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«Citoyens du monde, à vos marques !»
Entretien avec l'écrivain Kebir-Mustapha Ammi
Publié dans Le Temps d'Algérie le 04 - 01 - 2009

A l'allure débonnaire, l'homme est d'un calme olympien ; mais dans sa tête trotte de magiques et magnifiques farfadets qui hantent son univers fantastique plein de sagas et d'un imaginaire fécond. Ses lectures l'ont introduit dans un monde fantasmagorique.Il ne se lasse pas d'interroger la parole de l'universel. Son ancrage culturel pluriel fait de lui un personnage fier de ses racines.
Ses attaches culturelles ? Ses deux pays, l'Algérie et le Maroc. Sa vision de la vie et des choses ? Plurielle parce que citoyen du monde. Dans cet entretien, l'auteur Kebir Mustapha Ammi se livre avec franchise et sans fard.
Le Temps : Peut- on connaître les contours de la personnalité de M. Ammi ?
Kebir-Mustapha Ammi :Je suis né à Taza, au Maroc. Mon père est originaire d'Algérie. Après mon bac, je suis allé aux Etats-Unis et en Angleterre où j'ai étudié la philosophie et la littérature anglaise. Je me suis ensuite fixé à Paris où j'enseigne. Mais je suis souvent en voyage. Je continue de beaucoup bouger…
Pourquoi le livre d'aventures L'île au trésor vous a-t-il marqué ? Est-ce le côté aventure ou la perception d'un monde nouveau qui vous a emballé ?
C'est le premier livre que j'ai lu, je suis tombé dessus par hasard, un jour. J'avais quinze ans. Je n'avais jusque-là jamais lu un roman, si l'on excepte les courts extraits que nous faisaient lire les professeurs à l'école. Et L'île au trésor m'a passionné. Je dirais même fasciné, parce qu'il a exercé sur moi un pouvoir extraordinaire. Je l'ai relu plusieurs fois de suite. Je suis devenu, à compter de ce jour, un lecteur boulimique. Ce roman m'a ouvert les portes de la littérature.
Mais, bien sûr, c'est le côté, comme vous dites, aventure et perception d'un monde nouveau qui m'a d'abord emballé. Il me permettait de saisir autre chose, de vivre autre chose, de quitter ma petite ville, Taza, à l'est du Maroc, et de me lancer, par la pensée, à la conquête d'une autre rive. C'est extraordinaire : le bateau de L'île au trésor lève l'ancre pour se lancer dans le monde et mon esprit de jeune lecteur quitte la rive natale pour se lancer, lui aussi, dans le monde. C'était mon premier voyage ! Il y a de la magie dans ce livre.
Vos prémices d'écriture remontent-ils à votre adolescence ou à l'âge de la maturité ?
J'ai eu, très vite, envie d'écrire. Je voulais créer des personnages et raconter des histoires. Mais entre le désir et la réalité, il y a un hiatus important. Je savais, à dire vrai, que ce n'était pas chose facile. Je me suis livré à quelques tentatives, mais je m'en suis vite débarrassé, elles n'étaient pas bonnes. Puis un jour, les choses se sont faites, j'allais dire d'elles-même. Et j'ai compris que la littérature ne servait pas qu'à raconter, mais à livrer une vision du monde, à interroger le réel, à mettre le réel en question, en se gardant de servir des réponses.
Pourquoi avoir écrit sur saint Augustin et Apulée ? Est-ce par devoir de mémoire et de réhabilitation en tant qu'enfants de ce pays ?
Je ne vous cacherai pas que c'est à l'origine une dette vis-à-vis du pays de mon père. Lorsque j'ai découvert dans l'adolescence que ces deux immenses personnages étaient d'Algérie, imaginez quel fut mon bonheur ! ça m'a troublé. Et ça ne m'a jamais quitté. Et quand j'ai écrit sur eux, cela m'a permis de parler de moi, de ma relation avec ce pays qui compte même si je ne le connais pas très bien. J'y suis attaché. Ensuite, je me suis dit qu'il était plus que nécessaire d'écrire sur saint Augustin et Apulée, ce sont deux figures majeures : l'un dans la philosophie et l'autre en littérature.
Les réflexions de saint Augustin sur le temps et la mémoire, dans Les confessions, sont fondamentales, elles constituent un point de départ à tout ce qui a pu être écrit par la suite. Quant à Apulée, avec L'âne d'or, il inaugure le roman, il en pose les prémices ! Le roman, comme vous savez, est né en Europe, entre le XVIe et le XVIIe siècles, on ne va pas revenir là-dessus, mais il faut rendre justice à Apulée qui en a entrouvert les portes avec son fabuleux livre !
Ecrire sur l'Emir Abdelkader, qui est une grande figure historique, un humaniste et un érudit, n'est-ce pas un thème éculé ?
Lorsque vous lirez mon livre, vous verrez, je crois, que c'est tout sauf un thème éculé que j'ai abordé. Pour tout vous dire, ce n'est pas une biographie que j'ai écrite, ni même le portrait du guerrier qui s'opposa à la France, mais le profil du mystique, du penseur original, du grand humaniste dont on peut tirer bien des leçons de sa vie et de son œuvre, Le livre des haltes. Permettez-moi de vous dire que l'Emir Abdelkader est un penseur inconnu chez lui ! J'ai dit, il y a quelques années, que sa statue ne devrait pas figurer un homme qui tient un sabre, mais un livre ! Son exil à Damas qui a duré plus de trente ans a été fécond.
Il a donné la mesure de son talent original. C'est un homme qui n'avait pas peur de se frotter aux autres. «Tout être est mon être», répétait-il. L'homme, quel qu'il soit, est toujours son frère. On trouve des échos de sa pensée chez des gens du XXe siècle qui, a priori, ne l'ont pas lu ! Je pense à Octavio Paz, à Hannah Arendt, à Gaston Bachelard… Il y a des passerelles à tisser de ce côté-là pour voir en quoi cette pensée originale peut nous aider à vivre et à vivre avec les autres !
Vous semblez attiré par des personnalités qui ont été au ban de leur société, comme El Hallaj ? Pourquoi ?
Parce que d'abord je me sens attiré par les chemins qui ne sont pas des sentiers battus. Et puis pour faire avancer les choses, je ne pense pas qu'il faille emprunter les routes où tout le monde va. L'écrivain doit déranger, doit apporter du nouveau… El Hallaj est un cas flagrant. On connaît son nom, mais on ne sait pas ce qu'il a fait, on n'en parle pas… Il s'interroge et nous interroge. Il s'élève contre les hypocrisies et les convenances ! Il fait tomber les masques ! Un tel homme est essentiel ! Il importe pour notre siècle.
Dans quelle perception du monde s'inscrivent vos ouvrages Le partage du monde et Le ciel sans détours ?
Je considère, pardonnez-moi cette expression, le monde comme un espace que nous avons en partage. Un espace ouvert ! Je ne pense pas que tel lieu appartienne davantage à X qu'à Y. Nous appartenons à la même famille humaine, l'humanité est une et indivisible ! Les deux romans que vous venez de citer obéissent à ce principe, à cette philosophie.
Je me sens bien où que je sois, sans jamais bien sûr renier mes racines ! Elles sont essentielles, elles me guident, mais elles ne m'empêchent pas de faire un avec les autres, avec ceux que je trouve sur ma route ! La vie est un voyage et les voyageurs que je croise sur la route et que j'accompagne, j'aime les voir comme des frères ! Cela n'exclut pas naturellement la lucidité. Car le roman est tout sauf un lieu où l'on trouve des recettes toutes prêtes pour vivre heureux. C'est un lieu d'inquiétudes et de questionnements ! Ce n'est pas le réel, c'est autre chose, c'est le réel soumis à un feu de questions !
Pensez-vous qu'il existe actuellement une nouvelle littérature maghrébine qui appréhende de nouvelles thématiques (religion, modernité…) ?
Les écrivains issus du Maghreb sont très différents, et c'est tant mieux. Ils traitent de choses extrêmement diverses, et c'est cela qui fait tout l'intérêt de leurs écrits. Leur langue aussi, qu'elle soit arabe, française… est souvent travaillée et riche… Tous, ou à peu près, sont habités par un rapport complexe à la langue. Cela révèle la dimension de leur désir d'écriture ! Car un écrivain, c'est d'abord un positionnement par rapport à la langue ! Par ailleurs, ce ne sont pas tellement les thématiques qui se renouvellent sous leurs plumes, mais davantage l'angle qu'ils choisissent pour aborder ces thématiques ! Et puis, je crois qu'il y a de la lucidité et de l'audace chez beaucoup d'écrivains. On ne peut que s'en réjouir !
Votre avis sur l'édition en Algérie ?
Elle semble très dynamique. J'ai été impressionné par le nombre de maisons d'édition.
Pensez-vous que seule la lecture peut inciter l'enfant à être le lecteur de demain. «L'école et la famille, comme disait Bourdieu, reproduisent le schéma social» ; n'ont-ils aucune incidence sur l'éducation de l'enfant ?
Non, la seule lecture ne suffit pas. Il faudrait, je crois, qu'il y ait d'autres actions pour éveiller la sensibilité de l'enfant et lui faire découvrir ce qui en fera un lecteur…
Vos projets d'écriture ?
Je viens de finir un roman qui va paraître en mars aux éditions Gallimard et qui s'intitule Les vertus immorales. L'action se déroule au XVIe siècle. Elle raconte, sur fond d'inquisition, l'histoire du premier Arabe qui s'est retrouvé en Amérique aux environs de 1527. Il a eu un destin extraordinaire. Il a été explorateur, guérisseur, interprète…
C'était un érudit. Il traverse d'abord le détroit de Gibraltar, comme les harraga ! Je suis parti d'une histoire vraie, et puis après je me suis livré à mon travail de romancier… Mon héros a dû cacher, bien sûr, qu'il était arabe et musulman !
De nombreuses questions apparaissent en filigrane qui ne sont pas sans rappeler l'époque que nous vivons. C'est un roman de voyages et d'aventures sur fond de choc des religions !

Entretien réalisé par Kheira Attouche


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