Avec à peine une dizaine de participants, le Salon d'Oran 2016 ne pouvait s'attendre au même succès qu'il avait connu au cours des précédentes éditions. La crise pétrolière et la baisse des rentrées en devises du pays ont sonné le glas à un secteur qui était en pleine prospérité commerciale. Et les conséquences ont été tout simplement désastreuses avec des dégâts colatéraux sur plusieurs secteurs activant dans son orbite. Un assèchement des stocks de disponibilités, une envolée exceptionnelle des prix ont remis les compteurs des ventes au tiers de leurs performances habituelles. Les clients ont fini par déserter les concessions officielles et s'orienter vers le marché de l'occasion qui n'espérait pas tant pour renflouer ses caisses. Du pain béni pour les revendeurs et autres intermédiaires des marchés hebdomadaires. D'autant que les perspectives sont loin d'être favorables à une normalisation prochaine du marché de l'automobile en Algérie. La priorité de l'heure est le développement d'une industrie mécanique nationale. Les tractations se sont multipliées avec les différents constructeurs mondiaux en vue d'une redistribution des cartes à la faveur d'une nouvelle batterie de textes réglementaires pour la réorganisation du secteur. Les premiers fruits de cette démarche tous azimuts sont visibles aujourd'hui dans les travées du Salon d'Oran. Après Renault, le pionnier de cette industrie naissante avec son usine de Oued Tlelat, c'est au tour de Global Motors Industrie d'exposer ses véhicules utilitaires et industriels assemblés à Batna et du groupe Tahkout de présenter sa gamme de véhicules particuliers montés dans son nouveau site de Tiaret en partenariat avec la marque coréenne Hyundai. C'est en tout état de cause une alternative qui redonne l'espoir aux clients et leur offre l'opportunité de choisir leur voiture et même de souscrire à un crédit pour son acquisition. Certes, le principe du SKD retenus par la majorité des assembleurs nationaux, en l'absence d'une filière de sous-traitance locale, se révèle comme un contournement de la politique des quotas, cela demeure, néanmoins, un passage obligé pour préparer l'émergence d'une véritable industrie de montage avec des taux d'intégration substantiels. Renault Algérie 60 000 véhicules seront montés en 2017 C'est sans aucun doute une participation qui ne s'oubliera pas de sitôt. Celle de Renault est en effet à inscrire dans les faits marquants de cette 16e édition de l'Autowest. Le raz-de-marée enregistré sur le stand de la marque au losange dès le lever de rideau renseigne sur la frustration des clients et leur empressement à passer commande auprès du premier assembleur national avec cette certitude d'acquérir, malgré les délais de livraison qui s'allongent, un véhicule Made in Bladi. Dans son fief, Renault présente en effet ses deux véhicules produits à Oued Tlelat, Symbol et Dacia Sandero Stepway et dans leurs multiples variantes. Et à l'occasion d'une conférence de presse organisée la veille de l'ouverture du salon, le directeur général de Renault Algérie Production, Bernard Solinhac, annonçait la préparation en cours de l'assemblage d'un 3e modèle du groupe mais sans pour autant en fournir de détails supplémentaires. Face à l'insistance des journalistes, il se limitera à préciser que cette troisième sœur reposera sur une plate-forme technique différente de celle des premiers modèles, ce qui rend encore plus floue toute supputation. Est-ce un véhicule de segment supérieur, un véhicule utilitaire, un pick-up, comme cela a été suggéré précédemment, ou encore un SUV dont le succès est bien confirmé ? Le DG de RAP reviendra sur les performances de l'usine, qui vient de fêter son deuxième anniversaire, avec une production globale qui a atteint les 55 000 unités, dont 51 000 Renault Symbol et 4 000 Dacia Sandero Stepway et un effectif qui passe de 250 à 800 emplois toutes catégories confondues. Côté intégration, il a été annoncé un taux de l'ordre de 30% avec l'apport de 5 opérateurs, Joktal pour les pièces en injection plastique, Martur Algérie, pour les sièges, Sitel pour les collections de câblages, Sarel pour des pièces plastiques et prochainement, le groupe Hasnaoui pour les insonorisants et les tapis. Dans son intervention, le DG de Renault Algérie, Guilaume Josselin, soulignera que l'usine se prépare par ailleurs à renforcer encore plus l'intégration locale en préparant l'introduction de nouvelles tâches dans le montage des véhicules, à savoir la peinture et le soudage. Il précisera aussi que la production prévisible pour l'année 2017 serait de 60 000 unités. De son côté, la responsable du marketing, Sarah Benarab, revient sur les performances commerciales de la gamme Algérie, en mettant en avant le succès qui se poursuit de la Symbol avec une large domination des ventes, en s'érigeant même un statut de leader du marché national. Il en sera de même pour les résultats commerciaux tout aussi satisfaisants de la Dacia Sandero Stepway avec un engouement de la part des clients qui semblent apprécier particulièrement sa position surélevée et son allure de crossover tant recherchée. Chevrolet/Cima Motors Une urgence, la réhabilitation d'un label La marque américaine Chevrolet semble amorcer un retour en force sous la bannière du groupe Tahkout. C'est du moins ce qui ressort de la présence en force de ce label au 16e Salon d'Oran. Une marque qui a su par le passé décroché haut la main ses lettres de noblesse en Algérie avec des modèles adaptés aux attentes des clients et des prestations à la hauteur de leur confiance. Mais cette réputation s'est sensiblement effritée au cours de ces dernières années. Ce nouvel intérêt pour le marché local s'est exprimé à travers la présence de hauts responsables du groupe Général Motors, dont le directeur général Afrique du Nord, Tarek Attia qui a réitéré l'attention accordée par le géant américain au marché algérien dont les potentialités sont de notoriété mondiale. Le directeur de la marque au niveau de TMC, Riad Gadiri, présente le riche programme de relance de Chevrolet à travers l'introduction d'une large gamme de véhicules, y compris les modèles américains dont le Tahoe, le Silverado, Camaro, Traverse et Equinox. Pour le reste, c'est le retour déjà de Cruze et de Captiva qui ont bénéficié dernièrement d'un restylage leur conférant de nouveaux arguments commerciaux. Ils seront au cours de l'année 2017 suivis de la nouvelle Sonic, du nouveau Trax et aussi de Orlando. La marque Chevrolet pourra désormais compter sur la force commerciale de Cima Motors et surtout de son réseau de distribution au niveau national. De même que de gros investissements ont été consentis par le groupe algérien pour doter ses structures d'équipements de dernière génération pour l'entretien et la réparation des véhicules, alors que Général Motors s'est chargé du volet formation et perfectionnement des personnels techniques et leur adaptation aux nouvelles technologies de l'automobile. A une question relative à d'éventuels projets de partenariat industriel entre Cima Motors et Général Motors, le directeur Afrique du Nord n'écarte aucune hypothèse et se déclare disponible à toute proposition. DFSK Après les moteurs, l'assemblage A l'occasion du Salon d'Oran, le vice-président du groupe Tahkout a dévoilé l'existence d'un projet en voie de finalisation d'une usine de fabrication de blocs moteur de la marque chinoise DFSK dans la région ouest du pays. Ce partenariat vise à assurer en premier lieu l'exportation vers l'étranger et dans une seconde phase l'approvisionnement de la future unité d'assemblage que le constructeur chinois prévoit de réaliser prochainement en Algérie. Il est à rappeler que la marque DFSK est connue chez nous pour sa gamme de petits utilitaires compacts largement plébiscités par une clientèle spécifiques composée de petits commerçants et surtout des bénéficiaires des fameux crédits Ansej. Hyundai VP/Groupe Tahkout Prix raisonnables pour la gamme locale Le nouveau représentant et assembleur de véhicules particuliers de Hyundai, le groupe Tahkout, se distingue par une présence massive, en occupant le tiers des espaces déjà réduits de l'Autowest 2016. Un stand de la marque coréenne où les couleurs nationales attirent les attentions et suscitent des interrogations. Et pour cause, les véhicules montés dans la nouvelle usine de TMC à Tiaret sont en effet habillés de l'emblème national avec même l'inscription du 1er novembre 1954, en référence à la date de lancement de l'usine au cours du 1er novembre dernier. C'est dire l'ambition de ce groupe de se positionner en opérateur de premier plan dans la future industrie automobile en Algérie. Tahkout Manufacturing Compagny (TMC) présente la gamme montée localement dont la i10 hatchback, la i10 Sedan, Elantra, Creta, Tucson et Santa Fe, et ce, dans différentes finitions. Une grille tarifaire qui varie entre 1 599 000 DA TTC et 5 450 000 DA TTC. Elle ne manquera surement pas de réconcilier le client algérien avec la voiture après les exceptionnelles et incompréhensibles augmentations connues dans le secteur durant ces derniers mois. Ainsi, grâce à cette production nationale naissante, on revient à des niveaux de prix acceptables et plus ou moins normalisés. Au cours d'une conférence de presse, le vice-président du groupe, Bilel Tahkout, a d'emblée précisé qu'un stock de quelque 5 000 unités assemblées à Tiaret sera proposé à la vente durant cette période du salon, avec livraison au cours des premières semaines de l'année prochaine. Et dès le premier jour du salon, les commerciaux de TMC annonçaient la vente de plus de 100 véhicules. L'usine qui produit 8 modèles différents dispose de 3 lignes de productions et atteindra à la fin de l'année 2017 le volume global de 60 000 unités. Une nouvelle ligne sera prochainement consacrée au montage des utilitaires H1 et H100 qui ont connu par le passé un fort succès auprès des utilisateurs. Pour Bilel Tahkout, le SKD (Semi Knocked Down), principe actuel d'assemblage de kit et de pièces entièrement importés, sans aucune intégration locale, n'est qu'une phase transitoire, dans l'attente de mise en place d'un véritable réseau de sous-traitant locaux. Le réseau de distribution de TMC s'étend actuellement à 30 agents agréés implantés dans les différentes régions du pays et qui disposent de l'ensemble des fonctionnalités d'une concession automobile, vente de véhicules, vente de pièces de rechange et service après-vente.