Le déroulement de l'opération de vote à Boumerdès a été marqué par plusieurs anomalies dans les centres de vote implantés à travers les 32 communes que compte la wilaya. Des dizaines de citoyens n'ont pas pu voter et choisir les futurs députés de l'Assemblée Populaire Nationale (APN) en raison de l'absence de leur nom dans la liste électorale. Les tournées que nous avons effectuées dans les bureaux de vote, notamment à Issers, Timezrite, Figuier et Boumerdès nous ont permis de vérifier cette anomalie qui a empêché des citoyens d'accomplir leur droit de vote. Une trentaine de personnes n'ont pas trouvé leur nom sur les listes électorales à Timezrite alors qu'en 2012, ces mêmes citoyens avaient voté lors des élections locales et législatives d'alors. «Je ne comprends rien du tout. Mon nom ne figure pas sur la liste, alors qu'en 2012, j'ai voté, et depuis, je n'ai pas changé mon lieu de résidence», s'interroge Achène, un habitant de Timezrite. D'autres n'ont pas pu voter, car des erreurs sont signalées dans l'inscription de leur nom sur les listes. C'est l'exemple d'un habitant d'Azzouza, commune de Chabet El Ameur, qui affirme qu'une erreur sur sa date de naissance l'a empêché de voter. Certains chefs de centre de vote à Issers nous ont confirmé l'existence de cette anomalie et orientés à l'APC pour nous inscrire. Des citoyens aux Issers nous ont affirmé que des bulletins de certains candidats à la députation sont arrivés deux heures après l'ouverture des bureaux de vote. Cette anomalie a été enregistrée au centre de vote du village agricole Laabid où les bulletins du candidat RCD ont été ramenés deux heures après l'ouverture des bureaux de vote. Des partis politiques et des indépendants, chacun avec son modus operandi, ont tenté d'inciter les gens à aller voter au profit de leurs listes. Certains ont offert de l'argent pour «draguer» des voix leur permettant de gagner un siège à l'hémicycle Zighout Youcef. «On m'a proposé 2000 DA pour voter pour leur candidat», nous dira Kamel, un habitant des Issers, qui ne cite pas le parti. Le vote massif des militaires dans les localités où des campements de l'armée sont implantés a été vivement critiqué par certaines formations politiques comme le RCD. Certains candidats, notamment des femmes, ont fait le tour chez les femmes au foyer, les incitant à voter, en contrepartie de les aider à avoir un logement. Le taux de participation des femmes dans tous les bureaux de vote est très faible. A Timezrite, selon des représentants de partis politiques, aucune femme ne s'est rendue au bureau de vote, y compris au chef-lieu communal. A Figuier, vers 15 h, le taux de participation de femmes a atteint 12%, alors que dans d'autres centres urbains, le taux varie entre 15 et 24%. A 10h, le taux de participation a atteint les 3% à l'échelle de la wilaya, et vers 16h, ce taux a été ramené à 19,27%. Les taux de participation les plus faibles ont été enregistrés dans les localités de l'est de la wilaya, à leur tête Taouarga, qui n'a pas franchi la barre des 7% , suivie de Afir avec 8%, Naciria de 9%, Chabet El Ameur avec 8,90%, Benchoud 9% et Dellys avec 10%. A titre d'exemple, sur les 19 567 inscrits à Dellys, seules 1888 personnes ont voté. Même situation à Chabet El Ameur où seuls 1468 sur 17 348 inscrits se sont rendus aux bureaux de vote pour choisir leurs députés. Dans cette localité, certains bureaux de vote n'ont enregistré que 10 votants, notamment dans les zones rurales où l'acte de voter est devenu un fait banal qui se répète chaque cinq ans. «Pourquoi voter ?» s'interrogent des villageois. «Pour assurer un meilleur avenir», tentent-ils de répondre. «Cela ne peut nous convaincre car les mêmes députés que nous avons choisis il y a cinq ans nous ont trahis et ces derniers vont suivre le même chemin une fois arrivés à l'APN avec le prestige et les avantages qu'ils auront acquis», nous dira un habitant de Timezrite. «Je ne crois pas qu'ils vont faire quelque chose pour sauver le pays de la crise. Car la majorité des candidats n'ont pas été à la hauteur durant la campagne électorale et tous étaient à court d'idées. En plus, il y a l'absence de l'Etat qui n'a pas répondu à temps aux doléances des citoyens qui a fait que voter ne fera pas la différence», nous dira un ancien retraité de Sonelgaz.