Plus que quelques jours et le rideau tombera sur la manifestation «Constantine, capitale de la culture arabe 2015» avec tant de couacs et de polémiques. Entre les critiques des uns et les encouragements des autres, des réalisations imposantes ont été concrétisées, des édifices vétustes réhabilités et Constantine a été élégamment relookée, même si certains projets sont restés, comme ses ponts «suspendus». Jamais une telle manifestation n'a autant suscité de critiques et d'intérêt. L'heure est au bilan. Si certains, notamment les officiels, parlent de bilan positif, ils font référence aux nombreux projets enregistrés constituant un acquis pour la ville qui ne se répétera plus avec la crise financière qui se fait menaçante. La manifestation a permis de doter l'antique Cirta de réalisations imposantes, telles que la grande salle de spectacle le Zénith Ahmed-Bey qui aura prochainement un statut juridique, permettant de catégoriser l'infrastructure et d'en organiser la gestion. Mais cette salle sera-t-elle toujours le fief de la culture après le retour à la normale ou subira-t-elle le même sort que la salle de Tlemcen ? La ville s'est aussi dotée de la maison de la culture Malek-Haddad et du palais de la culture Mohamed-Laïd Al Khalifa revisités avec des espaces aérés et confortables, des ateliers, des salles de conférences et des halls d'exposition. A l'occasion de cet événement culturel, un hôtel de haut standing de la chaîne internationale Marriott, avec ses centaines de chambres, ses salles de conférences, ses restaurants gastronomiques, a été ouvert. Parmi les projets inscrits et réalisés, les réhabilitations d'infrastructures comme les mosquées, les édifices, quelques immeubles, en somme le lifting que la ville a connu à la faveur de la manifestation. Avec une cadence très lente des fois, des chantiers sont toujours ouverts, Constantine a pu quand même sauver les meubles et se permettre un relookage. Une multitude de projets, 117 en tout, inscrits avec un budget alloué à hauteur de 60 milliards de dinars revu à la hausse au fur et à mesure des réévaluations des différents projets. Sur l'ensemble de ces projets, 25 ont pu être lancés en plus des 74 projets de réhabilitation et 18 programmes d'amélioration urbaine. Des projets ratés ou en suspens Cependant, on doit évoquer également les projets dits «ratés» de la manifestation comme c'est le cas du projet du palais des Expositions prévu sur le plateau de Zouaghi à une centaine de mètres de l'aéroport Mohamed-Boudiaf confié au Groupement espagnol ALTUNA Y URIA SA-LANIKa, et qui n'a pas vu le jour jusqu'à présent malgré les engagements du groupement espagnol. C'est un projet réévalué à plus de 4 milliards de dinars devant occuper une superficie de plus de 20 000 m² couverts, extensible jusqu'à plus de 60 000 m2, avec toutes les structures d'accompagnement nécessaires. Parmi les chantiers toujours ouverts, la réhabilitation de pas moins de 45 immeubles du centre ville confiée à l'entreprise italienne Futura Costruzioni mise en demeure une multitude de fois par la direction de l'urbanisme de la wilaya. Le montant initial du projet est de 305 millions de dinars et un délai à respecter ne dépassant pas les 5 mois à compter du mois d'août 2014. Notons qu'une partie du projet a été déjà retirée à l'entreprise italienne et uniquement 30% du projet ont été finalisés. Les échafaudages sont toujours dressés au niveau de la rue Ben Mhidi et de l'avenue Bel Ouzdad, attestant de la situation. Citons aussi le projet du nouveau siège de la Caisse des retraites à Ali Mendjeli, le centre culturel islamique, la reconstruction de la mosquée Ahmed Hamani, tous à Ali Mendjeli et tous à l'arrêt pour des raisons techniques, nature du sol, procédure administrative ou manque de suivi. Quant à l'aménagement et le calibrage des oueds des zones urbaines de la wilaya engagés le long des oueds Rhumel et Boumerzoug sur un linéaire de 11,72 km, ils se poursuiventt lentement mais sûrement. Il porte également sur l'aménagement d'espaces verts sur une longueur de 14,5 km et une largeur de 20 m pour 15 milliards de dinars. Le projet est confié à un groupement constitué d'une société sud-coréenne et d'une entreprise publique algérienne et les travaux sont contrôlés par l'Organisme de contrôle technique de la construction hydraulique (CTH). Evidemment ce projet accuse comme d'autres un retard considérable. Des projets prêts pour avril 2016 Les visites d'inspection des projets qui rentrent dans le cadre de «Constantine capitale de la culture arabe», et qui doivent être réceptionnés pour le 16 avril 2016 sont hebdomadaires. M. Hocine Ouadah, wali de Constantine avait déclaré lors de sa dernière sortie «qu'il est globalement satisfait du taux d'avancement des projets». Une multitude de projets liés aux secteurs de la culture, de la jeunesse et des sports, de la santé, des travaux publics et des transports seront réceptionnés. Citons parmi les projets qui ont gagné le satisfecit du wali et dont la réception est confirmée pour le 16 avril, les annexes des maisons de la culture à Ali Mendjeli et à El-Khroub, le nouveau siège de la direction de l'hydraulique, le nouveau siège de la daïra d'El-Khroub et le siège de la cour des comptes. Aussi, le dédoublement de la RN20 entre El Khroub et Aïn Abid sur 20 km. La gare routière Ouest, Tahar-Sahraoui, sera également réceptionnée. Le centre des arts n'est pas en reste, ainsi que la Medersa. Pour le parc urbain du Bardo, une grande partie sera réceptionnée à la même date. Les stades communaux d'Aïn Abid et Messaoud Boudjeriou seront livrés à l'occasion de la clôture de l'événement culturel, aux côtés du stade Benabdelmalek-Ramdane au chef lieu de la wilaya ainsi que la salle omnisports de la cité Filali.
Le tourisme ressuscité ? Pour une ville qui recèle de richesses touristiques, une telle manifestation aurait pu constituer une parfaite opportunité pour relancer le secteur du tourisme. Selon le directeur de wilaya du Tourisme, M. Hassan Lebad, la manifestation «Constantine capitale de la culture arabe 2015» a contribué à l'afflux de touristes nationaux et étrangers et, dans ce cadre, les structures hôtelières de la ville et celles d'El-Khroub ont enregistré 150 000 nuitées pour les nationaux et 30 000 pour les étrangers. Pour ce qui est du projet de la réhabilitation du chemin des touristes, le directeur du tourisme a déclaré que les travaux avancent difficilement compte tenu du relief emprunté par ce chemin. L'entreprise en charge du projet, soit la société algérienne des ponts et des travaux d'art (SAPTA) est en train de mettre tout en œuvre pour arriver à livrer le premier tronçon au courant du 1er semestre de l'année en cours. C'est le même cas pour l'ascenseur de Sidi-M'cid dont la réalisation est prise en charge par la même société et pour lequel une enveloppe de 60 milliards de centimes a été dégagée. Le 7e art dans tous ses états Deux nouvelles salles de cinéma seront réalisées à Constantine de l'aveu du ministre de la culture, Azzedine Mihoubi. Il s'agit là d'une annonce de taille mais difficilement réalisable dans la mesure où le ministère de tutelle s'est vu confier la gestion de salles de cinéma dans le cadre de l'événement culturel mais rien n'a été entrepris. 2170 milliards de dinars devaient être dégagés pour les besoins de la réhabilitation de 7 salles et ce, en prévision de la manifestation. Rien n'a été fait. Ces deux nouvelles salles, inscrites au titre de l'exercice 2016, viendront s'ajouter à la cinémathèque (ex-cinéma An-Nasr en réhabilitation. le dossier des salles de cinéma, toujours fermées au niveau de la ville des Ponts, est lourd, très lourd. même le ministre a fini par avouer que «des efforts sont déployés pour assainir la situation et récupérer les salles». En tout cas pour les projections programmées durant la manifestation culturelle, elles ont été faites au niveau des salles du palais de la culture EL Khalifa et de la maison de la culture Malek-Hadad. Un «brouillon» de culture La qualité des manifestations culturelles n'ayant pas suscité l'adhésion populaire tant gagée en raison surtout de la concentration de l'essentiel du programme culturel au niveau de la salle Ahmed-Bey non accessible à tous les citoyens. Les semaines culturelles arabes en sus de celles des villes algériennes qui se sont produites durant les 12 mois n'ont pas dépassé le stade classique. Elles n'ont pas connu un engouement populaire et se sont déroulées presque à huis clos. «En principe, ces manifestations étaient programmées au niveau des halls du palais de la culture El Khalifa en plein cœur de la ville pour permettre aux constantinois de côtoyer leurs invités et de découvrir les us et coutumes des autres régions, mais on ne comprend pas pourquoi elles ont été transférées vers la salle Ahmed Bey», s'est interrogé un cadre de la direction de la culture sans doute pour ne pas évoquer le différend entre le commissaire de la manifestation et le directeur de l'ONCI qui n'a pas été sans conséquence sur le déroulement de ces semaines culturelles. Chaque mois, il y avait deux ou trois semaines culturelles jumelées. L'Algérie dans toute sa diversité et sa richesse a été représentée à travers ce grand événement organisé par l'ONCI et qui a vu la participation de toutes les wilayas du pays. Dans une ambiance un peu malsaine qui a enveloppé la ville et ses habitants durant l'année 2015, des moments magiques ont été vécus grâce aux chefs-d'œuvre classiques magistralement interprétés par des orchestres parmi les plus distingués dans le monde de la musique.
Le plein au théâtre Les planches du TRC ont, par contre, vibré grâce à des voyages exceptionnels au fin fond de l'histoire et célébré le talent de troupes théâtrales venues de plusieurs régions du pays. Le programme du département théâtre avait choisi la pièce Salah Bey qui a connu, si l'on juge les applaudissements nourris, un grand succès. Cinquante pièces de théâtre ont été programmées. Les œuvres retenues ont été choisies parmi 118 textes proposés. Sept de ces pièces concernent les auteurs nationaux, tels que Rédha Houhou, Kateb Yacine et Ould Abderrahmane Kaki. Alors que les 44 autres pièces restantes sont des œuvres inédites. Le chef de département théâtre, M. Yahiaoui avait souligné que vingt-six parmi ces pièces sont des créations théâtrales pour adultes, dix œuvres de coopératives et d'associations destinées aux enfants, quatre spectacles d'art chorégraphique et quatre coproductions théâtrales en collaboration avec des artistes chevronnés issus d'Irak, d'égypte, de Tunisie et de Palestine. Notons que certaines de ces 50 pièces ont vu la participation d'artistes aux besoins spécifiques dont des non-voyants. Des colloques souvent ennuyeux
Hormis deux ou trois colloques internationaux organisés à l'image du colloque sur la femme résistante qui a drainé beaucoup de monde et suscité l'intérêt d'une grande majorité de constantinois en raison des interventions et témoignages de qualité, la majorité des colloques organisés ont été tenus dans presque l'indifférence du grand public. Notons l'adhésion d'une certaine catégorie d'intellectuels et universitaires à prendre part aux colloques et autres rencontres internationales proposées dans le cadre de cette manifestation culturelle. Ils ont découvert, entre autres, les jeux traditionnels dans les sociétés, leur fonction sociale et leur apport dans la culture populaire, les massacres coloniaux, ceux notamment du 8 mai 1945 à Sétif, Guelma et Kherrata. Ils ont également suivi l'histoire du nationalisme algérien et découvert (ou redécouvert) les figures emblématiques qui ont marqué par leur engagement patriotique.