La nuit du Destin (Laylate Al Qadr) destin), qui correspond à la veille du 27e jour du mois de Ramadan (nuit du mercredi 26 mars au jeudi 27 mars 2025). A notre connaissance, il n'y a pas de divergence au sein des commentateurs du Coran en ce que le pronom « hu » de « inna anzalnahu », qui figure dans premier verset de la sourate Qadr, renvoie au Coran : « Vraiment, Nous l'avons fait descendre lors de la nuit de Qadr » (Coran 97 : 1). Par le truchement de la règle exégétique « le Coran explique le Coran », il vient qu'il s'agit bien du Coran comme c'est mentionné dans les versets suivants : « Le mois de Ramadhan au cours duquel le Coran a été descendu... » (Coran 2 : 185) ; «Hâ, Mîm, par le Livre explicite ! Nous l'avons fait descendre lors d'une nuit bénie... » (Coran 44 : 1-3). Dans le cas de « laylatul qadr », la réponse aux limites de la raison est donnée à travers les versets qui suivent l'expression interrogative en question.Que peut-on alors savoir de cette nuit de Qadr de par la révélation et que peut-on en espérer ? Pour y répondre, il est utile de noter que la sourate éponyme se divise en deux parties avant et après l'expression interrogative « wa mâ adrâka » La première partie se compose de deux versets qui révèlent l'existence jusque-là inconnue de cette nuit et pose en même temps une question :« Nous l'avons fait descendre dans la nuit de Qadr », et qui te fera jamais savoir ce qu'est la nuit de Qadr ? » (Coran 97 : 1-2) Donc le voile commence à se lever sur cette mystérieuse nuit, qualifiée de nuit de Qadr, sans qu'il ne soit question à cette étape de savoir à quoi renvoie le terme Qadr. C'est aussi une nuit bénie « Nous l'avons fait descendre lors d'une nuit bénie ». Il semble que c'est parce-que c'est une nuit bénie « laylatin mubârakah » par Dieu, d'entre les nuits de tous les 12 mois lunaires, qu'elle a été le « moment » du Qadr et de la descente du Coran. Cette nuit du Qadr est donc la même que celle lors de laquelle Dieu a décidé que le Coran fasse mouvement de la Table gardée sans que rien ne puisse l'altérer, aux fins de féconder l'histoire humaine et de la conduire au meilleur « C'est en ce mois de Ramadan que le Coran a été descendu pour servir de guidance aux humains ». Cette nuit étant dans le mois de Ramadan, chaque fois que celui-ci advient, vient aussi la nuit anniversaire de « laylatul Qadr ». Parlons à présent brièvement de ce que l'on peut comprendre du mot Qadr selon l'usage que le Coran en fait. Les commentateurs du Coran donnent différentes significations de ce mot, qui renvoie principalement à la grandeur ou aussi à la mesure au sens de quelque chose de bien réglée, bien ajustée. Les deux sens ne s'excluent pas, mais la plus part des commentateurs lui donnent le sens de destinée, comprise comme la nuit où Dieu arrête ou détermine des ordres et envoie les anges les mettre en œuvre. Cette nuit est un moment où, de par sa souveraineté absolue (rubûbiya), sa sagesse infinie (hikmah) et son omnipotence (Qudrah), Dieu décrète ce qu'Il décrète pour cette année, c'est-à-dire, le temps qui s'écoule entre deux nuits de Qadr. Il faut garder à l'esprit que cette idée d'un Dieu qui administre Sa création, la règle et lui fixe des équilibres traverse le Coran comme c'est mentionné dans les versets suivants : « Nous avons créé toute chose avec mesure » (Coran 54 : 49) ; « Il a soumis toute chose à un ordre » (Coran 13 : 2) ; « Celui à qui appartient la royauté des cieux et de la terre, qui ne S'est point attribué d'enfant, qui n'a point d'associé en Sa royauté et qui a créé toute chose en lui donnant ses justes proportions » (Coran 25 : 2). Toutefois, selon la théologie musulmane, cette divine détermination des mondes n'est pas à opposer au libre arbitre humain et ne doit nullement justifier un quelconque fatalisme dans l'islam. Car Dieu règle tout en justice et en sagesse. Les humains comme les Djinns ne seront jugés que sur les domaines où s'exerce leur libre arbitre : « qu'aucune [âme] ne portera le fardeau (le péché) d'autrui, et qu'en vérité, l'homme n'obtient que [le fruit] de ses efforts; et que son effort, en vérité, lui sera présenté (le jour du Jugement). Ensuite il en sera récompensé pleinement » (Coran 53 : 38-41). La deuxième partie de la sourate Qadr concerne la réponse à l'expression interrogative « wa mâ adrâka » qui est une question servant de transition entre la révélation révélante de l'existence d'une réalité cachée jusque-là et la description de quelques-unes de ses propriétés ou caractéristiques. Cette réponse est une manifestation de la compassion de Dieu envers ce fragile humain qui veut en savoir plus sur ces autres réalités voilées à ses sens et à sa raison, auxquelles malgré tout il croit. La réponse qui va suivre est un ensemble de données révélées qui permettent à la raison humaine, acceptant de s'ouvrir à la transcendance, d'en savoir suffisamment pour susciter en lui la passion de la chercher dans l'humilité et la persévérance, sans ostentation aucune.« La nuit de la destinée vaut mieux que mille mois » (Coran 97 : 3). Se pose alors la question intéressante de savoir pourquoi la comparaison avec le mois alors qu'on aurait pu s'attendre à la nuit ? Autre question, en quoi cette nuit est-elle meilleure que 1000 mois ? Commençons à répondre par le plus simple. C'est le donné révélé qui vient en rescousse, à travers notamment un hadith, qui établit que c'est en termes de valeur cultuelle qu'il faut comprendre cette comparaison : cette nuit vaut mieux que 1000 mois d'adoration de Dieu par la prière le soir et la lutte pour la cause de Dieu le jour. Les efforts particuliers que le prophète (saws) faisait lors de la dernière décade du mois de Ramadan, en termes de retraite et de réveil de sa famille, confirment que c'est dans le domaine du culte que vaut la comparaison. L'expression « vaut mieux que mille mois » indique bien que la valeur spirituelle exacte de cette nuit en équivalents cultuels reste inconnue de nous, ce qui ne fait que stimuler encore plus notre fervente passion pour cette nuit de Qadr. Et pourquoi ne devrait-on pas la trouver, si l'intention sincère et résolue de la chercher se traduit dans les veillées nocturnes, notamment durant les nuits impaires de la dernière décade, comme le disent les hadiths ? En tant que croyant en l'existence de cette nuit de Qadr, nous devons croire et espérer la trouver si notre cœur, notre esprit et notre corps sont en situation de l'accueillir dans la joie et la ferveur du culte. La réponse continue par une description d'un mouvement de masse et répétitif des anges avec à leur tête, Djirîl (paix sur lui), le plus majestueux d'entre eux et le chargé de la révélation dont l'un des surnoms dans le Coran est « Ar ruh » :« Les anges et l'Esprit descendent avec la permission de leur Seigneur avec des ordres pour toute chose » (Coran 97 : 4).Quoi de plus attendu que Djibril (paix sur lui) descende avec les autres anges chargés de la mise en œuvre de tout ce que Dieu a décrété et minutieusement réglé pour cette année ? Certains commentateurs expliquent que ce sont de va-et-vient incessant d'anges toute la nuit dont il s'agit, qui visitent tous les croyants en train de s'adonner à la prière, à l'invocation, à la lecture méditée du Coran, au Zikr...Du crépuscule à l'aube de cette nuit, Dieu garantit la paix pendant ce laps de temps :« Paix elle est jusqu'au lever de l'aube » (Coran 97 : 4) De quelle paix s'agit-il ? Peut-être de cette quiétude qui envahit les croyants en prière et aussi d'absence de conflits de quelque nature que ce soit, durant cette nuit. Cela fait penser au hadith dans lequel le prophète (saws) dit avoir oublié la nuit de Qadr quand il voulut en informer l'assemblée de sa mosquée, mais trouva deux musulmans en conflit ! Ahmadou M. Kanté