuxième mi-temps du match contre le champion en titre, la Juventus de Turin. Donadoni est convaincu que c'est un jeune qui va exploser une fois qu'il se sera bien adapté au haut niveau. Comme un moteur diesel, il a juste besoin d'un temps d'échauffement et d'adaptation. Israël, une «casserole» dont il se défend Si le parcours de Belfodil est sportivement irréprochable, il traîne, aux yeux de certains Algériens, une «casserole» : il a joué en Israël. Cette entorse d'ordre politique ou morale (c'est selon) lui avait valu des critiques acerbes en son temps, mais le joueur s'était défendu dans nos colonnes en affirmant que s'il s'était rendu en Israël avec la sélection U20 de France, c'était pour y disputer un match et non pas pour faire de la politique. D'ailleurs, dans une interview qu'il nous avait accordée (lire Le Buteur du 21/11/2011), il avait même révélé avoir essayé de prier à la mosquée d'Al Aqsa : «En Israël, il y avait avec nous un guide lorsque nous sommes sortis un jour pour faire une visite à Al Qods. On était presque à côté de la Grande mosquée d'Al Aqsa. Il y avait moi, Abdoulaye Diallo de Rennes, Djibril Sidibé de Troyes, Aïdara de Nancy et Taïder, tous des musulmans. On voulait aller à la mosquée accomplir la prière du vendredi, mais on nous a dit non. Je suis un musulman, je fais la prière, le carême. Autrement dit, je n'ai pas à me justifier, je sais ce que j'étais allé faire là-bas. Le reste, c'est entre Dieu et moi. Ceux qui m'ont critiqué moi et ma famille doivent savoir qu'à part jouer un match de football, je n'ai rien à faire là-bas.» Ce risque d'interconnexion entre le politique et le sportif a été sans doute l'une des raisons qui l'ont convaincu davantage de jouer pour l'Algérie. Ce qui est certain, c'est que l'acquisition de Belfodil est une vraie bonne nouvelle pour les Verts. Belfodil : «Mon choix de l'Algérie est par conviction» Fraîchement convoqué en sélection nationale algérienne, Ishak Belfodil a réservé ses premières déclarations à l'agence nationale officielle Algérie Presse Service (APS). Son premier sentiment est l'honneur et non pas la surprise : «Personnellement, je ne suis pas surpris par cette sélection qui me fait chaud au cœur. Je l'attendais, mais pas en cette période. Je suis honoré et fier de pouvoir porter le maillot de mon pays. Je ferai en sorte de donner le meilleur de moi-même.» «J'espère que mon cas sera réglé avant le match de la Libye» La perspective de ne pas être qualifié pour le match contre la Libye, pour lequel il est convoqué, ne l'effraie pas et n'entame en rien sa volonté d'être présent au stage de préparation : «Je me mets maintenant entièrement à la disposition du coach national. Seulement, j'espère que mon cas sera réglé avant le match de la Libye. Au niveau de la Fédération algérienne, on continue de s'activer pour me qualifier. Sinon, ce sera inch'Allah pour le match retour en Algérie.» «Je n'ai jamais déclaré que je refusais l'Algérie» Ce qui est sûr, c'est qu'il viendra de bon cœur et avec une grande volonté, démentant son manque d'engagement pour l'Algérie : «Je veux affirmer que je n'ai jamais déclaré que je refuserais de vêtir le maillot de l'équipe nationale. Entre la France et l'Algérie, je ne me suis jamais prononcé. J'ai fait les sélections de jeunes en France, ça c'est très bien passé pour moi, mais je persiste à dire que mon choix pour l'Algérie est par conviction et non pas parce que je me suis dit que je n'ai pas ma place en équipe de France.» Et d'ajouter : «Contrairement aux joueurs de l'équipe algérienne, comme Boudebouz et Feghouli, moi je suis né en Algérie. Franchement, je n'ai jamais perdu l'équipe d'Algérie de vue. Quand j'étais tout petit, je supportais toujours la sélection d'Algérie avec les garçons de mon quartier. » «Boudebouz m'a toujours parlé de l'équipe nationale» En sélection nationale, il ne sera pas en terrain tout à fait inconnu puisqu'il y a un joueur qui ne lui est pas étranger : «Je connais un peu Boudebouz, il m'a toujours parlé de l'équipe nationale. Il m'a beaucoup encouragé à venir, et maintenant c'est chose faite.» En attendant, il se focalise aussi sur sa saison avec son nouveau club, le FC Parme, où il se sent déjà bien : «Pour l'instant, ça se passe bien pour moi. Le coach me fait confiance. A moi de redoubler d'efforts pour être au top. Donadoni me parle beaucoup, il trouve que j'ai un bon potentiel, je suis à son écoute, j'espère que je serais performant dans l'avenir, d'abord avec mon club, ensuite avec l'équipe d'Algérie.»