Depuis le début de ce mois de mars les marchés pétroliers arrivent difficilement à maintenir le prix du Brent, baril de référence de la mer du Nord, au-dessus de 70 dollars. Les prix sont même passés en dessous de ce seuil en atteignant 69,23 dollars le 5 mars passé avant de remonter à 70,37 dollars en clôture des marchés ce vendredi 7 mars. Si en 2024 la moyenne des prix du Brent a été de 80,60 dollars le baril, au début de cette nouvelle année par contre et avec l'investiture du Président Donald Trump, les marchés pétroliers ont amorcés une baisse qui semble s'installer dans la durée.La guerre commerciale mondiale lancée par le nouveau locataire de la Maison Blanche va inévitablement impacter les cours de l'or noir tout au long de son mandat. Au mois de janvier 2025 le prix moyen du baril était de 79,30 dollars, avant de chuter à 74,95 dollars le mois de février. En ce début du mois de mars, les marchés pétroliers restent suspendus aux « humeurs » de Donald Trump. Les cours baissent dès que Washington menace d'imposer des taxes sur des biens en provenance de la Chine, de l'Union européenne, du Mexique ou du Canada et augmente quand le Président américain menace la Russie et l'Iran, deux grands producteurs de pétrole. Vendredi passé, les cours ont dépassés la barre des 70 dollars après que le ministre américain des Finances avait déclaré que les Etats-Unis n'hésiteront pas à « mettre le paquet » sur les sanctions contre l'énergie russe si cela permet un cessez-le-feu dans la guerre en Ukraine. Le même responsable confirmera que la stratégie de « pression maximale » se poursuivra contre l'Iran. L'avènement de Donald Trump à la Maison Blanche fait planer incertitudes et instabilité sur les marchés pétroliers. Le Président américain a de tout temps était un partisan d'un prix bas de l'or noir. Etant dépendante à hauteur de 90% des exportations des hydrocarbures, l'Algérie ne cache pas son inquiétude face aux bouleversements qui secouent l'économie mondiale et les marchés pétroliers. Pour l'Algérie et pour le moment, il n'y a pas lieu de s'inquiéter. Les prix du baril restent tout de même supérieurs aux prévisions de la loi de Finances de 2025. Une loi de Finance élaborée sur la base d'un prix de référence fiscale de 60 dollars le baril et un prix de marché de 70 dollars. Le Gouvernement ne sera amené à prendre des mesures et proposer une loi de Finances rectificative que dans le cas où le baril de pétrole baissera sous la barre de 60 dollars. A titre de rappel et en 2020, le prix moyen du baril a chuté à 41,47 dollars en raison du Covid-19. Cette année-là, les recettes des exportations des hydrocarbures n'ont été que de 20 milliards de dollars. Ce n'est que grâce aux réserves de change dont dispose l'Algérie que le Gouvernement a pu prendre en charge les financements nécessaires pour faire face à la pandémie. Au début du Covid-19, à fin décembre 2019, les réserves de change étaient de 62,76 milliards de dollars. A fin décembre 2020, ces mêmes réserves sont tombées à 48,17 milliards de dollars (source Banque d'Algérie). Le Covid-19 a entraîné une baisse des réserves de 14,60 milliards de dollars. Un matelas en devises qui a permis au pays de faire face aux conséquences socio-économiques de la pandémie sans recourir à l'endettement extérieur. En 2021, le Gouvernement arrive à freiner l'érosion rapide des réserves de change en limitant la baisse à 2,87 milliards de dollars contre 14,60 milliards de dollars une année auparavant. Cette performance a été réalisée grâce à un redressement du prix moyen du pétrole à 69,89 dollars et à une augmentation des exportations hors hydrocarbures qui sont passés de 1,90 milliard de dollars en 2020 à 4,57 milliards de dollars en 2021. Cette performance est également le résultat de la rationalisation des importations de biens qui n'ont été que de 37,40 milliards de dollars, alors que ces dernières avaient atteints un sommet de 59,67 milliards de dollars en 2014. Après avoir atteint un pic historique de 194 milliards de dollars en 2013, les réserves de change du pays ont connues un effondrement impressionnant en baissant à 45,30 milliards de dollars en neuf ans. Soit une perte de 148,7 milliards de dollars. Ce qui représente une érosion annuelle moyenne de 16,52 milliards de dollars de 2013 à 2021. Ce n'est qu'en 2022 et suite à un baril à 100 dollars que les réserves de change renouent avec la croissance. Elles passent de 45,30 milliards de dollars en 2021 à 60,94 milliards de dollars à fin 2022. En 2023 et malgré un prix moyen du baril de pétrole en baisse à 82,95 dollars les réserves de change vont encore gagner huit milliards de dollars et atteindre les 68,988 milliards de dollars (source Banque d'Algérie). Nous ne disposons pas pour le moment des statistiques de la Banque d'Algérie concernant l'année 2024 pour évaluer les équilibres financiers externes avec un prix moyen du baril de pétrole à 80,60 dollars. Afin de se préparer à toutes les éventualités le président de la République a présidé le 5 mars une réunion consacrée à l'évaluation du bilan des opérations d'exportations des produits algériens. Pour le Gouvernement, seule une hausse sensible des exportations hors-hydrocarbures permettrait de compenser le manque à gagner résultant de la baisse des prix des hydrocarbures sur les marchés mondiaux. Si les exportations hors hydrocarbures ont connues une croissance importante depuis 2020 elles restent tout de même en deçà des objectifs tracés par les pouvoirs publics pour sortir rapidement de la dépendance des hydrocarbures. L'autre maillon faible de l'économe nationale, le commerce des services. En 2023, l'Algérie a importé pour 8,72 milliards de dollars en services (transports et techniques) et elle n'a exporté que pour 3,83 milliards de dollars. Ce qui a entraîné un déficit de 4,89 milliards de dollars. Pour le seul poste importation services transports le montant s'est élevé à 3,57 milliards de dollars. Et c'est pour réduire cette lourde facture que le Gouvernement a lancé un plan de dynamisation des ports commerciaux pour réduire les frais en devises résultant de la longue attente des bateaux. D'importants investissements on été également lancés pour l'achat de16 appareils au profit d'Air Algérie et plusieurs navires de marchandises pour réduire le recours aux pavillons étrangers. Il est connu que les marchés pétroliers connaissent depuis le milieu des années quatre-vingt une évolution en dents de scie. En 1998, le pétrole avait touché le fond avec 12,9 dollars le baril et en 2012 il a atteint un sommet historique avec 111 dollars le baril. Depuis la nationalisation des hydrocarbures en 1971 et après avoir surmonté plusieurs crises pétrolières, l'Algérie a tiré les leçons des expériences passées et formé des compétences capable d'élaborer des stratégies lui permettant de mettre à l'abri le pays des conséquences des bouleversements qui secouent actuellement l'économie mondiale.