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Régénération urbaine et économie vertueuse : proposition pour l'Algérie
Publié dans Le Soir d'Algérie le 17 - 09 - 2020

Par Sandra Guinand (urbaniste) et Yazid Ben Hounet (anthropologue)
L'Algérie a déjà mis en place des politiques ciblées de restauration de son cadre bâti ancien. On pense notamment à la Casbah d'Alger(1), à la vieille ville de Constantine (Amrani Mahdi, 2017)(2) ou encore à certains qsûr de la vallée de la Saoura et des monts des Ksour (Ben Hounet et Guinand, 2007)(3). Elle n'a toutefois pas encore mis en place, du moins à notre connaissance, des projets ambitieux de régénération urbaine ; cette dernière étant entendue comme l'ensemble des «stratégies de reconversion visant à redynamiser des économies urbaines défaillantes tout en visant à doter les villes de fonctionnalités nécessaires à l'émergence de nouvelles images» (Chaline, 1999 : 4)(4). Ces projets, qui ont pour objectif à la fois de requalifier des espaces urbains délaissés (notamment les friches urbaines) et de dynamiser (ou redynamiser) des secteurs économiques en milieu urbain, se sont développés à partir de la fin des années 70 aux Etats-Unis (Guinand, 2020)(5), et à partir des années 90 en Europe (Guinand, 2015)(6). Ils se sont encore peu diffusés aux pays du Sud, en particulier africains. Ce «retard» peut néanmoins constituer un avantage. Il peut nous aider à concevoir des projets qui éviteraient (ou du moins tenteraient d'éviter) les possibles effets contre-productifs sur le long terme. Les projets de régénération urbaine ont souvent eu des conséquences regrettables : perte de la mémoire urbaine, gentrification — c'est-à-dire l'éviction des habitants des classes populaires au profit de ceux des classes moyennes et supérieures —, privatisation de certains espaces autrefois publics, etc.
Dans ce texte, nous proposons une approche pour mettre en place, en Algérie, des politiques de régénération urbaine qui permettent à la fois de freiner l'extension urbaine, améliorer la qualité urbaine, diversifier l'économie et promouvoir la création d'emplois qui soient socialement et écologiquement soutenables.
L'Algérie, qui dispose encore d'une certaine souveraineté économique et d'une tradition d'économie sociale, est bien positionnée pour impulser des projets qui articulent régénération urbaine et économie vertueuse — c'est-à dire sociale, solidaire et soucieuse de l'environement.
Nous proposons ici de repenser conjointement certaines problématiques de développement urbain, économiques et sociales, particulièrement importantes pour l'Algérie :
1) Le besoin de diversifier son économie, pour ne pas dépendre de la rente pétrolière et gazière, et pour créer des emplois durables, en particulier pour les jeunes.
2) La nécessité de freiner l'extension urbaine dans de nombreuses villes — où s'observe une forte augmentation de la population urbaine (plus de 70% de nos jours, alors qu'elle ne représentait que près de 30% en 1962). Cette extension urbaine entraîne la disparition de terres agricoles, d'éco-systèmes ainsi qu'une forte expansion des réseaux (routes, eau, électricité, gaz, etc.) et des services (postes, télécommunications, traitement des déchets, etc).
Ce qui est à la fois coûteux, peu durable écologiquement et amène de nombreuses difficultés sociales, notamment de mobilité (en raison de l'éloignement de certaines populations des centres urbains).
3) Celle de requalifier les espaces bâtis dégradés et délaissés — dans le centre de grandes villes, mais aussi dans des villes moyennes, dans des villages et des qsûr (comme ceux de Boussemghoun et de Tiout).
4) Enfin, la nécessité de veiller à la préservation de l'environnement par l'application de politiques publiques ambitieuses (traitement des déchets, mesures de préservation du cadre environnemental et du cadre de vie, notamment en milieu urbain). Dans de nombreux pays, des localités ont mis en place des «zones franches» — espace présentant des avantages fiscaux — pour développer de nouvelles activités économiques. Celles-ci sont très souvent situées en périphérie urbaine. Elles ont parfois pour effets collatéraux de désavantager les économies des centres urbains et d'accroître les processus d'extension urbaine. Des villes ont également mis en place des projets de régénération urbaine en s'appuyant principalement sur des capitaux de grands groupes financiers, sur les industries créatives (Florida, 2002)(7) ou encore sur l'économie touristique.
Outre les effets mentionnés plus haut (gentrification, privatisation des espaces publics, perte de la mémoire urbaine), cette approche de la régénération urbaine a rendu ces villes — comme Barcelone ou Porto — particulièrement dépendantes des flux des capitaux financiers, des flux touristiques, et de la prédation de plateformes de location de courte durée (type airbnb). Tout cela au détriment des primo-habitants et des nouveaux arrivants ne trouvant plus où se loger à des loyers décents.
Il faut revoir les choses autrement ! Il faut régénérer la ville en intégrant, en son sein, dans les espaces à régénérer, des «zones franches» pouvant accueillir des activités économiques qui soient socialement et écologiquement soutenables. Des activités économiques tournées vers des besoins importants. Si la culture, la création (les domaines du design, de la publicité, des arts visuels, de l'artisanat, de l'informatique, etc.) et le tourisme doivent et peuvent avoir leur place, il faut aussi veiller à attirer d'autres économies vertueuses, vertes, sociales et solidaires. Pour accompagner le développement économique et éviter les effets de gentrification et de privatisation, il faut en outre intégrer un contrôle de la part des habitants (ou de collectif d'habitants) et des autorités locales (commune, daïra et/ou wilaya). On pourrait, par exemple, concevoir la mise en place d'un projet pilote de régénération urbaine — éventuellement à Sidi el Houari (Oran) — en créant une société mixte de régénération urbaine (incluant une équipe de projet — urbanistes, architectes, socio-anthropologues et économistes —, des représentants de la wilaya, de la mairie et des associations de quartiers) et en créant dans ce périmètre une ou des zones franches selon des critères sociaux et écologiques.
Il conviendrait de régénérer le périmètre choisi, en attirant des petites et moyennes entreprises qui bénéficieraient d'avantages fiscaux (une imposition limitée, de 5 à 10% par exemple) et qui répondraient à certains critères sociaux et environnementaux : l'entreprise devrait avoir un personnel composé préférablement de résidents du quartier ou de la ville ; le salaire le plus haut ne devrait pas être supérieur à plus de trois ou quatre fois le salaire le plus bas ; l'impact environnemental de la production doit être très bas, voire nul.
Il s'agirait ainsi de favoriser les entreprises innovantes en matière de développement durable grâce à une imposition allégée — notamment les entreprises de recyclage, créatives, de service aux personnes ou à utilité sociale.
Par exemple, nous avions lu, il y a deux ans de cela, l'information de la mise au point d'une poubelle intelligente par les étudiants de l'Ecole polytechnique d'Oran (ENPO)(8).
C'est particulièrement ce type de projets d'entreprise qu'il faut encourager en offrant à leurs concepteurs la possibilité de bénéficier de locaux et d'une fiscalité avantageuse, dans le périmètre urbain régénéré, pour developper une entreprise innovante, utile aux communes d'Algérie, et pouvant faire l'objet de produits exportés vers les pays voisins. Nous pensons aussi aux entreprises de production de panneaux solaires, de textiles (à partir de laines produites à proximité — l'Algérie ne manque pas d'éleveurs), aux productions de denrées alimentaires transformées en privilégiant les circuits courts, etc. Et si l'espace manque dans le périmètre faisant l'objet de régénération urbaine, l'Oranie et plus largement l'Algérie regorgent de bâtiments pouvant être requalifiés (régénérés) pour accueillir des unités de production (en tant que zone franche).
Nous pensons en particulier aux nombreuses anciennes caves à vin ou silos de céréales que l'on trouve à l'abandon dans de nombreux villages. Nous pensons aussi à certaines habitations abandonnées des qsûr (pouvant accueillir par exemple des ateliers textiles ou autres).
Pour éviter les processus de gentrification et de privatisation des terrains — un des problèmes des projets de régénération urbaine qui ont opté pour le Partenariat public-privé (Guinand 2013, 2020)(9) - il serait préférable que les bâtiments délaissés dans les périmètres régénérés soient administrés par une société mixte de régénération urbaine, et si possible préempter par les communes (APC). Ces bâtiments — une fois réhabilités — auront vocation à être loués aux petites et moyennes entreprises souhaitant s'installer dans le périmètre et qui répondraient aux cahiers des charges établis par la société mixte de régénération urbaine. Les loyers des entreprises permettraient de rembourser la réhabilitation des bâtiments — tout en protégeant et en réhabilitant les habitations des populations encore résidentes.
L'imposition allégée et simplifiée aurait pour effet d'attirer les petites et moyennes entreprises, y compris étrangères et/ou portées par la diaspora algérienne.
Elle leur permettrait d'être en concurrence avec des grandes entreprises capitalistes qui, ailleurs, et notamment en Europe, bénéficient de mesures d'optimisation fiscale et arrivent (contrairement aux PME) à user des paradis fiscaux (notamment européens). Les critères demandés aux entreprises permettraient, en contre-partie, de garantir la création localement de plusieurs emplois — et donc la consommation locale, l'impôt sur les salaire, etc.
L'idée est donc de redynamiser en attirant une économie vertueuse et des PME solidaires et écologiques, par une fiscalité attractive, plutôt que de s'appuyer sur des grands groupes comme cela se fait dans de nombreux projets de régénération urbaine. Il s'agit aussi d'améliorer la qualité de vie, en réhabilitant le cadre bâti et les aménités, en recréant des bassins d'emplois au sein de la ville et non à l'extérieur.
S. G. et Y. B. H.
1 https:/ /www. elwatan. com/regions/ centre/alger/restauration-de-la-casbah-une-nouvelle-feuille-de-route-pour- rattraper-le-retard-06-02-2020
2 http://archives.umc.edu.dz/handle/123456789/8724
3 https://www.cairn.info/journal-espaces-et-societes-2007-1-page-151.htm
4 Chaline C. (1999), La régénération urbaine, Paris, PUF.
5 https://www.tandfonline .com/ doi/full/ 10.1080/07352166.2019.1697182
6 Guinand S., 2015, Régénérer la ville. Patrimoine et politiques d'image à Porto et Marseille, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 276 p.
7 Florida R. (2002), The Rise of the Creative Class. And How it's Transforming, Work, Leisure, Community and Everyday Life, New York, Basic Books.
8 http://www.aps.dz/economie/67978-oran-des-etudiants-de-l-enpo-mettent-au-point-une-poubelle-intelligente
9 https://www.persee.fr/doc/globe_0398-3412_2013_num_153_1_6498 ;
https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/07352166.2019.1697182


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