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Le chef de la diplomatie allemande, Guido Westerwelle, se confie à “LIBERTE” “Les peuples d'Afrique du Nord veulent la démocratie et le progrès économique”
Le ministre allemand des Affaires étrangères arrive aujourd'hui à Alger dans le cadre d'une visite officielle qui le mènera également à Tunis et à Tripoli. Au-delà de la coopération économique, Guido Westerwelle abordera avec les responsables algériens le processus de réformes politiques engagé par le président Bouteflika depuis avril 2011 et les conséquences de la guerre en Libye sur la sécurité dans le Sahel. Liberté : Nous avons beaucoup parlé de Désertec, ce mégaprojet prometteur qui devrait créer une énergie alternative à partir du soleil. Qu'en est-il exactement de la participation algérienne et quel est le prolongement pratique du protocole d'accord du projet signé le 13 juillet 2009 à Munich par 12 sociétés basées en Europe, au Proche-Orient et en Afrique du Nord, avec la participation de Cevital pour l'Algérie ? Guido Westerwelle : L'Allemagne est un pays en pointe dans la promotion des énergies renouvelables. Nous apportons ainsi une contribution importante dans la lutte contre le changement climatique et diversifions en même temps nos sources énergétiques. Nous accompagnons donc les initiatives du secteur privé destinées à renforcer l'utilisation des énergies renouvelables. Cela vaut aussi pour l'initiative Désertec. Nous pouvons tous profiter du développement des énergies renouvelables en Afrique du Nord ayant pour but de satisfaire les besoins énergétiques de la région tout en visant également l'exportation d'électricité vers l'Europe. Les peuples des pays d'Afrique du Nord veulent la démocratie mais aussi le progrès économique. Pour que le projet soit un succès, nous souhaitons coopérer étroitement avec des partenaires de la région. Le dialogue politique algéro-allemand a toujours évolué dans le bon sens. Quelle est votre appréciation de l'insécurité au Sahel après l'intervention de l'Otan dans la “révolution” libyenne, surtout que l'approche allemande de cette question a été différente de celle de ses partenaires européens, notamment britanniques et français ? La situation de sécurité dans la région du Sahel est une source de vives préoccupations pour nous et nos partenaires de l'Union européenne. C'est pourquoi nous travaillons à Bruxelles sur une stratégie commune pour la sécurité et le développement au Sahel. Le but est de contribuer à une amélioration de la situation, notamment par le biais de la coopération au développement. Parallèlement, nous finançons la destruction de mines terrestres et de détonateurs en Libye et aidons à sécuriser les arsenaux d'armes chimiques afin de réduire le potentiel de risques dans la région. Il est important que les Etats concernés coopèrent également étroitement au niveau régional. Le Printemps arabe a déjà un an depuis les évènements en Tunisie qui avaient abouti à la chute du régime de Ben Ali et plus tard mis fin au système Moubarak en Egypte. Quel est le point de vue allemand sur les retombées des changements sur l'avenir du monde arabe, surtout que la menace du fondamentalisme risque d'assombrir les perspectives démocratiques dans la région ? Ce que l'on appelle le Printemps arabe est un défi historique et une grande chance pour les peuples d'Afrique du Nord et du monde arabe. La liberté, le développement démocratique et de meilleures conditions de vie ne s'acquièrent pas du jour au lendemain mais sont le fruit d'efforts laborieux. Les pays en question ne sont donc qu'au début de développements qui vont s'étendre sur une longue durée et évoluer différemment suivant le pays. Il est crucial que les citoyens puissent exprimer et réaliser eux-mêmes leur aspiration à une participation politique et à la démocratie. En tant qu'Européens, nous voulons y contribuer. C'est aussi le but de mon voyage en Algérie, en Libye et en Tunisie. À quoi sert-il de faire des changements pour installer des régimes encore plus répressifs comme c'est le cas en Libye et en Egypte ? En Libye et en Egypte, des gouvernements élus et démocratiques ont pour la première fois la chance de construire l'avenir sur la base d'un Etat de droit et en accord avec la population. En Libye, un gouvernement de transition prépare les élections ; en Egypte, les élections législatives se déroulent actuellement, et il existe une feuille de route pour la transition vers un gouvernement démocratique. Naturellement, ces développements ne sont pour le moment qu'un début prometteur sans garantie de succès. Il est essentiel qu'il existe dans les pays mêmes une volonté largement partagée de tous les responsables d'entreprendre des changements vers la démocratie et l'Etat de droit. Lors de son déplacement en Algérie en mars dernier, le président du groupe d'amitié interparlementaire germano-maghrébin, Günter Gloser, avait indiqué que la situation en Algérie était différente de celle des autres pays arabes, théâtres de révoltes populaires. Quelle est votre appréciation des réformes politiques en cours en Algérie ? Les développements en cours dans les Etats d'Afrique du Nord sont très différents et spécifiques à chaque pays. Je ne voudrais donc pas faire de comparaison. Ma visite a principalement pour but d'en apprendre plus de la part de la partie algérienne sur les réformes prévues, les orientations politiques à venir et la réforme constitutionnelle annoncée. Si l'Algérie le souhaite, nous soutiendrons de toutes nos forces le pays sur la voie d'une plus grande participation politique. S. T.