Les groupes terroristes se sont adaptés au nouveau contexte sécuritaire malien et au renforcement des capacités militaires dans le nord du pays, même si elles demeurent en deçà des besoins en matière de sécurité. En l'espace de quelques jours, plusieurs attaques terroristes ont secoué le nord du Mali, dont le dernier en date remonte à dimanche a fait quatre morts et 23 blessés, dont des civils, à Gao. Les terroristes ont tendu une embuscade aux forces armées françaises de l'opération Barkhane, blessant quatre soldats mais causant d'importants dégâts matériels en ville. Cette attaque intervient moins de quarante-huit heures après un autre attentat qui a pris pour cible le camp de la force du G5 Sahel à Sévaré, dans la région de Mopti, où les violences intercommunautaires ont fait récemment plusieurs morts. Ce qui lie ces deux attaques est leur mode opératoire qui consiste à mobiliser des kamikazes, comme cela est le cas depuis deux ans. Acculés, les groupes terroristes qui se sont rassemblés autour du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM) d'Iyad Ag Ghali ont changé leur méthode. Ils se sont lancés en effet dans des attaques ciblées avec des effectifs réduits mais efficaces pour faire un maximum de victimes. Leurs premières cibles sont les militaires relevant de l'armée malienne, de l'opération Barkhane et des forces de maintien de la paix de l'ONU (Minusma). Mais les groupes d'autodéfenses touarègues n'échappent pas non plus à cette recrudescence du terrorisme dans le nord du pays, dans un contexte marqué par une flambée des violences intercommunautaires, résultats de la difficile poursuite de la mise en œuvre de l'Accord de paix et de réconciliation au Mali, issu du Processus d'Alger. À la veille de la présidentielle prévue le 29 juillet prochain, ces violences et blocages politique ont fait réagir le Conseil de sécurité de l'ONU qui a menacé de sanctionner ceux qui entravent la paix dans le pays, un avertissement destiné surtout aux deux signataires de l'Accord de paix avec les autorités maliennes : la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA, ex-rébellion) et la Plateforme (pro-Bamako). La lutte de ces deux principaux constellations de mouvements politico-armés, pour le contrôle de territoires dans le nord du Mali ont beaucoup retardé l'installation des autorités intérimaires, comme une étape déterminante pour le retour de l'autorité de l'Etat malien dans cette région, où des populations entières sont prises en étau entre la menace terroriste, le grand banditisme, les violences intercommunautaires et le diktat de ces deux mouvements armés. La mise en place de la force G5 Sahel n'a pas tellement changé la donne sécuritaire en raison du peu d'effectifs mobilisés (5000 soldats issus de cinq pays du Sahel) et des moyens insuffisants qui lui sont actuellement octroyés. Mais l'absence d'une stratégie de développement socioéconomique a laissé la situation pourrir dans ce pays, où l'option sécuritaire a montré ses limites, malgré la bonne volonté politique de beaucoup d'acteurs locaux, régionaux et internationaux à sortir le Mali de l'impasse. Cela a fait de Bamako la base arrière des groupes terroristes qui ont étendu leur champ d'action vers d'autres pays du Sahel, se permettant de commettre des attentats chez les voisins de l'Afrique de l'Ouest. Adopter une approche basée sur le développement économique est aujourd'hui inévitable, comme l'ont suggéré le mois dernier les pays de l'Afrique du Nord, du Sahel et de l'Afrique de l'Ouest lors des "Troisièmes conversations régionales sur la lutte contre l'extrémisme violent" qui se sont tenues à Alger. Lyès Menacer