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La mort lente du bijou chaoui
Batna
Publié dans Liberté le 07 - 11 - 2010

Le bijou chaoui ne fait pas exception quant à l'érosion et la détérioration que connaît ce patrimoine matériel en Algérie d'une manière générale, particulièrement dans les Aurès.
Une autre tradition, un autre trésor artisanal, une facette et pratique millénaires, à savoir le bijou chaoui, risque de ne plus faire partie du présent, encore moins du futur pour ne trouver de place que dans les musés d'antiquités ou faire partie des objets qui seront invoqués avec grande nostalgie, et n'intéresseront que les collectionneurs et les curieux, car rares, uniques ou disparus. C'est ce qui risque d'arriver à la parure auressienne, si rien n'est fait dans l'immédiat pour la sauver d'un trépas certain. Le bijou auressien a défié le temps pour nous parvenir comme un héritage de nos aïeuls. Il est d'une pureté rare, exclusivement en argent, beau à la vue et au toucher, avec des formes et coupes, qui ne sont aucunement anodines, mais plutôt un langage bien avant l'écriture et les ancêtres ont certainement utilisé ce support (argent métal et bijou) pour écrire à leur manière des pages et des pages d'un passé lointain. Le bijou chaoui ne fait pas exception quant à l'érosion et la détérioration que connaît ce patrimoine matériel en Algérie d'une manière générale et particulièrement dans les Aurès, à l'exemple des sites archéologiques sans protection et livrés au vandalisme, le tapis de Baber dans la wilaya de Khenchela menacé par la contrefaçon, la robe chaouia qui agonise sous les coups du prêt-à- porter... Il n'en demeure pas moins que la situation est qualifiée de dramatique et on parle d'agonie, quand il s'agit du bijou chaoui. Comment en est-on arrivé à cette situation ? Pourquoi rien n'est fait ou rien n'a été fait par les responsables du secteur (artisanat, tourisme, culture…) ? Moult questions nous viennent à l'esprit et nous avons essayé de leur trouver des réponses.
À Ghassira...
Il était une fois le centre de formation
C'est dans la petite commune de Ghassira, à une centaine de kilomètres au sud de Batna et plus exactement à Ifelfel, que d'anciens artisans bijoutiers spécialistes en bijoux chaouis, nous ont conseillé de nous rendre. La région avait connu l'âge d'or en fabrication de bijoux, mais aussi, c'est dans cette petite localité( Ifelfel) que se trouve un petit centre de formation des artisans bijoutiers, unique dans les Aurès, mais qui a fermé ses portes en 1997, sachant qu'il a été inauguré en 1967. Au bureau du premier adjoint au P/APC de la commune de Ghassira, Ben Zeroual Laâla, à part l'amertume et la déception, il n y point de place pour un projet d'avenir. “Le petit centre ou comme on l'appelle ici l'artisanat, a été vendu comme bien d'autres Le bijou auressienpetites fabriques et usines, dans le cadre de la privatisation. Ce fut une erreur fatale. Vous pouvez le constater par vous-même sur les lieux. Il n'y a plus personne, alors que dans ce même centre, il y avait 18 ouvriers qualifiés permanents. Tous les deux ans, 40 apprentis apprenaient les métiers et la formation était sanctionnée par une attestation d'artisan. Les stagiaires étaient initiés à la fabrication de bijoux en argent et en or et à l'entretien et la réparation du matériel. Le centre appartenait à une société de wilaya (Sopaba), Société des produits artisanaux de Batna mais cette société a été elle aussi dissoute. Cela ne nous empêche pas d'entamer un dialogue avec le propriétaire du centre, dans l'espoir de relancer les activités, mais je ne vous cache pas, que notre commune Ghassira, n'a pas les moyens, qu'exige un tel projet”, dira notre interlocuteur. Un centre ou une maison de l'artisanat, peu importe le nom, ouvert et en fonction pendant plus de 30 ans, ayant formé et enseigné à des centaines, voire à des milliers de jeunes apprentis, ferme en catimini ses portes, comme si de rien n'était.
Qui a récupéré le matériel ? On nous a parlé d'une dizaine de machines, mais le plus important, que sont devenus les artisans formés au sein même de ce centre? Ont-il gardé le métier ou bien se sont-ils reconvertis par la force des choses ? Force est de constater et dans la douleur, que la fabrication du bijou chaoui en argent a été troquée au profit du bijou en or. La conversion peut être considérée comme phénoménale, car les traditions et habitudes de la femme chaouia obéissaient à une règle d'esthétique qui veut que la femme berbère des Aurès doit au moins porter une paire de bracelets, une paire de khelkhals et des boucles d'oreilles en argent. Autres époques, autres mœurs, la gardienne de la mémoire n'est plus ce quelle était.
Où est le sauveur ?
Retour à Batna. Au magasin (Palais du traditionnel) avenue de la République, chez Ben Oudjit fils. Une multitude de produits artisanaux sont exposés et proposés aux clients, sauf le bijou chaoui. Interrogé sur l'absence de ce dernier, le jeune vendeur nous explique qu'il a essayé et à plusieurs reprises de se procurer des bijoux de la région, car demandés par plusieurs clients, mais en vain. Il nous explique qu'il ne trouve pas de fournisseurs. La seule fois où il s'est procuré quelques bijoux, ça n'a pas donné satisfaction aux clients car ce n'est pas un métal pur, mais mélangé, donc pas noble. Notre interlocuteur nous dira, cependant, qu'il y a un petit espoir, car il existe un petit retour aux bijoux en argent et la preuve se trouve dans son présentoir où il propose aux clients des bijoux syriens et turcs. Notre jeune vendeur nous parlera ainsi d'un bijoutier à El Madher, avec qui il va travailler, afin, selon lui, de redonner confiance aussi bien aux clients qu'aux artisans, même en prenant des risques, sinon la vente ne redémarrera jamais. En effet, il est dit que la création du bijou, est une composante déterminante de la culture algérienne. Même son de cloche, chez un ancien élève du centre de l'artisanat de Ghassira. Fouriachi Belkacem est propriétaire d'un magasin d'artisanat. Le sujet semble un peu irriter notre interlocuteur et il ne s'en cache pas. Pour lui, si on avait misé sur l'homme en tant que valeur, le centre n'aurait jamais fermé, il nous dit et avec une certaine colère que “c'était une grande perte, c'est dans ce centre que j'ai appris les secrets du métier. La région qui était et qui est encore pauvre, a vu dans ce centre une lueur d'espoir, car les habitants apprenaient un métier et grâce à ça ils pouvaient gagner leur vie. À l'époque, quand j'étais au centre, je me souviens que nous recevions des commandes des quatre coins du pays, pour la simple raison, que le bijou chaoui était apprécié et demandé partout. Jusqu'à maintenant, je ne connais pas les raisons de la fermeture du centre. À mon humble et modeste avis, il n y a qu'une seule solution, le retour à l'initiation et c'est à l'Etat de le faire. La demande existe, il faut dans l'immédiat arrêter le massacre car certains commerçants sans scrupule fabriquent des bijoux qu'ils font passer pour de l'argent, alors qu'ils utilisent de l'argent léger pour créer une apparence usée, mais le plus grave, reste la pratique de la fusion. Des bijoux d'une valeur inestimable, sont fondus pour la fabrication de pâles copies”, conclut M. Fouriachi.
C'est pour l'intérêt qu'il accorde à la culture berbère d'une manière générale et la protection du patrimoine sous toutes ses formes que nous avons demandé à Salim Souhali de nous donner son avis sur un sujet que lui-même considère comme inquiétant et qui nécessite une prise en charge rapide. À la question de savoir quelles sont les mesures à prendre, pour stopper cette agonie, notre interocuteur nous dira que “hélas, ce n'est pas uniquement le bijou qui est grabataire. C'est un tout, nous n'avons qu'à prendre exemple sur nos voisins, Marocains et Tunisiens, dans les plus grandes villes de ces pays, existent encore des artisans. Où sont les teinturiers de Batna, dans la région de Menaâ et Aïn Zaâtout, des noms de familles sont liés aux bijoux (azref), argent en chaoui. Nous n'avons rien à inventer, juste reprendre et restaurer ce que nous avons cassé. Il faut une politique dans ce sens et de l'initiation, comme on apprend l'informatique ou la boulangerie, on apprend le métier de bijoutier artisan.”
Un artisan bijoutier, qui propose aussi bien des bijoux en or qu'en argent, nous confie que durant les deux dernières années, beaucoup de filles, mais aussi des femmes mariées, viennent dans son magasin pour louer des bijoux authentique chaouis : skheb, la boîte à amulettes, abzimte, amcheraf, amessak et bien d'autres bijoux chaouis, qu'il avait pourtant à un moment rangés dans un coffret. La femme c'est encore elle qui va décider de la vie ou de la mort de cette empreinte millénaire.


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