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Les Oulamas algériens
Publié dans La Nouvelle République le 10 - 08 - 2017

C'est en mars 1928, soit à l'âge de vingt-trois ans, que Malek Bennabi rencontre pour la première fois l'imam Abdelhamid Ben Badis, figure de proue du mouvement islahiste algérien, au siège de son journal ach-Chihab à Constantine. Le jeune homme revenait d'un séjour à Aflou où il exerçait en qualité de «adel» (traducteur de mahkama) depuis près d'un an. En parcourant la région avec le Cadi auquel il était attaché, un problème s'était imposé à sa conscience : le sort des terres «arch» encore préservées de la colonisation mais, n'étant pas protégées par des actes de propriété, pouvaient être facilement accaparées par les colons. La rencontre ne se déroule pas comme il l'avait espéré car le vénérable cheikh auquel il vouait un respect révérenciel l'écouta poliment sans comprendre ce qu'il y pouvait. Bennabi en est sortit affecté.
En juillet 1937, Bennabi et sa femme Paulette-Khadidja rentrent à Tébessa. Il retrouve sa ville où il lui semble que l'atmosphère n'est plus à l'islahisme mais à la revendication politique et à l'électoralisme. Il en est déçu : « Je ne retrouvai pas l'Algérie qui, depuis 1925, suivait lentement mais sûrement le sentier de la civilisation sous la bannière de l'islah. Je n'y retrouvai pas cette atmosphère de communion où la conscience éclose mûrit sur des problèmes concrets: supprimer une superstition, édifier des écoles pour liquider l'analphabétisme, construire des mosquées pour élever les âmes au-dessus de la condition post-almohadienne, c'est-à-dire au-dessus de la colonisabilité qui est la base psychologique de la colonisation. On ne parlait plus ni de tout cela, ni de Dieu, on parlait de Blum... Même mon père, le plus honnête des gens que j'ai rencontré dans ma vie, avait sa carte de socialiste... C'était la débandade totale : l'esprit islahiste avait fichu le camp avec tous les germes d'avenir qu'il portait... Et les oulamas eux-mêmes donnaient l'exemple. Bernard Lecache[2] et Larbi Tebessi s'embrassaient à Tébessa comme deux frères...». Tout le monde célèbre le culte de «l'homme unique », l'homme providentiel, c'est-à-dire le Dr Salah Ben Djelloul ; l'homme le plus en vue de l'époque. Bennabi en est révolté et s'accroche de plus en plus fréquemment avec cheikh Larbi Tébessi. A la salle des fêtes de la ville, on l'invite à donner une conférence. Il choisit le thème de « la progression du désert» qui l'inquiète comme s'il s'agissait d'une menace sur sa propre vie. Le seul à lui poser des questions sera ... le commissaire de police de la ville. Il essaie de gagner des Tebessis aisés à des projets industriels en leur présentant plusieurs idées : centrale électrique, fabrique de papier d'alfa, cimenterie, tannerie, apiculture, en pure perte. Il écrit dans ses Mémoires inédits : « Partout où je me trouvais parmi des jeunes ou des vieux, surtout au cercle qui venait d'être créé à Tébessa, je n'avais pas d'autre sujet de conversation que la science et l'industrie. En réalité, je donnai de véritables cours, dépouillés des formules, sur la fabrication du verre, de l'accumulateur, du papier, de la chaux hydraulique, du savon, etc. » Le même commissaire lui refait une visite quelques jours après et lui pose des questions sur ses intentions. Lorsque Larbi Tébessi est indisponible, c'est Bennabi qui le remplace aux causeries du cercle culturel de la ville. Il ne s'entend pas beaucoup avec lui à cause de son attitude favorable aux intellectomanes de la Fédération des élus. Ces derniers, par leur discours et leur démagogie, démantelaient selon lui les acquis réalisés au cours des vingt dernières années par l'islah. Là où les Oulamas voyaient de la haute politique incarnée par des Algériens « évolués », un peu par complexe, un peu par intérêt, lui ne voyait que basse boulitique perpétuant indigénisme et maraboutisme. Il reproche à ces « guides de la renaissance algérienne » de ne pas incarner une volonté de civilisation mais de brandir seulement des revendications. Il note dans son journal intime : « Ce qui m'a toujours choqué, c'est la « boulitique », cette chose qui se dit, se répète, mais qui ne se fait jamais pour la bonne raison que, n'ayant pas de doctrine, elle ne se pose jamais le problème des moyens... Je ne voyais nulle part, ni chez les Oulamas, ni chez Messali ou Ben Djelloul, l'ombre de ce qui s'appelle politique, la politique n'étant pas ce qui se dit mais ce qui se fait ». Le 27 août 1937, Messali est arrêté avec quelques uns de ses compagnons (Moufdi Zakaria, Hocine Lahouel, Mohamed Khider...) pour « excitation à des actes de désordre contre la souveraineté de l'Etat » et condamné à deux ans de prison. En octobre, des élections cantonales ont lieu. Le PPA (qui a remplacé l'Etoile Nord-Africaine, dissoute par l'administration française) y participe, de même que les autres formations algériennes. Les rivalités entre les différentes tendances du mouvement national s'accroissent. Leur dénominateur commun est l'électoralisme et la critique des rivaux. Une douzaine d'années plus tard, dans « Les conditions de la renaissance » (1949) Bennabi brossera un tableau féroce de la société algérienne telle qu'elle lui apparaissait à ce moment-là : « Dans un pays colonisé comme l'Algérie, il n'y a pas de classes sociales mais deux catégories d'hommes. La première, qui habite les agglomérations urbaines, est faite de l'homme chômeur qui n'a rien à faire, du petit boutiquier qui vend quelques épices et de la pacotille bon marché, du chaouch d'une administration coloniale, et enfin de quelques rares avocats, cadis ou pharmaciens. La seconde, qui peuple nos campagnes, est faite de l'homme nomade et du fellah sans charrue ni lopin de terre. Le premier est le « minus habens », petit en tout. Le second est « l'homo natura », pauvre en tout. Mais bien souvent, la pauvreté est plus saine et plus noble que la petitesse. Le citadin a accepté sa condition de minus habens, assimilant par là à sa nature tous les facteurs de décadence qui ont causé le déclin des civilisations qui se sont succédé sur le sol de son pays depuis l'époque carthaginoise. Il porte en lui l'esprit du déclin. Il a toujours vécu le déclin d'une civilisation, toujours à mi-chemin de quelque chose, à mi-chemin d'une étape, à mi-chemin d'une idée, à mi-chemin d'une évolution. Il est celui qui n'atteindra pas son but parce qu'il n'est ni le point de départ dans l'histoire comme l'homo natura, ni le point final comme l'homme de civilisation. Il est un point de suspension dans l'évolution, dans l'histoire, dans la civilisation. Il est le minus habens en tout, l'homme du demi des choses qui s'est introduit dans une idée, l'Islah, il en a fait une demi-idée qu'il a nommée «politique», parce qu'il n'était capable que d'un demi-effort, que d'une demi-réflexion, que d'une demi-étape. Et aujourd'hui, ce « demi habens » s'évertue à mettre le problème algérien sur la voie de la demi-solution, devant la demi-Assemblée algérienne dont l'autre moitié est européenne, colonisatrice, et dont le colonialisme a fait une lice des joutes oratoires des demi-intellectuels... » Après la parution de ce livre qui faisait suite au « Phénomène coranique » (1947) et au roman « Lebbeïk » (1948), Bennabi est devenu un homme célèbre. En septembre 1949, il est invité pour la deuxième fois en Tunisie pour prendre part aux travaux d'un « Congrès sur la culture islamique ». Pendant le trajet par route de Tébessa à Tunis, il observe les attitudes sociales qui le plongent dans une profonde méditation : «Avons-nous la « notion » des « choses» que nous utilisons couramment dans la vie ? Ces objets, ces produits, ces techniques dont nous usons dans le quotidien, avons-nous le sens de leur utilisation ?» La matière d'un article vient de se former dans son esprit[3]. Il arrive à Tunis avec ces pensées en tête. A son retour, il livre ses impressions sur le congrès dans une série d'articles où l'on peut notamment lire : « Notre culture me donne surtout l'impression d'être une archéologie. Nos prémisses intellectuelles sont les mêmes depuis le Moyen Age chrétien. Nos conclusions sont immanquablement les mêmes qu'il y a cinq ou six siècles. Bien que la pensée cartésienne ait été au bout de la pensée arabe, nous n'avons pas encore atteint ce bout. La vie et l'expérience n'ont encore aucun poids dans nos spéculations. Nous sommes encore à l'âge scolastique des inductions verbales, des pétitions de principe. Enseignement de théologien et de juriste qui n'apporte aucune réponse, ni au problème de l'homme du peuple, ni à ceux de l'élite intellectuelle, notre « culture islamique » représente au plus une volonté de subsister et non une volonté de devenir »[4]. Il faut imaginer l'impact de tels propos sur les milieux du «ilm» ! Bennabi n'en a cure et s'attelle à la rédaction de son quatrième ouvrage, «Vocation de l'islam ». En décembre 1950, il publie une «Lettre ouverte à Mr. le grand Muphti al-Assimi»[5] dans laquelle il prend la défense de Bachir al-Ibrahimi et fait l'éloge des résultats réalisés par l'Association des Oulamas dans le domaine de l'enseignement (130.000 élèves scolarisés dans un réseau de 300 écoles). L'Association luttait à l'époque pour obtenir le même statut à l'islam que celui du christianisme et du judaïsme, c'est-à-dire l'application du principe de la séparation de l'Eglise et de l'Etat de manière, écrit Bennabi dans cet article, « que la mosquée ne soit pas - pas plus que la synagogue ou le temple chrétien - contrôlée comme un simple débit de boisson par l'administration ». Il est interpellé par la police. De temps à autre il publie en arabe des articles dans «Al-Bassaïr», l'organe des Oulamas, comme il lui arrive d'utiliser le pseudonyme de «Ben Kebir» pour signer certains articles dans «La République algérienne» où il collabore régulièrement depuis 1948. Il note dans ses Mémoires à propos des Oulamas : « Un fait est à retenir à l'actif de la renaissance du pays pour cette période, c'est la parfaite réussite du Cheikh al-Ibrahimi dans son séjour en Orient où il vient d'organiser, notamment, la mission scolaire. Grâce à ses efforts, pas mal de jeunes Algériens ont pris déjà le chemin, qui de Baghdad qui du Caire, pour entreprendre ou achever des études. L'administration semble bien ennuyée de ce côté-là ». Il en veut aux Oulamas de ne pas lui accorder leur représentation à Paris, ce qui lui aurait permis de se stabiliser et de travailler à son œuvre près des bibliothèques parisiennes : « Ils m'ont délibérément sacrifié... J'ai trouvé en tant qu'intellectuel plus d'hostilité, plus d'indifférence, plus de sabotage de la part de messieurs les oulamas que je n'en ai trouvé de la part des Français » note-t-il amèrement dans ses Mémoires. Dans un article publié un an plus tard dans la « République algérienne », il écrira: « J'ai consacré une grande partie de ma vie à l'action islahiste ; j'ai rendu
témoignage en de maintes occasions à l'œuvre d'enseignement de l'Association des Oulamas. J'ai pris la parole dans ses établissements à Constantine et ailleurs sans être cependant membre de cette Association. Il serait plus juste de dire qu'elle ne m'a pas invité à participer à sa gestion administrative, même si je leur en avais fait la demande lors des difficiles circonstances de la joute dans l'arène de la lutte idéologique »[6]. Quand Bennabi critique les Oulamas et la culture musulmane en général, c'est la somme de représentations qu'ils véhiculent qu'il vise. Il ne leur cherche pas forcément querelle, mais essaie de les ouvrir à une vision du monde nouvelle. Et quand l'orientalisme fait le procès de l'islam, ce sont justement ces insuffisances et ces tares qu'il met en avant pour fonder ses thèses. Néanmoins, Bennabi rendra plusieurs fois hommage à Ben Badis : dans un article publié le 24 avril 1953 dans «Le Jeune musulman » ; dans «Vocation de l'Islam» où il évoque « la remarquable personnalité du cheikh Ben Badis dont le rayonnement personnel put atteindre la conscience populaire » ; dans « La lutte idéologique dans les pays colonisés »[7] où il le qualifie de « grand combattant du front idéologique» ; dans un article paru dans « Révolution africaine » en août 1967 où il écrit : «Il n'était pas entré dans la lutte avec les réserves et les calculs d'un zaïm, mais avec le don total de soi et la ferveur d'un mystique... Il a régénéré une authentique valeur culturelle islamique et l'a incarnée non pas au-dessus de la mêlée, mais au sein d'un combat» ; et enfin en mai 1970 dans une revue éditée par la Mosquée de l'université d'Alger[8]. (Suite et fin)


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