L'ex-général Jorge Videla, décédé vendredi à 87 ans, incarnait avec sa fine moustache et son visage émacié la répression sanglante sous la dictature militaire en Argentine (1976-1983) pour laquelle il avait été condamné à la prison à perpétuité. A la tête d'un secteur anticommuniste, antipéroniste et ultra-catholique de l'armée de Terre, Jorge Videla a pris à 51 ans la tête du coup d'Etat qui a renversé le 24 mars 1976 le gouvernement contesté d'Isabel Peron. Ce militaire à l'allure fluette, sans conteste le plus connu des quatre dirigeants successifs de la junte, a conservé le pouvoir jusqu'en février 1981. C'est sous son commandement que "la guerre sale" menée contre toute forme d'opposition ou de contestation a atteint son paroxysme. Le bilan de la répression s'élève, selon les organisations de défense des droits de l'homme à 30.000 morts et disparus, sans compter les arrestations arbitraires, les tortures ou les enfants volés, dont le nombre atteindrait 500, selon l'organisation des Grand-mères de la Place de Mai. Dans un livre paru cette année, il déclarait que "7.000 ou 8.000 personnes devaient mourir pour remporter la guerre contre l'insurrection". "En 1976, quand il a pris le pouvoir, personne ne savait qui était Videla. Cette ignorance a pu expliquer pourquoi ses contemporains ont pu penser que Videla était le visage civilisé d'une dictature criminelle", estime l'historien et journaliste Rogelio Garcia Lupo, qui l'a qualifié de "masque de la terreur". En 1985, accusé de violations des droits de l'homme, l'ancien général était condamné à la réclusion à perpétuité, accusé personnellement de 66 assassinats, de centaines d'enlèvements et de cas de torture. En décembre 1990, il bénéficiait de l'amnistie décrétée par le président Carlos Menem (néo-péroniste, 1989-1999). Néanmoins, en 1998, il était à nouveau arrêté et placé en résidence surveillée pour l'enlèvement systématique de nouveau-nés enlevés à leurs mères "subversives" détenues et qu'il faisait adopter par des proches du régime. Le 5 juillet 2012, il est condamné à 50 ans de prison pour ces vols de bébés d'opposants. Dès 2001, il avait aussi été poursuivi pour sa participation au Plan Condor, mis sur pied conjointement par les dictatures d'Argentine, du Chili, du Paraguay, du Brésil, de la Bolivie et de l'Uruguay en vue d'éliminer leurs opposants. En 2008, il était transféré en prison dans l'attente de ses multiples procès, dont l'un débouchait en 2010 sur une nouvelle condamnation à perpétuité pour crimes contre l'humanité. Malgré ces condamnations, il n'a jamais manifesté le moindre remords. "J'assume pleinement mes responsabilités militaires. Mes subordonnés se sont contentés d'obéir aux ordres", avait déclaré lors de ce procès celui qui jouissait à son arrivée au pouvoir d'une image de modéré. Né en 1925 près de Buenos Aires dans une famille d'officiers, Jorge Videla a fait ses études au collège militaire. Après une carrière classique dans l'infanterie, il avait été nommé chef d'état-major général de l'armée de Terre, puis commandant en chef de l'armée de Terre, en août 1975. Il a eu sept enfants avec sa femme. Le troisième d'entre eux, décédé à l'âge de 19 ans en 1971, était handicapé mental et avait été placé un temps dans une institution spécialisée où travaillait Léonie Duquet, une religieuse française disparue pendant la dictature.