L�Ahwaz, vous connaissez ? Pas tellement, n�est-ce pas ? L�Ahwaz (1), on n�en parle pas beaucoup. Je veux dire que les Arabes n�en parlent pas beaucoup, sauf lorsqu�ils sont essouffl�s d�avoir glorifi� Ben Laden et coul� toute la flotte jud�o-chr�tienne avec des missiles lanc�s des minbars. Il est vrai que c�est un exercice p�rilleux, pour un Arabe, de d�noncer l�oppression iranienne en Ahwaz, enclave arabe en territoire iranien. Comment d�noncer l��touffement des libert�s lorsque son propre talon �crase la jugulaire du copte ou du chald�en du coin ? C�est pourquoi vous ne verrez pas sur Al-Jazira beaucoup d�images sur l�Ahwaz. Ce n�est pas dans la ligne sur laquelle slalome avec bonheur le toujours vert cheikh Karadhaoui (2). Il est donc normal que les Arabes, d�ici et d�ailleurs, n�insistent pas trop sur la situation faite aux gens de l�Ahwaz. D�aucuns pourraient leur retourner le compliment en leur disant : �Mais que faites-vous avec vos minorit�s ?� Comme je suis tr�s peu chameau et que je ne vois pas des bosses partout, voici les derni�res nouvelles de l�Ahwaz : l�organisation des droits de l�homme de l�Ahwaz a envoy� samedi dernier un message urgent aux instances internationales pour les alerter sur la d�t�rioration de l��tat de sant� du journaliste ahwazi, Hassan Filahia, d�tenu � T�h�ran. Dans un communiqu�, publi� hier par le magazine Elaph, l�organisation indique que le journaliste souffre d�an�mie et de probl�mes cardiaques. Elle accuse les autorit�s iraniennes de ne pas prodiguer les soins n�cessaires au d�tenu du �Bloc 209� de la prison d�Evin � T�h�ran. La direction de la prison refuse m�me de faire parvenir � Hassan Filahia les m�dicaments envoy�s par sa propre famille. On sait �galement que les organisations arabes de l�Ahwaz ont r�cemment d�nonc� le peu d�empressement des autorit�s � proc�der au d�minage des r�gions frontali�res de l�Ahwaz. Des zones enti�res min�es durant la guerre irano-irakienne sont inaccessibles et souvent mortelles pour ceux qui s�y aventurent. On rappellera aussi la b�vue monumentale du prix Nobel de la paix iranien, Shirine Abadi, qui a omis de citer l�Ahwaz dans son rapport annuel sur les violations des droits de l�homme en Iran. Comme quoi, le fait d��tre une minorit�, en tant que femme et en tant qu�avocate de droits humains, ne pr�munit pas n�cessairement contre certaines crises d�amn�sie. Que voulez-vous ? Il y a des minorit�s qui sont plus minoritaires que d�autres. Une jeune fille du Kurdistan en a fait le mois dernier la mortelle exp�rience. Membre de la communaut� yazidite (3), et surtout femme, elle a �t� lapid�e � mort par des membres de son clan. Chef d�accusation de cette ex�cution sommaire : on l�avait vue en tendre compagnie avec un jeune homme sunnite. Du coup, on lui a pr�t� l�intention de se convertir au sunnisme, ce qui est puni de mort dans le code du yazidisme. Plus dramatique, pour l�instant, est la situation des coptes d�Egypte. Le sc�nario est souvent identique : une rumeur affirme que les coptes se pr�parent � construire une �glise. Comme s�ils n�attendaient que �a, les musulmans nouveaux se d�cha�nent contre leurs concitoyens chr�tiens. Vendredi dernier, apr�s un pr�che virulent de l�imam du village de Bahma, au sud du Caire, les �fid�les� ont br�l� plusieurs maisons et bless� une dizaine de chr�tiens. Comme d�habitude, les policiers �gyptiens ont arr�t� une soixantaine de musulmans qui ont pris part aux incidents. Les autorit�s ont confirm� que c�est l�imam de la mosqu�e qui a incit� les gens � agir ainsi. Des tracts incendiaires ont �t� �galement distribu�s � la sortie de la mosqu�e appelant � se prot�ger contre l�expansionnisme chr�tien (4). Notre confr�re Nabil Charef Eddine rel�ve dans Elaph que ces incidents sont devenus monnaie courante depuis quelques ann�es. Ils ont souvent � l�origine une rumeur vite d�mentie par la suite des �v�nements. Quant aux autorit�s, elles se contentent de mettre fin aux incidents, d�arr�ter quelques personnes, en attendant la prochaine flamb�e. En niant l�existence d�un probl�me communautaire et en r�agissant par des mesures polici�res, le gouvernement ne fait qu�aggraver l�inqui�tude des coptes, note notre confr�re. Cette inqui�tude est d�autant plus fond�e qu�elle est aliment�e par la mont�e de l�extr�misme islamiste qui exploite le moindre pr�texte pour allumer l�incendie. Il faut qu�on admette une fois pour toutes, ajoute-t-il, que les coptes sont le limon de ce pays, dont ils sont les plus anciens habitants. Ils ont r�ussi � maintenir leur existence durant des milliers d�ann�es et nul n�acceptera, � commencer par les musulmans sages, l�id�e de leur disparition. Consid�rer, enfin, que ce probl�me est interne � l�Egypte et rejeter toute ing�rence �trang�re, c�est faire preuve d�aveuglement, conclut Nabil Charef Eddine. Une autre fi�vre extr�miste s�est empar�e ces derniers temps du paisible Kowe�t. Ce sont encore les d�put�s salafistes au Parlement qui se distinguent. L�occasion leur a �t� fournie par le salon du livre islamique qui s�est tenu le mois dernier � Kowe�t. Or, les autorit�s ont interdit la participation de deux livres �crits par les che�khs saoudiens Ibn Al-Baz et Ibn Al- Otheimine. Ce qui est d�j� une sensation dans ce pays o� les int�gristes constituent une force appr�ciable au Parlement. Paradoxalement, les d�put�s fondamentalistes s�en sont pris au seul ministre des Affaires religieuses alors que le ministre de l�Enseignement est �galement partie prenante. En fait, nous explique notre confr�re Fakher Soltane, le courant salafiste s�attaque au ministre des Affaires religieuses, Abdallah Al- Maatouk, pour une seule raison : il les a exclus de la gestion du fonds des waqfs. Depuis son arriv�e � la t�te du minist�re, Al-Maatouk, qui est consid�r� comme un commis de l�Etat sans appartenance politique, a entrepris d�assainir la gestion des biens waqfs. Il s�est attach� notamment � les mettre � l�abri des convoitises des partis politiques. Le fonds repr�sente, en effet, un pactole de 9 milliards de dollars et les Kowe�tiens l�appellent �la poule aux �ufs d�or�. Ce qui repr�sente une perte �norme pour les salafistes ainsi priv�s d�une rente consid�rable. A chacun sa �poule aux �ufs d�or�. Il para�t que cette vari�t� existe aussi chez nous et qu�elle est tr�s courue. C�est ce jeudi, m�a-t-on dit, que sera donn� le signal de la ru�e vers ce poulailler aurif�re. A. H. (1) Afin que nul ne se m�prenne, le �h� de Ahwaz est une glottale fricative dans l�alphabet arabe. Il se prononce donc comme la 26�me lettre de cet alphabet, ce qui n�est pas le cas de la premi�re lettre de mon nom. (2) Je ne comprends pas ces �ruptions quasi spontan�es contre la cha�ne qatarie alors que son vrai patron, Karadhaoui, est accueilli chez nous comme un cadeau de la providence. (3) Consid�r�s comme des h�r�tiques par les sunnites et donc souvent r�prim�s. Ils ne croient pas en la damnation mais en la r�incarnation selon les m�rites. Ce qui ne les emp�che pas d��tre aussi intol�rants, sinon plus, que les autres. (4) Il faut au moins une dizaine d�autorisations pour faire simplement des travaux d�am�nagement d�un lieu de culte copte. De l� � construire de nouveaux �difices� Et dire qu�il y a des na�fs qui revendiquent le droit de construire des mosqu�es en terre chr�tienne.