Difficile, très difficile, voire impossible de parler de théâtre en Algérie sans évoquer la problématique de la langue. Effectivement, chaque fois qu'un débat tourne autour de l'écriture théâtrale, on ne peut se départir ou laisser de côté l'autre versant : la pratique ou la représentation. Habib Tengour, Aziz Chouaki et Mustapha Benfodil, invités à réfléchir sur le thème "Archéologie du Moi en souffrance : écrire pour le théâtre ?", dans le cadre des rencontres littéraires du 18e Salon international du livre d'Alger (Sila), ont brièvement abordé leurs premiers pas dans le théâtre ou ce qui les a orientés vers l'écriture pour le théâtre, pour s'étaler sur leur rapport à langue. Qu'on se rassure, le rapport à langue d'écriture, le français, est plutôt serein, mais le souci est dans la représentation, dans un contexte où l'arabe (un arabe classique fortement discutable, et un arabe dialectal dépouillé de sa poésie) est la langue dominante dans le théâtre en Algérie. Les auteurs ont expliqué que la langue n'est pas le réel problème dans l'écriture théâtrale. Pour Aziz Chouaki "le théâtre c'est un langage qu'il faut maîtriser, quelle que soit la langue". Habib Tengour développera davantage ce point de vue, en estimant que "le public a changé" et qu'il faut aujourd'hui "penser le théâtre autrement". "Le problème linguistique n'a rien à voir", soulignera-t-il, tout en soutenant que "le théâtre ne peut se faire que dans la langue du public". Et de renchérir : "On se focalise sur la langue et on oublie que le travail artistique est une traduction", dans le sens où l'art approfondit et traduit des émotions, des aspirations, et différents rapports qu'entretient l'homme avec son environnement. Habib Tengour et Aziz Chouaki croient énormément à la traduction ; ils ont rappelé également que le sous-titrage durant les représentations aide à la compréhension. "Le problème n'est pas celui de la langue, mais celui de la représentation. Il faut créer des conditions pour une culture de théâtre", dira Aziz Chouaki. Mustapha Benfodil évoquera, pour sa part, "la fracture" qui existe aujourd'hui entre ce qu'il a appelé "le théâtre-institution", et le public. Il soutiendra aussi qu'il existe aujourd'hui des formes théâtrales alternatives qui ne sont pas encouragées. "Non seulement les théâtres publics sont sclérosés mais en plus, on ne laisse pas les espaces alternatifs", déplorera-t-il. S. K. Nom Adresse email