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Express Oran-Alger : dans les wagons de la peur
Agressions, trafic de drogue et immigration clandestine
Publié dans Liberté le 02 - 02 - 2009

C'est la quatrième fois, depuis 2005, que ces unités formées à Bouchaoui (Alger) par le Commandement de la Gendarmerie nationale (CGN), elles-mêmes formatrices des éléments des SSI (Sections de sécurité et d'intervention), opèrent à bord de ce train rapide, autrefois wagons de la peur, de tous genres de trafics et principal relais et moyen de transport des contrebandiers, mais également de la délinquance. Les choses ont, désormais, changé. Reportage.
Il fait très froid en cette matinée du 29 janvier, dernier week-end du mois, dans la capitale de l'ouest du pays : Oran, El-Bahia se réveille lentement en cette journée de repos, pour les uns, et de déplacement, pour les autres. Surtout pour les autres : ceux qui doivent prendre le train express, appelé également train rapide, à partir de la gare ferroviaire d'Oran vers Alger.
Il est 6h 30mn du matin quand les premiers voyageurs arrivent, avec armes et bagages dans l'enceinte de cette gare, réputée pour être un transit à fort flux de voyageurs qui circulent vers Chlef et Alger, mais aussi vers les villes limitrophes de l'Ouest, comme Tlemcen. Les billets à la main, ils passent par un contrôle de routine au portillon de la gare avant de rejoindre les quais. À la cafétéria attenante aux quais, comme devant le seul et unique buraliste du coin, les voyageurs parcourent les titres de la presse nationale et font leur shopping matinal. Les cheminots, quant à eux, sont déjà là depuis 6h du matin. Ils doivent préparer la feuille de route, vérifier la paperasse du voyage et apporter les dernières retouches, notamment sur le volet de la sécurité du train, avant d'avoir le feu vert pour quitter Oran. Car, en cours de route, l'erreur n'est pas permise. Surtout pas le télescopage ! Derrière ce décor routinier, par ailleurs quotidien pour les cheminots, et loin de tout soupçon, des hommes ratissent discrètement les lieux et scrutent le comportement des voyageurs. Rien à signaler à quai : le train peut enfin siffler !
Avant l'opération, l'observation et le renseignement
Il est 7h45 mn. Le soleil se fait encore désirer quand le train quitte Oran. Direction Alger. Seule escale, dans deux heures, Chlef. Les voitures sont quasiment pleines. Les lève-tôt profitent de ce silence matinal pour plonger dans un sommeil profond. Dans les couloirs du train, comme dans les séparations des wagons, une équipe de renseignement est déployée.
Dans la totale discrétion. Objectif : repérer des voyageurs suspects, tenter d'identifier les étrangers, situer les bagages douteux, mais surtout localiser le mouvement des voyageurs qui laissent leurs bagages dans les soutes des wagons, changent de place pour les récupérer à la gare Agha d'Alger. Une ruse comme une autre pour passer pour des voyageurs ordinaires qui n'ont aucun lien avec la contrebande. Dans le wagon exclusivement réservé aux éléments du Détachement de sécurité et d'intervention (DSI), le capitaine Zoheïr Boutelhig prépare l'équipe d'intervention et donne les dernières consignes. Objectif : opérer doucement, sans brusquer les voyageurs, mais surtout rester vigilants contre les tentatives de diversion et sévir contre les suspects qui refusent d'obtempérer et qui ne coopèrent pas lors du contrôle d'identité ou de bagages. La section du DSI est au grand complet. Elle est équipée d'outils adéquats pour arriver à l'objectif escompté : sécuriser l'express Oran-Alger pour faire de ce train un moyen de voyage pout les familles et non un moyen de locomotion pour trabendistes et autres délinquants. Invisibles à leur arrivée à la gare ferroviaire d'Oran, les agents du DSI sont, enfin, prêts à intervenir.
Dans le collimateur, plusieurs suspects. “Nous opérons en équipes séparées, mais nous restons en contact de telle façon à verrouiller les passages aux voyageurs d'un wagon à l'autre jusqu'à la fin de l'opération. Nous repérons tout mouvement des suspects qui veulent fuir au contrôle. Nous intervenons sur la base de données. En plus des cibles fixes, nous n'écartons aucun autre contrôle sur des personnes qui se font passer pour de simples voyageurs”, nous explique le meneur du DSI, le capitaine Zoheïr Boutelhig. Celui-ci, qui cumule par ailleurs une longue expérience dans la lutte contre la criminalité, a sa petite idée sur l'express Oran-Alger. C'est le moyen que privilégient les trabendistes et tous les trafiquants pour acheminer leurs marchandises vers Alger en s'infiltrant parmi les voyageurs ordinaires et les familles. En effet, le renforcement des points de contrôle routier par la Gendarmerie nationale étouffe ces réseaux jusqu'à leur asphyxie.
De l'or, de l'immigration clandestine et des nationaux sans-papiers
Il est 8h 50 quand les élites du DSI formées à Bouchaoui (Alger) par le Commandement de la Gendarmerie nationale (CGN), elles-mêmes formatrices des éléments des SSI (Sections de sécurité et d'intervention), investissent les wagons des voyageurs. Si les habitués du rail ont tout de suite compris qu'il s'agit d'une opération de sécurisation du train, d'autres, en revanche, ont vite affiché la mine défaite, à l'image de cet homme, la quarantaine dépassée, qui n'avait finalement pas de pièce d'identité.
Premier contrôle, un couple avec un enfant. L'homme, coopératif, a tout de suite exhibé le livret de famille faisant foi du lien de parenté avec l'enfant.
C'est que le patron de la Gendarmerie nationale, le général Ahmed Bousteila, a donné des instructions fermes pour le contrôle d'identité, y compris des couples pour lutter également contre le trafic d'enfants. Un autre, un Algérien, exhibe une pièce d'identité en lambeaux. Il sera immédiatement soumis à un contrôle rigoureux pour justifier son identité. Au second wagon, classé non fumeur, un jeune Marocain, la trentaine à peine, sera appréhendé. “Je n'ai aucun papier sur moi. J'ai fui le Maroc à cause de la misère. Je travaille à El-Hamiz où j'ai mon contact direct. Je travaille dans les chantiers, l'essentiel est de gagner ma vie”, reconnaîtra-t-il. Et d'ajouter : “Vous voulez que je vous dise ? Tous les pays arabes sont les mêmes. Il n'y a pas d'avenir. Mais, je préfère l'Algérie par rapport à tous ces pays, surtout au Maroc. La preuve, je travaille en Algérie depuis plusieurs années, je n'ai jamais été arrêté car j'avais les papiers sur moi. C'est la première fois que je grille la frontière sans documents et c'est la première fois que je me fais arrêter.”
Le Marocain en question sera livré, à l'escale, à la brigade territoriale de Chlef pour examen. Il sera refoulé, dans quelques jours, dans son pays d'origine, conformément aux lois en vigueur de la lutte contre l'immigration clandestine. Les éléments du DSI ne laissent rien au hasard. Les bagages suspects sont fouillés de fond en comble.
Les familles que nous avons interrogées à ce sujet seront unanimes. Une dame, la soixantaine, fidèle de l'express Oran-Alger nous dira tout de go : “Depuis que les gendarmes ont commencé à sécuriser ce train, j'ai cessé de prendre mon véhicule pour me rendre à Alger. Je voyage régulièrement et en toute quiétude. Ce qu'il faudra améliorer, mais écrivez-le, c'est la prestation de services à bord de ce train. Les cheminots sont de véritables professionnels, mais il faut mettre les moyens pour le confort des voyageurs. Si vous appelez ça première classe, alors que diriez-vous de la classe économique ? Ecrivez-le SVP, les agents du train sont très gentils, mais Allah ghaleb !”
Un père de famille, originaire de Tizi Ouzou, nous accostera également : “Je voyage toujours en famille. Autrefois, des voyous nous menaçaient avec des armes blanches. Les trabendistes faisaient la loi dans les wagons pour écouler leurs marchandises. Ils ne nous laissaient pas voyager. Depuis maintenant quatre ans, tout a changé ! Il faut sévir contre ces voyous ! Mais, je peux vous dire que cet express, au-delà du confort qui laisse à désirer, nous sauve vraiment. La sécurité y est ! C'est l'essentiel pour moi en qualité de père de famille. Ceci dit, les cheminots font leur travail convenablement.”
Au dernier tour des wagons, alors qu'il ne reste que 30 mn pour arriver à la première et unique escale de Chlef, un bijoutier professionnel tombe face à face avec un sergent du DSI, connaisseur du métier. “Ça, c'est pas de l'or, monsieur ! On appelle ça la casse. Puis-je avoir la facture SVP ?”, lui dit-il en l'abordant. Surpris mais très coopératif, le bijoutier finira par se rendre à l'évidence : “Je vous rassure que je détiens tous les documents, et voilà d'ailleurs le registre de commerce de mon père. Je détiens même une procuration. Mais la facture, je l'ai versée pour les bilans. Je peux vous donner, si vous me laissez le temps, une copie. J'ai tout dans mon local à Alger”, répond le bijoutier d'un air souriant, mais inquiet quant à la suite qui sera donnée à son cas par la brigade de la Gendarmerie nationale de Chlef.
Il vit à Londres, il fume du thé et rêve d'un Etat théocratique
Dernière personne à être vérifiée par le même sergent qui ne déchante pas devant les tentatives de diversion : un islamiste activiste sous d'autres cieux aux habits d'un autre âge. Il vit à Londres, il consomme du thé pour dopage scellé dans de l'aluminium et rêve d'un Etat moyenâgeux.
Lui, c'est un voyageur à part. Vêtu d'une tenue des années de plomb et muni d'un passeport algérien, il menacera : “On ne m'a jamais arrêté depuis 14 ans ! Je vis en Angleterre paisiblement, personne ne me casse la tête. C'est à cause de vous que j'ai quitté le pays. Savez-vous comment j'ai appelé mon fils ? Qotada (en rapport à Abou Qotada, le mufti d'Antar Zouabri pour l'effusion du sang en Algérie, ndlr) ! Voilà tout ! Ce thé, je le consomme ou pas, ça ne regarde que moi. Demandez à celui qui le vend, pas à moi.” Le gendarme qui l'interroge tombe des nues. “Mais, nous ne vous demandons pas de parler d'autre chose que de l'emballage du thé. Pourquoi certains sachets sont en plastique et d'autres en aluminium ? C'est tout ! Pourquoi vous êtes excité ?” lui demande-t-il. Suite à quoi, il sera soumis à un interrogatoire rigoureux par les éléments du DSI dans un autre wagon. La journée sera longue, très longue pour les éléments du DSI déployés à partir d'Alger pour effectuer leur quatrième opération, la première étant menée en 2005.
L'opération aura permis, au-delà de son bilan physique, de perpétuer la tradition de respect des familles qui voyagent à bord de ce moyen de locomotion, mais surtout de sécuriser un express qui a coûté de lourds investissements à l'Etat.
La présence et l'intervention ponctuelle des éléments du DSI, en plus des contrôles de routine des gendarmes du train aura réhabilité l'image de l'express Oran-Alger, autrefois wagons de la peur, du trafic et principal relais et moyen de transport des contrebandiers, mais également de la délinquance.
F. B.


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