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La grande dépression dans la mémoire économique
Publié dans Le Quotidien d'Oran le 08 - 09 - 2010

La polémique née aux Etats-Unis et en Europe entre les partisans de plus de relance économique et ceux favorables à l'austérité budgétaire, ressemble à s'y méprendre à un débat sur l'histoire économique.
Les deux camps ont revisité la Grande Dépression des années 30 – ainsi que la très longue histoire des crises de dette souveraine – dans une controverse qui n'a que peu de rapport avec les controverses de politiques économiques conventionnelles.
Le camp en faveur de la relance économique se réfère souvent aux dommages causés par l'austérité budgétaire appliquée aux Etats-Unis en 1937, quatre après l'élection du Président Franklin Roosevelt et le lancement du New Deal. Selon les calculs de l'économiste Paul van den Noord, le résultat net du budget de 1937 fut une contraction budgétaire de l'ordre de trois points du PIB – un chiffre loin d'être insignifiant. La croissance économique plongeât de 13% en 1936 à 6% en 1937, et le PIB perdît 4,5% en 1938, tandis que le chômage passait de 14% à environ 20%. Même si la politique budgétaire n'était pas la seule cause de ce double creux, une politique d'austérité inopportune y a certainement contribué.
Alors, sommes-nous en 1936, et l'austérité budgétaire envisagée dans de nombreux pays risque-t-elle de provoquer une récession à double creux comparable ?
Il y a clairement des limites à la comparaison. Pour commencer, il s'est écoulé bien moins de temps depuis la crise financière, la récession a été bien plus superficielle, et la reprise, plus rapide. De plus, les importantes évolutions survenues entre la crise boursière de 1929 et la contraction budgétaire de 1937 – principalement le virage protectionniste américain de 1930 et l'instabilité monétaire des années suivantes – ne comportent aucune analogie avec la situation actuelle. Néanmoins, l'épisode de 1937 semble illustrer les risques que représentent les tentatives de consolidation des finances publiques à un moment où le secteur privé est encore trop faible pour que la reprise économique soit durable. (La hausse de la taxe sur la valeur ajoutée au Japon en 1997, qui avait précipité un effondrement de la consommation, est un autre cas aux conséquences similaires.)
Les faucons du budget utilisent aussi des arguments historiques. Les économistes Carmen Reinhart and Kenneth Rogoff ont étudiés des siècles de crises de dettes souveraines et nous rappellent que le monde développé d'aujourd'hui a oublié son histoire de défauts souverains. Un exemple particulièrement parlant remonte aux lendemains des guerres napoléoniennes du début du 19ème siècle lorsque que des nations harassées ont fait défaut à leurs obligations les unes après les autres. La période des années 30 est aussi pertinente, puisque les états européens ont aussi fait défaut pendant ces années, Allemagne en tête.
Ce que nous raconte l'histoire est que les défauts ne sont pas le privilège des pays pauvres et mal gouvernés. Ils représentent une menace pour tous, surtout en temps de haute volatilité des capitaux, lorsque les gouvernements dépendent trop de l'apparente volonté des prêteurs étrangers à apporter des fonds et se retrouvent en mauvaise passe lorsque cessent ces afflux de capitaux.
Ici encore, la comparaison a ses limites : il est particulièrement difficile de déduire d'épisodes passés les limites de la dette publique. La dette publique britannique n'excédait-elle 250% du PIB au lendemain de la seconde guerre mondiale sans que pour autant la Grande Bretagne ne fasse défaut ? Mais l'histoire nous révèle par contre un élément important : des politiques budgétaires insoutenables sont plus enclines à entrainer un défaut lorsque les problèmes budgétaires ne peuvent pas être effacés. Ce fut particulièrement le cas sous les régimes monétaires indexés sur l'or comme l'étalon-or au 19ème siècle, et aujourd'hui pour les pays qui ont abandonné leur autonomie monétaire, comme les membres de la zone euro.
En temps normaux, l'histoire est laissée aux historiens et les débats de politique économique reposent sur des modèles et des estimations économétriques. Mais les comportements ont changé dès l'irruption de la crise de 2007-2008. En effet, les banquiers centraux et les ministres se sont focalisés à l'époque sur le souvenir des années 30 et ils ont consciemment fait le contraire de ce que leurs prédécesseurs avaient fait il y a 80 ans.
Ils ont eu raison d'agir ainsi. En périodes extraordinaires, l'histoire est, en fait, un bien meilleur guide que les modèles établis à partir de données récupérées en temps ordinaires, parce qu'elle capture des variations que les techniques de séries temporelles standard ignorent. Si l'on veut savoir comment gérer une crise bancaire, le risque d'une dépression, ou celui d'un défaut, il est normal d'étudier les périodes durant lesquelles ces dangers étaient présents plutôt que de se fonder sur des modèles qui ignorent de tels dangers ou les considèrent comme hypothétiques. En temps de crise, le meilleur guide est la théorie, qui saisit l'essence d'un problème et les leçons d'expériences passées. Tout ce qui se situe entre les deux est, pour ainsi dire, inutile.
Il y a danger à se reposer sur l'histoire cependant, dans la mesure où nous n'avons aucune méthodologie pour déterminer quelles comparaisons sont pertinentes. Les analogies libres peuvent aisément être considérées comme des preuves, et un ensemble d'expériences peut être utilisé pour défendre un point de vue particulier. Les législateurs (dont les connaissances en histoire économique sont généralement limitées) risquent donc de se noyer dans des références historiques contradictoires.
L'histoire peut être une boussole essentielle lorsque les expériences du passé sont sans ambigüité. Mais en appeler à l'histoire de manière désordonnée peut donner lieu à une expression confuse des opinions. La gouvernance par analogie peut facilement conduire à une gouvernance équivoque.
Traduit de l'anglais par Frédérique Destribats
* Est à la tête du groupe de réflexion européen Bruegel.


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