«L´Occident ne mesure pas toujours la haine que lui vouent des peuples humiliés et offensés par sa prospérité, son passé impérial, son présent dominateur, son appui à des régimes féodaux corrompus.» Alain Peyrefitte Les siècles passent, les prétextes changent mais les coups tordus, ce sont toujours les mêmes qui les donnent et les mêmes qui les reçoivent. Tenez, par exemple, le coup de l´éventail. Il paraît que c´est à cause de la turpitude de deux affairistes d´origine juive et de la magouille de certains généraux français que cette affaire avait éclos et qu´elle avait été montée en épingle par les Services français pour trouver prétexte à ne pas payer une vieille dette d´Etat. C´était au temps où le Maghreb nourrissait l´Europe. Hélas, les positions se sont inversées et on ne sait plus qui blâmer ou condamner: le colonialisme, le néocolonialisme ou l´impéritie de nos gouvernants qui semblent toujours naviguer à vue sur une mer houleuse, sur des rafiots obsolètes et des maîtres d´équipage plus occupés à faire ripaille qu´à scruter l´horizon. Hier, les puissances européennes voulaient à tout prix civiliser «ces côtes barbaresques», réputées servir de refuges à des pirates audacieux. Des guerres coloniales allaient gravement meurtrir des populations qui n´étaient pas préparées. C´était au nom de la civilisation. Après une période d´exploitation intense, ces pays accédèrent, grâce à l´émergence des pays socialistes, à une certaine indépendance. Mais cette indépendance ne fut que formelle à cause de l´impéritie des régimes qui s´imposèrent dans les pays du Sud. Malgré des richesses naturelles enviables, demeure leur dépendance alimentaire vis-à-vis des pays européens. Et les crises pétrolières ne firent qu´accentuer la rancoeur de ceux qui avaient l´habitude de se servir «à la pompe». Dans les années 1970, la surproduction agricole européenne était préoccupante pour leurs dirigeants: des surplus en blé avaient une incidence fâcheuse sur les cours des marchés, et des montagnes de beurre s´amoncelaient dans les entrepôts frigorifiques de la Communauté. C´était simple: le bloc socialiste avait son propre marché commun et les pays du tiers-monde n´avaient guère les moyens d´absorber les excédents européens alors que la famine faisait des ravages dans certains pays d´Afrique ou d´Asie. Mais comme chacun le sait, les capitalistes ont un tiroir-caisse à la place du coeur. Pire! Depuis quelques années, les pays développés ont introduit les notions d´écologie et de développement durable dans leurs stratégies économiques: ils sont en train de soustraire de vastes superficies, jusqu´ici consacrées à la forêt ou aux cultures vivrières, pour produire des biocarburants. Cela va entraîner automatiquement l´augmentation des prix des produits alimentaires de première nécessité. Ce phénomène s´accompagne d´une politique d´immigration plus rigoureuse de la part des pays européens. Des émeutes du pain vont secouer les pays les plus fragiles financièrement et des conflits locaux créés par les anciennes puissances dominatrices vont durablement focaliser l´attention des forces politiques de ces pays soumis à des dictatures. Avec la chute de l´Urss, le discours des anciens maîtres va brusquement changer: des ultimatums vont être lancés à certains régimes (pas tous, puisque l´Union européenne compte encore des dictatures parmi ses protégés) pour qu´ils réajustent leurs constitutions. Les agents du Mossad, les forces de l´Otan vont redoubler d´énergie pour déstabiliser, au nom de la défense des populations civiles, des régimes dynastiques. Et la boucle est bouclée au point que des événements inquiétants pour le Nouvel ordre mondial semblent se dessiner pour les pays sous-développés. Qui blâmer? Les pays du Nord ou les régimes du Sud qui ont toujours su prendre les mesures économiques qu´il ne fallait pas prendre?... il fallait prévoir les coups tordus et ménager son propre peuple. Aux bombardements des avions de l´Otan ont succédé «les frappes chirurgicales» des hélicoptères français. Après la chute d´El Gueddafi, à qui le tour?