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L'Algérie de 1963 à 2018, une transition inachevée face aux enjeux géostratégiques, pour la stabilité/sécurité
Publié dans La Nouvelle République le 07 - 02 - 2019

Les défis qui attendent l'Algérie après l'élection présidentielle du 18 avril 2019 sont nombreux et complexes. Toute politique de développement de 2019 à 2024 n'aura de chances d'aboutir que si d'abord l'on tient compte des trajectoires du passé pour ne pas renouveler les mêmes erreurs, que s'il y a mise en place de nouvelles institutions débureaucratisées, un minimum de consensus social pour sa mise en œuvre, tout projet étant porté par les acteurs politiques, sociaux et économiques, identifiant clairement le rôle des acteurs, et une autre échelle de valeurs fondée sur une économie réhabilitant le travail et l'intelligence en fait la morale pour favoriser les véritables créateurs de richesses au sein d'un monde en perpétuel mouvement. Aussi, l'Algérie sous réserve de la stabilité, de la sécurité, d'une nouvelle gouvernance, a toutes les potentialités de sortie de crise en conciliant efficacité économique et la nécessaire cohésion sociale. Nous devons prendre conscience de la gravité de la situation : la vache de lait à traire, Sonatrach c'est fini.
Le nouveau modèle de développement 2019/2024 doit assurer la suprématie à la sphère réelle sur la sphère financière, en les synchronisant, concilier la dynamique économique et la dynamique sociale pour une répartition «juste» du revenu national entre les différentes couches sociales, ce qui ne saurait signifier égalitarisme source de démotivation. L'Algérie est à la croisée des chemins. Il existe maintenant une unanimité parmi les institutions internationales et les experts algériens crédibles : l'Algérie a deux choix : soit approfondir les réformes structurelles liées à l'approfondissement des libertés et à la cohésion sociale, régresser car dans toute société n'existe pas de statu quo. Développement des LIBERTES au sens large, visibilité, cohérence, bonne gouvernance, revalorisation du travail et du savoir, moralité gouvernants/gouvernés, tels sont les axes fondamentaux du redressement national, impliquant rassemblement qui engage l'avenir de la Nation et non des divisions sur des questions stériles, devant apprendre à tolérer nos différences, personne n'ayant le monopole de la vérité et du nationalisme.
L'économie de guerre que certains veulent appliquer aujourd'hui, qui a été préconisée en 1992 a été un échec et a conduit le pays droit à la cessation de paiement et au rééchelonnement en 1994. Renouveler cette expérience déconnectée tant des réalités locales et mondiales par ceux qui défendent des intérêts de rente, sous un faux discours nationaliste, ne peut que conduire à l'épuisement dans trois ans des réserves de change,(après nous le déluge), et le retour au FMI horizon 2022 avec des incidences de tensions sociales et géostratégiques au niveau de la région C'est que face tant aux mutations mondiales qu'internes à la société algérienne, cette jeunesse «parabolée» a une autre notion des valeurs de la société. Cela se constate à travers l'éclatement de la cellule familiale, la baisse progressive du poids des tribus, de certaines confréries religieuses et de certaines organisations syndicales, (ces dernières ne mobilisant uniquement pour des revendications sociales et non pour des actions politiques), du fait de discours en déphasage par rapport aux nouvelles réalités mondiales et locales.
Les politiques socio-économiques ont peu varié à quelques variantes près, sous le slogan continué dans le changement, l'opposition atomisée et les nombreux micros partis insignifiants, souvent instrumentalisés par l'administration se manifestant qu'au moment des échéances électorales en contrepartie d'une fraction de la rente : industries clefs en main entre 1965/1979, dominance de l'investissement dans les infrastructures durant les périodes 1980/2010 et 2000/2018 avec l'extension durant ces périodes de la sphère marchande informelle qui représente plus de 50% de la superficie économique globale, due à une ouverture non maîtrisée du commerce extérieur qui date des années 1992 dont la facture d'importation explose due essentiellement à l'envolée de la dépense publique avec des surcoûts exorbitants et à des subventions généralisées non ciblées.
Les différents gouvernements successifs ont été toujours animés par l'extraction des hydrocarbures, malgré bon nombres de discours, existant des liens dialectiques entre la logique rentière et la sphère informelle que l'on ne combat pas uniquement par des mesures techniques. Il existe une relation dialectique entre l'avancée des réformes ou leurs freins selon que le cours en termes réels hausse alors, frein aux réformes), ou baisse de la rente et nous assistons à une tendance timide d'aller vers les réformes sans bousculer la logique du système. Les exportations hors hydrocarbures sont marginales, 6,3% en 2017 selon l'ONS, sur ces 6,3 % 70% sont des dérivées de matières premières dont les hydrocarbures, et 80% de la valeur ajoutée composant le produit intérieur brut (PIB) l'est directement ou indirectement par le biais de cette rente autant que l'emploi et la fiscalité. Aussi la solution durable passe par une gouvernance renouvelée, et la valorisation du savoir dévalorisée, La prospérité ou le déclin des civilisations de l'Orient et de l'Occident a clairement montré qu'une nation sans son élite est comme un corps sans âme.
L'analyse précédente montre clairement que le régime politique algérien (à ne pas confondre avec l'Etat au sens épistémologique du terme) qui est un sous- ensemble du système politique, n'a pas fondamentalement été bouleversé depuis l'indépendance politique, avec des changements de formes mais pas de nature. Les tensions que connaît le système, ou celles qu'il est appelé à connaître, doivent être recherchées dans les dysfonctionnements ou les crises d'autorité qui surgissent périodiquement, et depuis longtemps, au plus haut niveau de l'Etat. La nouvelle reconfiguration politique, doit prendre en charge les mutations internes de la société.
L'objectif stratégique est le développement des libertés, plus d'efficacité économique, de justice sociale qui ne saurait signifier égalitarisme, une plus grande moralisation des institutions en prévoyant le renforcement des organismes de contrôle indépendants pour une lutte efficace et concrète contre la corruption, le contrôle le plus efficace étant le contrôle démocratique, la protection des droits de la propriété privée qui a été consacré dans la nouvelle constitution et également de tenir compte des engagements internationaux de l'Algérie (accord de libre-échange avec l'Europe, l'OMC, intégration maghrébine et africaine).
5- Face aux tensions budgétaires et géostratégiques, un rassemblement national pour une sortie de crise
Le défi de l'Algérie 2019/2024 et donc du futur président lors de l'élection présidentielle du 18 avril 2019, devra tenir compte d'abord des trajectoires du passé pour ne pas renouveler les mêmes erreurs, la mise en place de nouvelles institutions débureaucratisées, un minimum de consensus social, ne signifiant pas unanimisme, devant tolérer nos différences source d'enrichissement mutuel, pour la mise en œuvre de profondes réformes tant politiques qu'économiques que de la politique extérieure qui doit dorénavant reposer sur des réseaux, tout projet étant porté par les acteurs politiques, sociaux et économiques et d'une autre échelle de valeurs fondée sur une économie réhabilitant la morale donc une lutte contre la corruption qui menace la sécurité nationale et des mesures concrètes favorisant l'économie de la connaissance et les créateurs de richesses.
Comme je l'ai rappelé souvent, en ce mois de février 2019 et cela ne date pas d'aujourd'hui, l'Algérie traverse avant tout une crise de gouvernance ce qui implique d'avoir une vision stratégique de l'Algérie horizon 2020/2030 du devenir de l'Algérie. L'Algérie a toutes les potentialités pour dépasser les tensions budgétaires actuelles mais pour paraphraser les militaires devant s'attaquer à l'essentiel et non au secondaire afin de ne pas se tromper de cibles. Il existe une loi en sciences politiques : 20% d'actions bien ciblées ont un impact de 80%.
Mais 80% d'actions mal ciblées ont un impact seulement de 20%. Espérons comme je l'ai suggéré déjà en 2016 lorsque j'ai été invité comme personnalité nationale au moment de la révision de la Constitution, un large front social tolérant les différences, personne n'ayant le monopole du nationalisme, une grande conférence nationale pour tracer les perspectives futures de l'Algérie. Je me félicite que cette proposition ait été retenue par la suite tant par les partis du pouvoir que de l'opposition (voir notre interview à la Radio publique arabophone chaîne 1 40 minutes 27/01/2019). Mais pour éviter les susceptibilités et les guerres de leadership de certains partis, au détriment de l'intérêt général, cette conférence, souhaitable après l'élection présidentielle, devrait être chapeauté par un collège restreint de sages «indépendants» au sein d'une institution neutre.
Pour dépasser l'entropie, et trouver des solutions réalistes, il s'agit de réaliser un bilan serein de tout ce qui a été réalisé et ce qui reste à faire pour corriger les erreurs du passé et ce par un langage de vérité loin de toute sinistrose, une visibilité et cohérence dans la démarche des réformes et une nette volonté politique de changement. Nous devons privilégier les intérêts supérieurs du pays et faire taire les ambitions personnelles, pour proposer, du fait de la gravité de la situation, un retour à la confiance sans laquelle aucun développement n'est possible. L'ordre, par la protection des biens et personnes n'est aucunement antinomique avec le développement des libertés qui rassemble beaucoup plus qu'il divise. Pour dépasser la léthargie actuelle, l'Algérie a besoin d'une gouvernance renouvelée, de plus d'espace de libertés, d'entreprises dynamiques reposant sur l'économie de la connaissance, pivot du développement du XXIème siècle, loin des intérêts étroits destructeur de la rente.
Il faut éviter la conception erronée d'assimiler la population algérienne à un tube digestif en d'ignorant ses aspirations profondes. La population algérienne, si elle est attentive à son pouvoir d'achat, a également soif de libertés, de démocratie et de justice sociale mais également d'efficacité économique avec un sacrifice partagé. Les réformes véritables à venir, souvent différées grâce à une redistribution passive de la rente des hydrocarbures et des dépenses monétaires, sans corrélation avec les impacts attendus, seront douloureuses. D'où l'urgence d'un discours de vérité, plus de justice sociale et donc de la nécessaire transition économique en accélérant les réformes structurelles, intiment liée à la démocratique tenant compte de notre anthropologie culturelle.
Plus on diffère les réformes institutionnelles et micro-économiques, plus on épuisera les réserves de changes L'Algérie a besoin pour sa crédibilité nationale et internationale, de tensions géostratégiques au niveau de la région et des tensions budgétaires inévitables entre 2019/2020/2025 de rassembler tous ses enfants dans leur diversité et non de nous diviser. Il faut impérativement faire taire nos divergences et privilégier uniquement les intérêts supérieurs de l'Algérie nécessitant un minimum de consensus économique et social qui ne saurait signifier unanimisme signe de décadence de toute société afin de stabiliser le corps social.. C'est seulement dans ce cadre de dialogue productif, que je pense fermement que l'Algérie a des ressorts pour surmonter la crise multidimensionnelle actuelle.
Car depuis fort longtemps et pas seulement durant la période actuelle, l'Algérie semble chavirer un moment et reprendre avec hésitation ses équilibres un autre moment. Il ne s'agit pas de renier les traditions positives qui moulées dans la trajectoire de la modernité, peuvent être facteurs de développement. Comme le rappelle avec justesse Malek Chebel, l'Algérie à l'instar de bon nombre de pays musulmans est en transition et fonctionne entre l'imaginaire de la Oumma et la construction d'un Etat-nation. L'expérience du Japon et de bon nombre de pays émergents l'attestent. La refondation de l'Etat, pour ne pas dire sa fondation comme entité civile, passe nécessairement par une mutation profonde de la fonction sociale de la politique.
Dès lors, la question centrale qui se pose est la suivante : vers quelle mécanique politique se penchera la refondation politique en cours en Algérie ? L'Etat de Droit n'est pas un Etat fonctionnaire, qui gère un consensus de conjoncture, mais un Etat qui fonde son autorité à partir d'une certaine philosophie du droit d'une part, et d'autre part, à partir d'une assimilation consciente des besoins présents de la communauté et d'une vision future de ses perspectives. Car je dois préciser il n'y a pas d'Etat national standard mais que des équipements anthropologiques intrinsèques qui modèlent le système politique inhérent à chaque situation socio anthropologique. Dans le cadre de cette refondation politique, l'Algérie ne peut revenir à elle-même que si les faux privilèges sont bannis et les critères de compétences, de loyauté et d'innovation sont réinstaurés comme passerelles de la réussite et de la promotion sociale.
La refondation de l'Etat ne saurait se limiter à une réorganisation technique de l'autorité et des pouvoirs. Elle passe par une transparence totale et une clarté sans nuance dans la pratique politique et les hommes chargés par la nation de la faire, en fait rétablir la morale. La gouvernance est une question de légitimité réelle et non fictive, impliquant des réaménagements dans l'organisation du pouvoir. Mais au-dessus de tout, l'Algérie reste un pays dynamique, plein de vitalité, qui se cherche et cherche sa voie. Un processus de mutations internes est en train de se faire, pas celles qu'on croit, mais celles qu'on soupçonne le moins qui s'imposeront. Les Algériens veulent vivre leurs différences dans la communion et non dans la confrontation, la paix étant un facteur déterminant ce qui ne signifie en aucune manière oublier d'en tirer les leçons du passé récent afin de forger positivement notre avenir commun.
(Suite et fin)
Professeur des universités, expert international Dr Abderrahmane Mebtoul


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