Il est vrai que tout ou presque pousse à la révolte. La mal-vie semble résister à des tronçonneuses mais une fois sorti des méfaits d'une bureaucratie désastreuse et dégagé des tenailles de la débilité de moult faits et gestes communs, il arrive de se demander avec un peu de recul de quoi le pays est réellement malade. La nécessité de remettre les pieds sur terre en relativisant un désarroi fort et tenace serait une recommandation de sagesse car qu'on le veuille ou non, aucun Algérien ne meurt de froid ou de faim. Si quelques-uns subissent à contrario l'étranglement de la dépression qui les invite à s'asperger d'essence, il est juste aussi qu'il aurait suffi d'un peu moins de fanfaronnade devenue une seconde nature et d'un peu plus de circonspection pour que la majorité des Algériens vivent dans l'allégresse et la prospérité. L'aigreur est déversée avec tous les dialectes conjuguée à tous les temps sauf celui qui définit le parcours d'une jeune Algérie malmenée par de grandes tragédies trop particulières frisant souvent le libre cours des rigoles de sang. Hier et tout à l'heure encore, chaque Algérien sans exception craignait sa propre ombre suspectée d'accompagner une mort gratuite aux aguets aux coins des rues. On oublie trop vite qu'ailleurs où on a cru avoir trouvé un sens juste à la civilisation et au progrès, malgré la floraison des savoir-faire et les génies productifs entrecroisés ardemment tissés à travers des siècles, des peuples qui se croyaient dans l'aisance du haut d'une fausse superbe se sont surpris contraints de remettre en question leur propre existence. L'Histoire enseigne qu'eux aussi ont connu les inquisitions ensanglantées et les feux des bûchers. Jeter un coup d'œil sur les drames que nourrissent les viols à cieux découverts, les famines et les lots grandissants des orphelins que vivent aujourd'hui des peuples pas si lointains devrait inciter à une juste réflexion sur un relatif confort national assurément présent. Non, il ne faut pas dépénaliser l'infantilisme des pouvoirs politiques coupables des entêtements qui ont amené un peuple crédule au bord du grand fossé. Trop de reflexes, presque tous assassins ont contrarié la bonne marche du peuple vers la prospérité et le bonheur. Faudrait-il cependant au nom d'une justice hâtive et expéditive encourager une nation à se jeter au fond du gouffre ?