La rencontre de football entre l'Algérie et l'Egypte a relégué la fête de l'Aïd au second plan. Le mouton a bien failli se retrouver orphelin de l'intérêt des Algériens cette année, contrairement à la coutume. Le match Egypte-Algérie a complètement éclipsé la fête de l'Aïd qui aura lieu ce vendredi. Les trois millions de bêtes destinées au sacrifice ont donc pu attendre dans la quiétude la venue de la fête. Elles ont, au moins, pu être épargnées par les combats organisés à longueur de journée dans de nombreux quartiers des villes. Mais ce n'est pas l'indifférence des consommateurs qui empêche le prix des moutons de connaître une envolée. Il faut compter plus de 20.000 dinars pour espérer acquérir un mouton. Certains n'hésiteront peut-être pas à dépenser plus que le double pour cette occasion. Depuis plusieurs jours, les revendeurs ont envahi les garages de plusieurs bâtisses pour proposer leur marchandise aux citoyens. Plus que la bourse, c'est assurément l'hygiène qui en pâtit. Les locaux ne sont pas du tout adaptés à ce genre de commerce. Généralement, ce sont des magasins qui sont transformés en étables au beau milieu des habitations. La première nuisance est provoquée par les odeurs avant même que le passant ne parvienne au lieu de la vente. Les voisins n'ont pas d'échappatoire pour se prémunir contre cette agression. Les trottoirs sont aussi jonchés de déchets de toutes sortes. Comme si cela ne suffisait pas, il y a aussi des vendeurs de fourrage qui étalent leur marchandises: des bottes de foin exposées à même le trottoir en plein milieu urbain. Pourtant, les communes ne tirent aucun dividende de cet engouement des marchands à s'adonner au commerce du bétail. Aucune taxe n'est perçue à la suite de cette activité commerciale. Les communes sont tout de même sommées de déléguer leurs employés pour ramasser toutes les immondices générées par cette activité lucrative. Si dans toute cette ambiance, les parents sont surtout réduits à faire leurs comptes pour espérer s'en sortir avec peu de frais, les enfants, par contre, s'en donnent à coeur joie. Les bêtes cornues font la joie des bambins. Mais toute cette atmosphère ne serait pas si particulière s'il n'y avait pas ce parfum enivrant de la victoire de l'Algérie contre l'Egypte. De la sorte, il n'a pas été difficile de trouver des motifs de décoration. Les couleurs de l'emblème national sont sur toutes les laines. Voilà donc un support d'art mobile permettant toutes les créations. Le football rattrape donc très vite cet événement religieux qui a toujours été fêté avec beaucoup d'égards. Cette année, il y a un nouveau motif de le célébrer dans des conditions particulières. Mais tout cela ne constitue pas assez d'arguments pour faire réduire le prix. Les explications ne manquent pas. Les éleveurs ne sont nullement pressés de se débarrasser de leur cheptel. Ils ont engrangé assez d'aliment du bétail pour que le cheptel soit à l'abri d'une rupture de stock. Dans ce contexte, il n'y a aucune raison pour augmenter l'offre. C'est la seule manière de jouer sur un mouvement à la baisse des prix. Même le ministère de l'Agriculture a tenté de procéder à la régulation du marché, mais apparemment son plan n'a pas rencontré beaucoup de succès. Depuis plusieurs mois, le ministre de l'Agriculture avait annoncé que ses services allaient entrer en contact avec les éleveurs pour effectuer des achats massifs de bétail. Les moutons devaient ensuite être commercialisés au détail à destination des citoyens dans une tentative de garder les prix à un niveau raisonnable. On est même allé jusqu'à proposer d'apposer des puces électroniques sur chaque bête afin de suivre son mouvement et éviter qu'elle ne traverse frauduleusement les frontières. De son côté, le secrétaire général de l'Union nationale des paysans algériens, M.Mohamed Alioui, a cru bon de parler à nouveau de la nécessité de casser le monopole des maquignons sur le marché. Cela permettrait au prix du mouton de rester à la portée de tous les citoyens, selon lui. La cherté du mouton prive beaucoup d'Algériens de la joie du Sacrifice, selon lui. Près d'un million de moutons se trouvent actuellement sous le monopole des maquignons. Il a appelé les éleveurs à commercialiser directement leur bétail sans passer par les intermédiaires. «De la ferme au consommateur» semble dire le nouveau slogan adopté à l'occasion de l'Aïd.