L'Algérie face aux enjeux géostratégiques est à la croisée des chemins, posant la problématique de la sécurité nationale. 1. - Première leçon : le pays a opté dès le départ pour une économie étatisée et une gestion administrée, s'étant ouverte à l'économie de marché à partir de la crise de 1986, effet de la chute du cours des hydrocarbures. Toutefois, l'économie algérienne reste encore une économie essentiellement publique, toute l'économie étant tirée par la dépense publique via la rente des hydrocarbures. L'héritage socialiste est fortement présent dans la philosophie et les pratiques de la vie économique et sociale et dans celui de la pérennité de l'entreprise publique. Ainsi, les ressources du pays sont significatives mais basées sur des rentes qui contribuent à anesthésier les volontés de changement. Il y a prise de conscience à la différence des années 1986/1990, avec des différences, réserves de change plus de 115 milliards de dollars à la fin 2016, dette extérieure faible moins de 5 milliards de dollars, de profondes réformes structurelles car, paradoxe plus le cours des hydrocarbures est faible plus on ressent le besoin de réformes et celles-ci ralentissent lorsque le cours est élevé. 2.- Deuxième leçon, paradoxalement, les paramètres macro-économiques de l'Algérie apparaissent comme positifs mais éphémères sans réformes structurelles. Les tendances relatives aux grands agrégats révèlent une macroéconomie sous contrôle relatif en fonction des aléas de la rente des hydrocarbures qui représente avec les dérivées 97/98% des exportations totales. La dette est relativement maîtrisée grâce au remboursement par anticipation, moins de 4 milliards de dollars US, mais grâce toujours aux hydrocarbures. Le budget depuis la fin du premier semestre 2014 qui était équilibré grâce à l'appoint de la fiscalité pétrolière, connaît depuis des tensions budgétaires du fait de la chute du cours des hydrocarbures. Le gouvernement a pris conscience qu'il doit aller vers plus de rigueur budgétaire où le budget qui s'est fondé sur un cours de 115/125 dollars entre 2011/2014 et 86/87 dollars en 2016. En effet, si la balance commerciale a fortement bénéficié de la remontée des cours des hydrocarbures entre 2007/2012, cependant depuis 2010, les importations suivent une tendance haussière, l'Algérie important 70% des besoins des ménages et des entreprises qu'elles soient publiques ou privées dont le taux d'intégration ne dépasse pas 15% avec un dépérissement du tissu industriel moins de 5% du produit intérieur brut. L'inflation qui a connu un niveau record en 2012( 8,9% selon les statistiques officielles) relativement maîtrisée entre 2013/2015 connaît un rebond depuis 2016. Ce taux officiel est compressée artificiellement par les subventions généralisées et les transferts sociaux, non ciblées encore qu'il faille éclater l'indice de l'ONS, et analyser les liens entre la répartition du revenu et le modèle de consommation par couches sociales. Les banques notamment publiques qui concentrent plus de 85% des crédits octroyés, l'objectif étant de mobiliser l'épargne domestique (faible bancarisation) où une grande partie des activités se traitent en cash avec l'importance de la sphère informelle contrôlant 40/50% de la masse monétaire en circulation. Il serait souhaitable de mettre en place des réseaux pour une meilleure attractivité du pays aux IDE ainsi qu'un fonds concernant la communauté émigré possédant à la fois un savoir-faire et du capital-argent, créer création de nouveaux par exemple : crédit-bail, escompte des traites, nantissement des marchés publics, etc. 3. -Troisième leçon, l'orientation quasi exclusive de cette industrie sur la substitution des produits importés a généré des déperditions et les surcoûts classiques liés à une non-optimisation des capitaux investis. Le secteur productif souffre d'une faible rentabilité et d'importants surcoûts du fait que les systèmes de prix sont souvent déconnectés de la conjoncture économique, les systèmes d'approvisionnement ou de négociations contractuelles nées du code des marchés publics sont lents et coûteux et les systèmes de cooptation des personnels entraînent des sureffectifs et une gestion laxiste. Le salaire au sein des branches est déconnecté de la productivité du travail avec la dominance des emplois rentes. Les investissements directs étrangers hors hydrocarbures et dans les secteurs productifs sont très faibles, les étrangers étant attirés par les marchés publics du BTPH. Les entreprises privées sont présentes surtout dans le secteur des services avec prédominance du commerce de détail, dans les petites entreprises de BTPH et du secteur manufacturier traditionnel. Paradoxalement, l'Algérie fait alors massivement appel à l'assistance technique et aux firmes étrangères en même temps qu'elle les encadre dans le cadre de la règle des 49/51% instauré par la loi de finances 2009, généralisée aux banques en 2010, qui a favorisé des intérêts de rente d'où récemment à la fin 2016, le réalisme du gouvernement par son assouplissement. Enfin, il y a urgence d'adaptation aux règles juridiques internationales comme en témoigne els nombreux litiges à l'international accentué avec l'importance de la sphère informelle pour la propriété intellectuelle. 4.- Quatrième leçon : la gestion du commerce extérieur, héritée du système passé entrave le fonctionnement des activités productives y compris à l'exportation. Le poids historique de la lourdeur bureaucratique caractérise l'ensemble des organismes qui interviennent dans le cycle de la vie de l'entreprise est une entrave constante au fonctionnement efficient de celle-ci. Cela est probablement aggravé par un système judiciaire lent peu adapté à une économie moderne. Les formalités de contrôle des changes restent encore largement interprétées par le personnel des banques qui garde la nostalgie de la puissance de son rôle de contrôleur. Les lourdeurs bureaucratiques (délais de négociation et de mise en place) et l'incertitude juridique (taux douaniers, fiscalité, réglementations) ont encore renforcé l'image d'un marché difficile et fermé, pouvant en cas de non adaptation isoler l'Algérie des nouvelles mutations mondiales. Le problème essentiel à résoudre pour s'insérer dans la concurrence internationale tout en optimalisant l'effet des dépenses, est la fin du monopole, la mise en place de subventions, ciblées et budgétarisées par le parlement, afin d'éviter des transferts artificiel des bénéfices par les prix de cession. 5. - Cinquième leçon : le fait marquant en ce XXIe siècle est l'internationalisation des économies qui rend obsolètes les systèmes autarciques. La CEE est le premier partenaire et surtout son principal débouché à l'exportation tandis que les USA (révolution du gaz/ pétrole de schiste) seront de rudes concurrents notamment sur le marché européen entre 2017/2020. La globalisation économique a été impulsée par les multinationales puis par les Etats. Désormais elle devient un phénomène politique et économique copié par les Etats eux-mêmes pour les grands secteurs stratégiques. Dans le cadre de son adhésion à la CEE et éventuellement de son adhésion à l'OMC, l'Algérie est tenu d'ouvrir son champ de coopération multilatérale ce qui devrait renforcer encore les échanges croisés notamment en prenant des engagements sur le démantèlement de ses protections douanières (reportés à horizon 2020 au lieu de 2017). La problématique de la mondialisation implique une politique d'ouverture de l'Algérie qui doit aborder les questions sous un autre angle où l'organisation internationale de l'industrie et des services, implique une adaptation pour l'Algérie. L'important en ce XXIe siècle est la spécialisation non pas dans les branches (vision dépassée) mais dans la dynamique des produits car la spécialisation d'un pays dans le commerce international révèle sa compétitivité au moyen-long terme au niveau sectoriel 6. - Sixième leçon : libérer les énergies créatrices en donnant un rôle stratégique à l'Etat régulateur comme facteur de cohésion sociale et le primat à l'économie de la connaissance. Cela n'est pas propre à l'Algérie. La politique des Etats est souvent un dosage voire une oscillation entre libéralisme et interventionnisme excessifs. Dans la plupart des pays, l'Etat a largement réorienté son action. La coordination (management stratégique) domine désormais les politiques directives dans le processus de production. De maître-d'œuvre, l'Etat évolue vers un rôle d'organe de régulation par un certain nombre de leviers dont il reste maître (taux du crédit, taux de change, déficit budgétaire, poids de l'impôt et des services publics...) et de réglementation (commerce, taxes, télécommunications, transports, droit du travail. L'Algérie doit investir dans l'économie de la connaissance, débureaucratiser et réformer son système financier pour avoir des avantages comparatifs. Il s'agira d'accroître les dépenses en recherche /développement. Pour les entreprises privées, les performances sont encore freinées par le savoir-faire entrepreneurial limité mais aussi par la difficulté d'accès aux technologies modernes et par des normes de qualité obsolètes L'Algérie doit renforcer les entreprises pilotes, améliorer les capacités des PME, les emplois créés dans le secteur lourd à forte intensité de capital coûtant entre 4 et 10 fois plus que dans une PMI, la promotion des réseaux d'entreprises ; améliorer les infrastructures contribuant à la chaîne logistique, supprimer les systèmes bureaucratiques de contrôle au profit de suivis à posteriori et informatisés tendant vers la simplification des formulaires ; promouvoir des réseaux des associations professionnelles et encourager la mise en place de systèmes d'assurance-garantie contre le risque économique. 7.- Septième leçon : Il ne faut pas avoir une vision de sinistrose que je ne partage pas car étant confiant en l'avenir de mon pays. Beaucoup de réalisations mais des insuffisances qu'il s'agit impérativement de corriger. Le comportement actuel est de type «semi-rentier» et ne recherche pas la réforme en profondeur de l'économie. La rente pétrolière génère plusieurs effets pervers de l'économie à son seul profit, ce qui renforce encore davantage la monoculture énergétique du pays. Les différents revenus des rentes ne proviennent pas d'un véritable effort productif des intéressés et conduisent quasi inéluctablement à une mauvaise gestion macro-économique. L'absence de mise en place d'un appareil productif augmente chaque jour davantage les difficultés que rencontrera le pays lorsque la rente tendra vers l'épuisement... Tant que la majorité de l'électorat tirera ses revenus des emplois dans la fonction publique, qu'elle pourra bénéficier de services sociaux peu coûteux, les réformes fondamentales n'auront guère de chances de progresser de par l'opposition tant du grand public que de la technostructure censée mettre en œuvre ces changements... L'Algérie est à la croisée des chemins. En résumé, face aux tensions budgétaires et aux bouleversements géostratégiques qui s'annoncent au niveau de la région, à la fois militaire, politique et économique, je suis convaincu que l'Algérie a toutes les potentialités pour remporter la bataille de la relance économique et consolider sa place dans la compétition mondiale grâce à la bonne gouvernance et sa capacité à innover. Cela suppose un langage de vérité loin de toute sinistrose, des sous-intégrations régionales, une visibilité et cohérence dans la démarche des réformes et une nette volonté politique de changement. Il y va de la sécurité nationale. [email protected] (1)- Conférence du professeur Abderrahmane Mebtoul expert international - Chambre de commerce et d'industrie de l'Oranie, l'Ecole préparatoire en sciences de la nature et de la vie d'Oran et l'Université d'Oran1 - 10/12/2016 -Rencontre «sur l'entrepreneuriat, aménagement du territoire et développement économique de l'Algérie - Pr Abderrahmane Mebtoul est Docteur d'Etat en sciences économiques (1974) diplômé d'expertise comptable de l'Institut supérieur de gestion de Lille (1973), membre de plusieurs organisations internationales, auteur de plus de 20 ouvrages et de plus de 500 conférences nationales et internationales est professeur des Universités et expert international– officier d'administration à la route de l'unité africaine - (1972/1973) - directeur d'études Ministère Energie/Sonatrach 1974/1979-1990/1995-2000/2006 - ancien magistrat- premier conseiller - Directeur général des études économiques à la Cour des comptes (1980/1983) président du Conseil algérien des privatisations - rang Ministre Délégué - (1996/1999) – Directeur d'études au cabinet de la Sûreté nationale - DGSN - (1997/1998) expert Conseil économique et social 1995/2007- Expert à la présidence de la République 2007/2008 - Expert indépendant auprès du Premier ministre (de janvier 2013 à ce jour ) ayant dirigé plusieurs important s dossiers pour le compte des gouvernements successifs algériens de 1974 à 2016 – Expert indépendant depuis le 10 novembre 2016 pour des dossiers économiques directement auprès du secrétaire général du FLN, dont le président du FLN est son Excellence le président de la République. (Suite et fin) Professeur Abderrahmane Mebtoul expert international