Mohamed Morsi cumule désormais les pouvoirs exécutif et législatif, ce qui fait de lui un président plus puissant que ne l'a été Hosni Moubarak lui-même. Coup de tonnerre dans le ciel égyptien ! Le président Mohamed Morsi, prétendument sans charisme, choisi par les siens par défaut comme candidat à la présidence de la République, vient d'oser et de réussir un coup d'éclat en limogeant sans coup férir le maréchal Tantaoui. Inamovible ministre de la Défense depuis plus de vingt ans et président du Conseil suprême des forces armées (CSFA), la toute-puissante organisation a concentré les pouvoirs, depuis la chute de Hosni Moubarak, sur le maréchal Tantaoui. D'autres cadres de la hiérarchie militaire ont subi le même sort, à l'image du chef d'état-major, Sami Anan. Mieux, ou pire, selon l'angle de vue, il a abrogé la décision constitutionnelle qui le privait de certaines de ses prérogatives au profit de l'armée et qui faisait de lui un coprésident aux côtés du CSFA. De fait, Mohamed Morsi cumule désormais les pouvoirs exécutif et législatif, ce qui fait de lui un président plus puissant que ne l'a été Hosni Moubarak lui-même. Ce n'est pas la première fois que le président issu des Frères musulmans engage un bras de fer avec l'institution militaire. À peine installé dans ses fonctions, il a tenté de passer outre la décision de la dissolution du Parlement, mais sa hardiesse n'a pas été payante et il a dû faire profil bas en se soumettant à la décision de la Cour constitutionnelle. En Egypte, les partisans du président, c'est-à-dire les adeptes de la puissante confrérie des Frères musulmans, ont investi la place Tahrir du Caire pour saluer le “miracle" et écorcher le maréchal déchu en usant de force, quolibets et formules ironiques. La presse locale, entre euphorie et prudence Dans la presse cairote de lundi, le sujet est à l'honneur, comme de bien entendu. Le quotidien gouvernemental Al-Akhbar a qualifié de “révolutionnaire" la décision, tandis que le journal indépendant Al Watan titre “Les Frères musulmans au pouvoir", faisant à la fois allusion à la famille politique du président et au fait que les pouvoirs présidentiels n'étaient que relatifs avant ce véritable coup de théâtre. Dans la même veine, un autre quotidien indépendant, Al Masri al-Youm, estimait que “Morsi arrache tous les pouvoirs" au détriment d'une armée dont la puissance semblerait surfaite tout compte fait. “Morsi met fin au pouvoir du CSFA", titre de son côté Al Chorouq, un autre titre indépendant, qui met en avant l'appropriation par le président du pouvoir législatif confisqué jusqu'ici par le Conseil militaire. Autant la presse d'Etat est euphorique, autant la presse privée est prudente, une attitude dictée à la fois par l'importance de la décision et son effet de surprise, mais aussi par la volonté de plus en plus affichée du pouvoir de la tenir à l'œil. Dans un tel contexte, la prudence est, de toute façon, de rigueur. Si l'éjection de l'armée de la sphère politique est une chose positive d'un point de vue démocratique, peut-on en dire autant de l'accaparement de tous les pouvoirs par un courant islamiste qui est passé maître dans la pratique de la pirouette et de la volte-face ? La question est d'autant plus pertinente, et les Egyptiens auront peut-être malheureusement à le vérifier à leurs dépens, sachant que l'armée restait la seule véritable opposition aux velléités hégémoniques avérées des Frères musulmans et aux desseins apocalyptiques des extrémistes salafistes. Il n'est pas inutile, pour s'en convaincre, que la confrérie a toujours déclaré qu'elle ne voulait pas de la totalité du pouvoir. Les Frères musulmans avaient d'abord promis qu'ils ne recherchaient pas la majorité au Parlement et s'étaient engagés à ne pas présenter de candidats dans l'ensemble des circonscriptions. Promesse non tenue. Ils avaient aussi promis qu'ils ne brigueraient pas la présidence de la république. On sait ce qu'il en est advenu. M. A. B