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Le « péché originel algérien » : L'Etat hors la loi à la place de l'Etat de droit.
Publié dans Le Quotidien d'Algérie le 09 - 06 - 2011

En effet, mon article initial mis sur un autre fil de discussion (cinq questions au politologue Rouadjia) a malheureusement été occulté par nos lecteurs, sans provoquer aucune discussion, alors que je l'avais écrit d'un trait certes, pour répondre à C. E Chitour, qui croit encore naïvement dans la perfectibilité d'un système qu'il dit être pourtant prédateur, et dont les critiques « tiennent la cane par le milieu ».
Mais, comme j'ai revu mon article pour permettre une lecture plus complète du marasme actuel qui n'est que le fruit et du « péché originel » commis par les mêmes qui nous gouvernent aujourd'hui, et qui se rebellèrent contre le « politique » GPRA, faisant de la force brutale le primat de leur DOGME, je vous prie de publier le présent article dans la rubrique idoine que vous voudriez, pour relancer le débat et voir comment dépasser l'étape des CONSTATS, pour passer à celle de l'ACTION militante, et l'instauration de la démocratie et de l'Etat de DROIT.
Je cite le professeur C E Chitour, qui affirme :
http://www.alterinfo.net/Eloge-de-la-Societe-Civile-Plaidoyer-pour-l-emergence-d-une-Algerie-du-futur_a59664.html#last_comment
« [...]L´Algérie a besoin de tous ses fils et filles sans exclusive et ceux qui tiennent la canne par le milieu doivent se déterminer. Voulons-nous d´un tsunami [...] ou voulons-nous d´une transition nécessaire apaisée [...] les états généraux de la Société civile prévus vers mi-juin permettront par leur recommandation de contribuer à remettre le train Algérie sur rails. » FIN DE CITATION.
Désolé, mon cher condisciple, mais je ne pense pas que pareille possibilité puisse être retenue comme viable, par ceux de la minorité « militaro-révolutionnaire», reconvertie depuis les diktats du FMI, en » élite militaro-financièro-industrialisante », protectrice de l'option « républicaine et libérale » de l'Algérie, sauvée du spectre « islamiste », pardi, et qui ont toujours décidé aux lieux et place du peuple algérien, décrit par eux comme « immature », et à défaut d'être «colonisables » selon les critères de Si Malek Benabi, « assujetissables » au sens de la globalisation du type FMI, avec distribution des rôles entre pays rentiers, producteurs et consommateurs.
Hier, en 1962, nos parrains « nationaux » ou « nationalistes », considéraient les ex indigènes promus au rang d'Algériens, inaptes à participer à la construction du nouvel Etat algérien, libéré parait-il par les seuls membres de la coalition rebelle au GPRA, que furent les affidés de l'EMG, en Tunisie et au Maroc et d'autres «maquisards » des « camps d'entrainement aux frontières » qui participaient aux batailles contre l'armée coloniale, en lisant dans la Presse, les faits d'armes des maquisards «ignorants » de cette ALN de l'intérieur, qu'ils méprisaient . (Que la majorité des combattants aux frontières me pardonnent mon effronterie, car pour la plupart, ils ne faisaient que remplir leurs obligations nationales, alors que leurs chefs évitaient soigneusement la confrontation avec l'armée française…tout en préparant la prise du pouvoir, une fois la victoire acquise par ces moudjahidines auxquels ils avaient peur d'envoyer les armes offertes par les pays solidaires de la Révolution algérienne, ou bien acquises grâce aux collectes d'argent auprès de l'émigration algérienne en France et dans le monde).
En 1976, un certain Boumédienne, qui a fait la révolution bien au chaud, au sein des bases en territoires tunisien et marocain, donc, loin du feu, et après la débâcle de ses trois révolutions « agraire », « industrielle » et enfin « culturelle », avait cru, comme le bon sens populaire le traduisait, « laver ses échecs » en donnant la parole au peuple de sujets, pour lui donner l'illusion de participer aux choix et lui faire avaliser ou plutôt avaler les « constantes » qui ont été imposées à un peuple qui les découvrait pour la première fois, dans une fiesta type Etats généraux, que C. E Chitour, croit nous être proposés de nouveau, pour un nouveau round « remake », pour la mi-Juin 2011, oubliant tout simplement que Bouteflika, faisait partie de ce Conseil de la révolution, autour de Boumédienne, qui nous avait déjà embobiné, avec sa CHARTE nationale, traduite par : Comment Houari A Truandé les Electeurs. – voir les majuscules-…
Plus tard, en 1980, Chadli avait continué sur la même lancée avec ses « Etats généraux de cadres de la nation »; et un amendement à la Charte « baptisée par le Cha'ab, « tarte nationale », pour en fait faire croire qu'il mettait enfin, « l'homme qu'il faut à la place qu'il faut ». Mais en fait, en dépeçant les sociétés nationales, sous l'alibi de la « restructuration des entreprises nationales », il n'avait fait que préparer leur « vente au DA symbolique » aux SEULS « élus du régime » et à ses soutiens, préparant ainsi le pays à observer passivement la liquidation des réalisations minables certes de l'ère Boumédienne, mais patentes, pour l'essentiel, et qui ne demandaient qu'un minimum de rigueur de gestion pour être rendues viables.
Hélas, l'objectif de Chadli et de ses équipes, était autre que celui déclaré de rendre les entreprises nationales, plus gérables ou plus performantes. Ils préparaient au contraire, les moyens de pouvoir faire main basse sur les plus juteuses et les plus rentables d'entre elles, pour blanchir les « biens mal acquis » de la période Boumédienne, et surtout de l'après 1973 avec leurs effarants revenus pétroliers d'alors, avec ce qu'ils ont permis aux « élus du régime » d'amasser comme fortunes en un temps record, à l'occasion des transactions commerciales permises par le bond prodigieux des importations et aussi des exportations d'hydrocarbures et autres commissions perçues à l'occasion de tous contrat lié à des achats ou à des projets d'investissements de l'Etat, fussent-ils morts nés, et … qui les avaient rendus «passages obligés » à défaut d'être « douaniers », comme par exemple, pour le pipe-line sous marin avec l'Italie, ou le métro d'Alger toujours en cours de réalisation depuis 30 ans…
Ainsi donc, et en 1988, le peuple, manipulé par ceux-là mêmes qui nous ont toujours tenus en laisse et sont devenus experts dans l'art de pousser les jeunes chômeurs désespérés à tous les débordements, a cru avoir en se révoltant « spontanément » selon les Médias du régime, subitement « informatifs », réussi a obtenir le multipartisme, la multiplication des titres de presse, et enfin, une nouvelle organisation du gouvernement et des investissements dans les infrastructures sociales.
Malheureusement, la farce sera de très courte durée, et les réflexes qui ont la vie dure, feront que même le scénario de « libéralisation alibi » offert par le « pouvoir » pour sortir le pays du « socialisme et de ses pénuries », sera court-circuité par les tenants du dirigisme militaro-financier, à présent aux commandes du pays.
Alors qu'ils s'apprêtaient à un compromis avec des « islamistes » certes attachés au culte pour certains de leurs leaders mais plus perméables que les socialistes et autres « démocrates » au libéralisme économique et au commerce alternatif aux « pots de vin » et aux autres moyens d'enrichissement sans cause, les parrains militaro-financiers du système rentier algérien décidèrent de scier la branche sur laquelle ils avaient pensé percher pour conduire le pays vers le capitalisme de bazar et l'enrichissement de minorités qui constitueraient une classe moyenne de serviteurs zélés et intéressés du système corrupteur. Le système d'alliance ainsi planifié se contenterait en revanche d'offrir la ZAKAT, (impôt purificateur), à l'exemple des roitelets de la péninsule arabique, comme minable pitance aux pauvres hères invités aux bouffas de Ramadhan et autres « zerda » et couffins du pauvre, ainsi que des Omra aux lieux saints et des séances de solidarité communautaires dans les mosquées pour assurer au bon peuple de croyants, une place sûre au Paradis, assurant l'au-delà radieux, pour pallier la misère de ce monde. Ainsi au lieu et place de postes d'emplois dans les usines remplacées par des bureaux d'IMPORT-IMPORT, peu employeurs de main d'oeuvre, la coalition imams-capitalistes et militaires affairistes allait faire de l'Algérie, ce Paradis sur terre qui n'avait qu'à recycler les revenus pétroliers pour assurer le pain béni aux pauvres, le bifteck aux sujets serviles de la classe moyenne laborieuse, et la DOLCE VITAE qui va avec le pouvoir aux saints des saints militaro-affairistes..
Le voyage du général Saint Nezzar, la veille du coup d'Etat du 12 juillet 1992, en Arabie saoudite, la capitale du salafisme wahabisé, et du « enrichissez-vous mais purifiez vos acquis » ou la capitale de la lessiveuse-blanchisseuse, a signé la consommation de la rupture définitive avec les « islamistes » algériens indociles, qui voulaient « orientaliser et islamiser la société » au lieu de participer simplement à « l'islamisation des fortunes » acquises sur le dos des sociétés occidentales (TCHIPPA), qui avaient participé à l'industrialisation balbutiante de l'Algérie, ou avaient commercé avec leur chasse gardée algérienne.
Après donc la décennie de la nuit des généraux et de leurs affidés éradicateurs face à une subversion islamiste médiatisée à outrance, qui avait duré plus de dix ans, la nature des crimes imprescriptibles commis de part et d'autre contre le peuple algérien meurtri avaient commencé à perturber la quiétude des maîtres de l'Algérie devenus si riches après s'être accaparés et partagés les monopoles du commerce extérieur, surtout dans les produits de large consommation rémunérateurs et qui laissaient des marges très importantes grâce à l'orchestration des « pénuries » qui permettaient d'écouler au marché noir n'importe quel produit périmé, et donc acquis au cout le plus bas possible, voir gratuitement, comme le fer irradié de Tchernobyl, livré gratuitement par les Russes qui payaient de surcroit pour le dépotoir…
L'âge, la lassitude, et la peur de lendemains horribles, ont commencé à marquer les « barons du système algérien », et l'écho des arrestations des criminels serbes, tout comme les effets imprévisibles du « printemps arabe » qui ont confirmé que les « occidentaux n'ont pas d'amis, mais des intérêts », ont fini de semer le doute et l'effroi, tout aussi bien parmi les parrains et autres suzerains extérieurs de l'Algérie, « potes de circonstances », que parmi les milieux «affairistes-biznassa » algériens, liés aux « indélogeables généraux financiers » et leurs prête noms, parmi les politiques moutons de Panurge, les « capitaines d'industrie », les « comptables » promus investisseurs et managers hors pair, les chefs de partis, démocrates, nationalistes et autres labellisés «islamistes soft », ainsi bien sûr que les croque mitaines de la société « civile » qui se sont multipliés par milliers, histoire de bénéficier des subventions en contre partie de la « mobilisation et de l'encadrement des masses » pour APPLAUDIR le système et le défendre.
Aussi, pour faire avorter la contestation et prévenir que le barrage ne cède devant les flots, les stratèges du régime, étudieront toutes les possibilités, et ainsi, si un Mohamed VI, préconise de réduire ses pouvoirs, pour sauver l'essentiel de ses prérogatives, les Algériens eux, adopteront une technique hydraulique qui a fait ses preuves, celle de délester le barrage, en ouvrant des voies pour dévier le courant en amont, les évacuateurs de crues, et en faisant des lâchers d'eau pour prévenir la rupture des digues.
Ainsi on a assisté aux « marches sur place » par des partis « démocrates » affidés aux éradicateurs alliés au complexe militaro-commercial , soi-disant empêchés de défiler par la police, soit, à des débordements pour la sempiternelle « distribution de logements », réprimés de main de maîtres, puisque prévus et programmés, et enfin, les revendications corporatistes et professionnelles, jugulées par la distribution de salaires ou de rappels de salaires et de primes financières, à la mesure du danger représenté par telle ou telle corporation ou doléance ou réclamation pour la quiétude du système « militaro-commercial », qui gère le pays.
Ainsi, les militaro-commerciaux qui exercent leur diktat sur le peuple algérien vont profiter de l'aubaine des manifestations des uns et des autres membres de la soi-disant « société civile », pour payer la facture présentée par aussi bien les policiers, que les « miliciens » qui les ont aidé à se maintenir, les ont défendus et aidés à « préserver « leur » République et « leur » ordre républicain, apparemment menacé par quelque force obscurantiste, qui avait ensorcelé le peuple algérien ingrat et « immature », et pire, « inapte à la démocratie » selon les propres termes des défenseurs FLN du système, car en effet, comme démontré en décembre 1991, » le peuple algérien ne sait pas voter »…
Les soldes des policiers et des « miliciens » mis au service du régime et non de l'Algérie, seront purement et simplement doublées avec effet rétroactif, pendant que les ingénieurs et techniciens seront rétrogradés avec l'introduction d'une nouvelle grille de la fonction publique et leurs maigres soldes figées et que les médecins seront confrontés à des pénuries de médicaments et d'équipements alors que leurs salaires, très très longtemps figés, demeureront inférieurs au taux d'inflation.
Par ailleurs, les libertés d'expression et d'organisation de partis politiques, pourtant constitutionnelles, tout comme la soi-disant levée de l'Etat d'urgence, demeureront soumises à la discrétion de l'administration. Cela, sans parler des autres libertés et droits de l'homme qui ne seront pas respectés mais laissés à l'appréciation et au gré non point d'une justice au service du citoyen et de l'Etat de droit, mais plutôt de fonctionnaires corrompus et tatillons formatés pour se servir et servir le système et ses intérêts stratégiques, dans l'espoir d'en retirer quelque bénéfice ou récompense, et pourquoi pas en faire partie.
Aussi est-ce pour cela, que je dirai que des « Etats généraux » qui regrouperaient des clients du système, ne peuvent être que des artifices qui reporteraient à plus tard la crise, vu les disponibilités financières du pays, ce qui permet au système et à ses hommes d'acheter le silence, comme le fit récemment le roi d'Arabie saoudite, à son retour d'opération aux USA, et pendant que planait la menace de contagion du « printemps arabe », à partir de la place Tahrir au Caire. Le roi a donc dû distribuer des fonds à son peuple, pour l'endormir.
Mais qu'il soit clair qu'en aucun cas, la distribution de la rente, qui appartient aux générations futures, ne peut prémunir le système « autoritaire algérien », de la révolution populaire inéluctable et nécessaire, si les Algériens ont à cœur l'impérieux devoir de, participer à l'édification d'un Etat moderne qui se doit de fructifier son sol et son sous-sol, de promouvoir son peuple et, parachever l'œuvre de leurs parents qui ont libéré le pays du colonialisme.
Les hydrocarbures ne sont pas une ressource pérenne, mais par contre, ils peuvent servir au développement, si ce n'est pas déjà trop tard, vu le laisser-aller dans les politiques de préservation et de conservation des gisements mises en œuvre, jusqu'à présent, lesquelles ont opté pour le financement de l'économie parasite de consommation et donc non productive actuelle, plutôt que de privilégier l'extraction d'hydrocarbures en fonction des besoins de l'économie productive, aussi bien agricole, qu'industrielle, ou culturelle, qui passe par l'investissement et la préparation de l'après pétrole, et la transformation du pays en « atelier » pour fabriquer ce dont il a besoin et à promouvoir l'exportation de ses produits agricoles et industriels.
Mais hélas, il n'y a JAMAIS eu d'Etats généraux pour discuter entre experts algériens, y compris avec leurs invités, des véritables fondements de la promotion de l'Algérie en Etat de droit dans lequel les grandes options fondamentales pour le pays seraient soumises fusse des années durant à la critique, la sagacité, la compétence et au jugement des Algériens, seuls propriétaires citoyens des ressources du pays.
Au lieu de cela, les grandes décisions et les grandes options ont été décidées systématiquement, en conclaves pour servir les appétits insatiables des « militaro-commerciaux » et de leurs affidés « politi-chiens » serviles et avides, comme ils en eurent durant la décennie noire de guerre civile.
Ils se ont imposés, avant-hier comme « révolutionnaire-nationalistes », hier, comme « éradicateurs, sauveurs de Ripoux-bliss », mais malheureusement et toujours, au service des « happy few » et jamais du plus grand nombre.
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