L'Arabie Saoudite constitue un facteur d'instabilité dans la région du Proche-Orient, un rôle qu'elle assume sous prétexte de lutte contre la présumée influence grandissante de son rival iranien. La Coalition dite arabe, sous commandement saoudien, a lancé hier matin une vaste opération militaire contre les Houthis dans la ville portuaire stratégique d'El-Hodeïda contre l'avis de l'ONU et de nombreuses ONG internationales qui ont déjà vivement critiqué sa guerre d'agression qu'elle mène au Yémen depuis mars 2015. Appelée Victoire en or, cette opération vise à prendre le contrôle du port d'El-Hodeïda, après la fin du délai accordé aux Houthis par les Emirats arabes unis (un autre Etat pyromane dans la région) de le quitter. Ce que les Houhtis ont catégoriquement refusé. Des raids aériens intensifs ont été lancés contre les positions houthies, installés dans ce port stratégique que l'Arabie Saoudite cherche à contrôler, y compris en temps de paix dans ce pays, ont rapporté plusieurs médias. Des missiles ont aussi été tirés à partir des navires de guerre saoudiens, stationnés en mer Rouge, ont ajouté les mêmes sources. Cette opération, décriée par l'ONU et plusieurs ONG, va prolonger le drame humanitaire dans ce pays, car El-Hodeïda, qui compte plus de 600 000 habitants et son grand port sont le seul point d'entrée de la majorité des importations et de l'aide humanitaire internationale. D'où les vains efforts de l'ONU de négocier une trêve entre les Houthis et Riyad qui mène sa guerre pour, officiellement, restituer l'ordre institutionnel. L'Arabie Saoudite soutient le gouvernement exilé à Aden de Abd Rabbo Mansour Hadi qui a été chassé de la capitale Sanaa par les Houthis. La guerre d'agression saoudienne a déjà fait plus de 10 000 morts, en majorité des civils et a provoqué la pire crise humanitaire et sanitaire de ces dernières années. Certaines régions du Yémen sont au bord de la famine. Ce pourquoi des institutions humanitaires onusiennes et indépendantes ont demandé à Paris de peser de tout son poids pour empêcher Riyad de lancer son opération. Dans une lettre adressée au président Emmanuel Macron, ces organisations ont fait part de "leur alarme face à la rapide détérioration de la crise yéménite" et "implorent" M. Macron de "faire tout ce qui est en (votre) pouvoir pour faire pression sur les Emirats arabes unis et l'Arabie Saoudite afin d'éviter une attaque sur le port de Hodeida, d'une importance vitale pour plus de 20 millions de Yéménites". Parmi les signataires figurent la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH), CARE International, Norwegian Refugee Council (NRC), Relief International, Handicap International, Oxfam France, Action contre la Faim, Médecins du Monde. Mais leur appel n'a pas été entendu, semble-t-il, et Riyad a mis ses menaces à exécution, quitte à détruire ce qui reste de ce pays, le plus pauvre dans toute la péninsule arabique. Lyès Menacer