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« Les fondements de la paix passent par l'amélioration des conditions de vie des populations » Le Contre-amiral Jean-François Coustillière à propos de l'espace méditerranéen
Jean-François Coustillière ne craint visiblement pas de faire tache ocre dans le paysage immaculé des « experts » de l'espace méditerranéen en se refusant à évoquer la seule approche sécuritaire des relations nord-sud de la Méditerranée. Les aspects socioéconomiques devraient, selon lui, avoir la prééminence dans l'élaboration des stratégies respectives des pays riverains de la Mare Nostrum. Devoir de réserve oblige, le contre-amiral Coustillière – en retraite après 36 ans de services dans la marine française – exprime certes « une opinion personnelle qui n'engage en rien celle de l'armée (française) que j'ai quittée ni ne rejoint la position officielle des autorités françaises » comme il le précise lui-même dès l'entame de sa conférence, hier à l'hôtel Hilton (Alger), mais une tout autre opinion en rupture avec les théories et thèses ultrasécuritaires en vogue. Consultant indépendant sur les questions méditerranéennes, l'ancien chargé d'étude des relations internationales à l'état-major des armées a tenu à lever toute équivoque sur le caractère de son intervention. Le souci du spécialiste, directeur du bureau d'études JFC Conseil, de ne pas indisposer hôtes et clients se justifie sans doute par le fait qu'il ait été l'invité de l'Institut national des études stratégiques globales (INESG), une institution scientifique dépendant de la présidence de la République. La conférence, intitulée « Les enjeux et les stratégies dans l'espace méditerranéen : l'approche des USA et l'Europe » ne pouvait souffrir la confusion des rôles. « Si vous ajoutez à une région aussi vulnérable, aussi fragile qu'est la Méditerranée, des problèmes de misère, de pauvreté, vous créerez les conditions d'une explosion de soulèvements », prévient le contre-amiral, ajoutant : « Les fondements de la paix et de la stabilité durable passent inexorablement par l'amélioration des conditions de vie des populations. » L'expert identifie trois enjeux majeurs sur lesquels les régimes du sud de la Méditerranée doivent le plus travailler et vers lesquels la coopération internationale devrait s'orienter : l'emploi, l'alimentation et l'eau. Trois enjeux qui constituent autant de « risques de déstabilisation » socioéconomiques. Au chapitre de l'emploi, M. Coustillière affirme que pour les quinze prochaines années, il faudrait créer plus de 35 millions d'emplois pour répondre aux besoins en la matière, en faisant remarquer la difficulté d'un tel pari car, oppose-t-il, « 32% de la population a moins de 15 ans » et qu'il faudrait maintenir en parallèle « un taux de croissance de 7 à 8% ». Ce qui en soi paraît un pari difficile à tenir. L'approche européenne des relations nord-sud en Méditerranée – qui ne se revendique, selon lui, d'aucune philanthropie – intègre mieux les enjeux en question, même s'il reconnaît le « semi-échec » de l'UPM, enterré à Ghaza, mais qui dispose encore d'autres ressorts pour rebondir. « Le destin de l'Union européenne est lié au sud de la Méditerranée. » Il cite la dépendance énergétique (25% du gaz consommé par l'UE proviennent d'Algérie), les flux migratoires (25% des immigrés sont Maghrébins), les trafics en tout genre, la culture et l'histoire en partage, etc. La Méditerranée, « zone de fractures multiples » : religieuse, culturelle, démocratique, économique... « zone de conflits et de tensions, mais aussi espace d'échanges et de circulation des biens et personnes ». La stratégie américaine dans la région, qui n'est pas fondée sur une « approche de voisinage » vu la distance séparant le Maghreb des USA, privilégie l'approche sécuritaire. « Le Maghreb est considéré comme un axe de pénétration du monde euro-asiatique – qui en est la priorité. L'espace méditerranéen est aussi un couloir, un corridor commercial qu'il faudrait contrôler de peur de le voir tomber entre les mains de la Chine ou même de la Russie. »