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«Nombreux parmi les nôtres sont détenus à El Khalil,et d'autres livrés aux Français»
Reportage : Une journée avec les nomades algériens aux frontières algéro-maliennes :
Publié dans Le Temps d'Algérie le 23 - 03 - 2013

Rencontrés avant-hier au fin fond du désert, des nomades algériens installés aux frontières algéro-maliennes nous ont révélé que «plusieurs algériens sont portés disparus à El Khalil, localité malienne», et que d'autres «ont été remis aux Français engagés dans la guerre au Mali». Ils témoignent également sur la mort de trois nomades algériens tués dans des bombardements français effectués aux frontières algéro-maliennes. Récit.
C'est vers 4h du matin que nous avons pris la direction de Tagarout à partir de Bordj-Badji- Mokhtar. Une centaine de kilomètres, dont 20 en goudron, nous séparent de cette localité. Nous devons traverser également 80 kilomètres de pistes.
Le conducteur qui nous transporte à bord de son véhicule tout-terrain semble un peu nerveux. Et pour cause ! Au bout de 20 kilomètres, la localité malienne El Khalil est distante de seulement trois kilomètres. «Si nous tournons à droite, nous nous retrouvons à El Khalil où l'insécurité est totale et la mort presque certaine», nous dira le conducteur, qui ajoute que «nous devons nous diriger du côté gauche en nous enfonçant dans la piste».
Le but de notre déplacement est de rencontrer des nomades algériens se trouvant aux frontières algéro-maliennes.
A partir de là, c'est la piste. Des herbes asséchées et du sable forment le décor des dizaines de kilomètres durant. Le déplacement n'est guère facile. La quantité d'eau dont nous disposons chauffe rapidement au fur et à mesure du lever du soleil. Hors de question de boire à volonté. Se perdre dans le désert n'est pas une éventualité à écarter et là, chaque goutte d'eau est vue comme une lueur d'espoir de survie.
Le décor ne change pas : buissons asséchés, sable à perte de vue et cadavres d'animaux morts de soif décomposés jonchant le sol. La pluie a été absente cette année. En cours de route, de plus en plus de cadavres de chèvres, de chameaux et autres animaux jonchent le sable, morts de soif.
Deux heures de marche nous attendent encore. Nous accompagne dans ce voyage Hassane Ramadhani, président de l'Association des petits du chameau et de l'élevage du cheptel de Bordj Badji Mokhtar, qui nous rappelle le caractère dangereux de la traversée.
«La situation est dangereuse, mais nous allons retrouver les nomades algériens après quelques heures de marche et ils vont vous raconter des choses qui n'ont pas été dites jusque-là», nous dira-t-il. «Ils se trouvent actuellement dans la localité dite Achif, sur la route de Tagarout», ajoute-t-il. Achif se trouve à une centaine de kilomètres de Bordj Badji Mokhtar et à environ 2500 kilomètres au sud-ouest d'Alger.
C'est une grande partie du grand désert algérien limitrophe des pays voisins, dont le Mali. Environ 2600 kilomètres séparent Alger de Achif. Beaucoup d'informations sur des faits qui se sont déroulés dans cette localité désertique, et liés à la guerre au Mali ne sont pas parvenues aux habitants de la capitale. Nous accompagne également Sid' Ahmed Okba Kounta, président de l'Association des prairies et élevage du cheptel de Bordj Badji Mokhtar.
«Où sont passées les aides qui nous ont été promises ?»
Après des heures de marche, nous apercevons une tente. Nous sommes à Achif. Un homme en sort et vient à notre rencontre. C'est l'un des nomades algériens dans ces lieux désertiques se trouvant aux frontières algéro-maliennes. Invité à nous parler des problèmes rencontrés par les nomades algériens dans celle localité, il commence par évoquer «les aides promises par les pouvoirs et qui ne sont jamais arrivées», selon lui.
«On nous a promis des tentes, du blé, de la nourriture pour notre cheptel et une centaine de batteries d'énergie solaire. La direction des forêts a fait son travail et a remis ces batteries à ceux qui devaient nous les distribuer, mais nous attendons depuis maintenant près de deux années sans que ces batteries ne nous parviennent.
On ne sait pas quelle direction ces batteries ont prise. Conséquences: nous vivons dans une totale obscurité puisque sans électricité dans ces lieux à hauts risques représentés par la guerre au Mali», nous dira-t-il. Hassane Ramadhani intervient pour appuyer ces propos en nous disant qu'«il est vrai que ces promesses nous ont été faites mais elles n'ont pas été respectées. Les nomades attendent toujours, mettant leurs vies en danger chaque jour qui passe».
«Forage de seulement trois puits sur les dix promis»
Les pieds nus et la peau brûlée par le soleil, les enfants de ce nomade arrivent en courant. Rencontrer des «étrangers» est chose rare pour eux. «Notre cheptel constitué de chameaux, chamelles, chèvres et moutons se meurt en l'absence de nourriture et d'eau», dira ce nomade. Selon Hassane Ramadhani, «seulement trois puits sur les dix promis par la direction de l'hydraulique de la wilaya d'Adrar dont dépend Bordj Badji Mokhtar ont été réalisés par les autorités concernées.
Le forage de ces trois puits a été fait aux lieudits PK 4, PK 5, et PK 80, alors que le forage devait être fait dans des lieux séparés les uns des autres par des distances plus importantes pour permettre aux nomades et à leur cheptel de pouvoir se répartir sur le terrain et aller à la recherche de la nourriture plus facilement.
Nous quittons ces lieux pour aller à la rencontre d'autres nomades dont les tentes se trouvent séparées de quelques centaines de mètres les unes des autres. Ce sont parfois des tentes appartenant à la Protection civile que nous apercevons, alors que d'autres sont fabriquées carrément avec des peaux d'animaux.
«Regardez, ma tente qui abrite toute une famille est fabriquée de peaux de chèvres et de moutons. Nous n'arrivons ni à nous nourrir ni à assurer notre sécurité, encore moins à nourrir notre cheptel. La guerre se passe en face de nous et nous sommes privés même d'électricité puisque nous ne possédons aucune batterie d'énergie solaire», nous dira Mohamed Temrine, rencontré avant-hier au lieu-dit Achif.
«Notre cheptel fuit vers le Mali et nous avons peur d'aller le récupérer»
«Vous savez, c'est la sécheresse, ici. Notre cheptel, composé de chameaux, chamelles, chèvres et moutons, fuit cette région pour aller vers des terres plus clémentes car ayant enregistré des chutes de pluie. Notre cheptel fuit cette localité pour se rendre à El Khalil, agglomération malienne se trouvant tout près de là et nous avons peur d'aller le récupérer. La situation sécuritaire là-bas n'est pas reluisante et nous pourrions être tués.
Nous vivons une vraie détresse. La situation est devenue plus dramatique avec la fermeture des frontières. Nous comprenons que ce soit pour des considérations sécuritaires, mais nous demandons aux pouvoirs publics de nous trouver une solution», ajoute Mohamed Temrine, chef d'une nombreuse famille.
«300 puits fermés au moment où notre cheptel meurt de soif»
D'autres tentes sont dressées çà et là. Un autre père de famille sort de sa tente pour nous dire : «Vous savez, nous disposons en tout de deux ‘el hassi' (puits dont l'eau peut être puisée à une profondeur de 2 mètres) et de deux autres puits où l'eau est puisée à 20 m de profondeur». Hassane Ramadhani et Mohamed Temrine interviennent à leur tour pour indiquer qu'«il existe ici 300 puits qui sont fermés parce que nous n'avons pas été aidés techniquement et matériellement pour les mettre en exploitation», selon eux.
La situation dans laquelle vivent ces nomades composées de plusieurs familles est très critique, et le cheptel enregistre des pertes chaque jour qui passe. Les enfants mange difficilement à leur faim. La nourriture se fait de plus en plus rare et la situation sécuritaire découlant de la guerre au Mali de plus en plus menaçante pour ces nomades.
Il possédait 250 têtes de bétail, aujourd'hui, il ne possède plus rien
Nombreux parmi ces nomades sont contraints de sacrifier les quelques têtes de cheptel qui leur restent pour se nourrir et nourrir les leurs. «En plus du fait qu'une grande partie de notre cheptel fuit vers El Khalil sans qu'il nous soit possible d'aller le récupérer, nous sommes confrontés également au vol de nos bêtes. Bientôt nous n'arriverons plus à nous nourrir», nous diront plusieurs nomades rencontrés sur place.
Ces derniers nous citent l'exemple d'un des leurs «qui possédait 250 têtes de bétail et qui, aujourd'hui, ne possède plus rien». L'absence d'un nombre suffisant de puits et d'électricité n'aide pas à l'amélioration de la situation. «Vous savez, le puits le plus proche se trouve à 30 kilomètres d'ici. Notre cheptel meurt de soif, nous également», ajoutent-ils.
«La guerre au Mali est une vraie menace pour nous»
«Avant la fermeture des frontières, nous avions une activité de troc (échange de cheptel et de marchandises) avec les pays voisins, dont le Mali et le Niger. La fermeture des frontières algéro-maliennes a totalement changé les choses et la guerre au Mali est une vraie menace pour nous», dira Mohamed Temrine. «Plusieurs nomades algériens se trouvaient à El Khalil, localité malienne, quand les frontières algéro-maliennes ont été fermées et la guerre avait éclaté au Mali. Ils n'ont jusqu'à présent pas pu rentrer au pays. Ils ont été interpellés et beaucoup d'entre eux ont été livrés aux Français, selon des informations qui nous sont parvenues», nous dira Mohamed Temrine.
«Ce qui est sûr, c'est qu'ils ont été arrêtés à El Khalil et depuis, nous n'avons aucune nouvelle d'eux», nous diront Hassane Ramadhani, Mohamed Temrine et d'autres nomades. Quel serait le nombre des nomades algériens «disparus» ? «Nous ne pouvons pas donner un chiffre exact puisque nous ignorons le nombre des nomades qui sont partis vers d'autres endroits. Nous ne voulons pas les compter parmi les nomades arrêtés au Mali», ajoutent-ils.
Des enfants qui ne sont jamais allés à l'école
Malgré la sécheresse, la soif et la famine, les nomades ont tenu et insisté à ce qu'on partage leur déjeuner. Une occasion pour nous de discuter en attendant la préparation du repas avec ces enfants circulant pieds nus sur ce sable d'une chaleur insupportable et au milieu de buissons asséchés. L'un d'eux se prénomme Malek et a 12 ans. «Non, je n'ai jamais été à l'école. Je ne sais pas ce que c'est», nous dira-t-il. Il n'est pas le seul enfant à n'avoir jamais fréquenté une école. Certains de ces enfants de nomades ne connaissent même pas leur âge. Le père de Malek, nomade, nous dira :
«Si une école avait été réalisée dans ces lieux, j'aurais scolarisé mon enfant en faisant en sorte que nos déplacements ne soient pas éloignés pour ne pas perturber sa scolarité». Baba a 12 ans et Mohamed, son ami, nous dira : «Je ne sais pas quel âge j'ai». Abdallah, lui, nous dira : «Tout ce que j'ai appris, c'est dompter le chameau. Regardez-moi faire». Abdallah est âgé de 9 ans. Tous ces enfants de nomades circulent pieds nus sur un sable extrêmement chaud en se faufilant et marchant sur des buissons asséchés. «Nous nous sommes adaptés aux dures conditions de la vie ici», nous dira Abdallah.
De notre envoyé spécial : Mounir Abi


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