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De la medersa aux rigueurs du maquis
Salah Mekacher.Etudiant grévistre en 1956, ancien officier de la wilaya III
Publié dans El Watan le 21 - 05 - 2009

« Je pardonne aux gens de n'être pas de mon avis, je ne leur pardonne pas de n'être pas du leur. »
Talleyrand
A première vue, Si Salah a l'air avenant et sympathique avec sa bouille ronde et son franc sourire. On l'a vérifié tout au long de l'entretien qu'il a bien voulu nous accorder à son domicile sur les hauteurs de Tizi Ouzou.
Si Salah est un type bien, au destin singulier, dont le parcours est parsemé de hauts faits, mais aussi empreint d'une profonde amertume. Cet homme si jovial change brusquement de ton, lorsqu'il évoque des événements qui le chagrinent et son visage se ferme. Mais point de lassitude chez ce combattant vigoureux de 77 ans qui garde intacte sa fougue de jeunesse. Et puis, Si Salah a du caractère, cette vertu des temps difficiles qu'il a su se forger à la dure, au maquis et au fil des ans dans ses actes de tous les jours. Il existe une race de gens qui, au lieu d'accepter une place que leur offrait le monde, ont voulu s'en faire une tout seuls, à coups d'audace et de conviction. Alors qu'il était tout près de passer son bac, il participe comme beaucoup d'autres camarades à la grève de Mai 1956 et décide de monter au maquis pour servir la cause et s'imposer par la suite comme un brillant officier de l'ALN. Salah est né à Tizi Ouzou le 15 décembre 1932. Il a fait ses études à l'école Jeanmaire, qui n'a dû son ouverture que grâce au recteur de l'Académie d'Alger, alors que la municipalité n'en voulait pas, « pour maintenir la population indigène dans l'ignorance ». Issu d'une famille de condition modeste, Salah savait qu'il fallait se surpasser pour avoir une place au soleil. « C'est grâce à mon père Lounès, dit Moh Akli, ancien combattant, que j'ai pu joindre le collège destiné aux colons. C'était une faveur accordée à mon paternel pour services rendus. C'est comme ça que j'ai pu suivre normalement mon cursus, alors que j'étais destiné à la menuiserie. Mon père avait deux amis oukils judiciaires, Belkacem Belhadj, dont l'un des parents a été proviseur de la medersa et Salah Mokrani, qui lui ont suggéré de me faire inscrire à la medersa d'Alger. J'ai préparé le concours en 1947 et je suis entré à Thaâlybia en 1949. J'étais en terminale, à huit jours de l'examen, lorsque la grève a éclaté, à l'appel du FLN », raconte avec nostalgie l'ancien medersien qui a une idée précise de cette institution.
La medersa, une institution
« La medersa est une relique, une survivance des grandes écoles qui préparaient la justice dans ce pays. Les Français voulaient effacer toute trace d'une ‘'administration'' parallèle en supprimant petit à petit les cadis qui jugeaient les affaires, notamment celles du foncier. En 1830, il y avait 180 mahkamas, on les a graduellement supprimées. L'administration coloniale a désigné des juges français à la place des cadis. Tant et si bien que les medersas n'avaient plus ce rôle de former les magistrats. Sur les dizaines de medersas, il n'en restait plus que 3, celles d'Alger, de Constantine et de Tlemcen. » Si Salah quittera, la mort dans l'âme, cette medersa qu'il aimait tant, à un moment crucial, après tant de sacrifices, si près du but. Si Salah se rappelle de sa tendre jeunesse à Tizi. Il était à peine adolescent, au milieu des années 1940. « A cette période, il y avait un bouillonnement dans les idées et dans les crânes. La jeunesse tiziouzéenne, qui avait perdu ses illusions avec la dissolution du RCTO en 1932, reprit espoir avec l'ASK. Mais le régime de Vichy n'en voulait pas et l'association sera étouffée à l'état de projet et maître Sidi Saïd Hanafi, son initiateur, décédera dans un accident de la circulation. Humiliée, la jeunesse prit sa revanche à travers une pléiade de gens convaincus à l'image de Iratni, Benslama, Amrouche, Hamouche, Cherdioui et autres qui créèrent la JSK le 28 février 1946, dont on ne soulignera jamais assez le rôle qu'elle a joué au moment où l'indigène se réveillait à la politique. » Le leitmotiv : Addam Leroukba ! Le sang devra parvenir jusqu'au genou ! Mais pourquoi donc le sang, puisqu'il s'agit de sport ? Contre l'occupant, dans un stade, c'étaient des duels épiques entre l'OTO et la JSK d'une grande portée symbolique. Addam Leroukba n'était-ce pas déjà prémonitoire ? En 1956, l'appel a été lancé par le FLN, mais on ne connaissait pas les instigateurs, même les étudiants structurés dans le parti n'en savaient rien.
Les intellectuels dans la guerre
Franchement, on avait senti une sorte de controverse, de confusion. A la Robertsau où se déroulaient les débats, ça chauffait, mais le mot d'ordre a fini par être adopté par la majorité. Les meneurs n'étaient pas identifiés. Hihi Mekki, Gaïd Tahar, Benhamida, les plus exposés et les plus connus étaient cités, mais personne ne se doutait que c'était Lounici ou Amara Rachid des étudiants studieux plutôt effacés qui en étaient les catalyseurs. Toujours est-il que le mouvement s'est amplifié et de nombreux intellectuels avaient spontanément rejoint le maquis. Les premiers medersiens ont été emportés par la tourmente, car non préparés à la guerre. Sabeur et Lounis, meilleurs élèves de la medersa ainsi que Amara Rachid sont morts prématurément. Salah et ses camarades sauront que le mot d'ordre avait été lancé par l'UGEMA, création récente du FLN. Le tract appelait à la grève des examens et au boycott des cours. « C'était un sacrifice considérable après des efforts immenses, tout près de la consécration. Imaginez la réaction des parents de condition modeste qui se sont tant impliqués auprès de leurs enfants et qui voient ainsi le rêve s'évaporer de voir leur progéniture gagner quelques places dans l'échelle sociale. Imaginez leur désarroi. En tout état de cause, la décision était prise. Mais comme c'était nouveau, la question qui se posait était de savoir si le maquis allait nous accepter. Je peux vous dire que ce n'était pas le raz-de-marée. Certains étudiants calculateurs avaient adopté une attitude ambiguë. En réalité, les architectes de ce mouvement n'étaient autres que Abane et Ben M'hidi. Jusque-là, on ne les a jamais associés, alors qu'ils faisaient la paire. L'un était la force de l'autre. La disparition de Ben M'hidi a rendu Abane vulnérable. » Salah s'accorde à dire que cette année 1956 a été un véritable tournant, annonciateur de bons présages. Le FLN avait engrangé des dividendes politiques. Les ulémas, les hésitants et les communistes sont venus grossir les rangs de la résistance. « La grève des étudiants reflétait aussi un symbole. Elle voulait dire que nous ne sommes pas des brigands et que l'élite intellectuelle, même réduite, était de la partie. Il y avait un soubassement idéologique. » Si Salah est enrôlé dans une cellule de fidayine. Recherché, il rejoint l'ALN le 2 octobre 1957. Il est affecté par le colonel Amirouche au PC de la Wilaya III. Il échappe à la purge et depuis il est affecté d'un PC à un autre. Il termine la guerre aux côtés du colonel Si Mohand Ouelhadj en qualité d'officier secrétaire du PC de la Wilaya III. « De son chef, il dira que Si Mohand était aux côtés du colonel Amirouche pour capitaliser de nombreux succès politiques qui s'ajouteront aux victoires militaires de nos glorieuses katibate. En 1958, pendant la purge, il ne s'effaça pas et marqua sa désapprobation farouche à la liquidation de personnalités historiques et à la destruction de la Wilaya. Il fut rejoint en cela par le capitaine Si Abdallah, chef de la zone 3. Leur détermination stupéfiante interloqua le colonel Amirouche et alerta l'état-major. Elle constitua la sonnette d'alarme qui provoquera le réveil au GPRA et qui stoppera l'abominable machination. » Les dirigeants, peu instruits écartés, ont gardé une rancune tenace et se sont vengés sur les intellectuels. C'est ce que les historiens appellent la bleuite et que notre interlocuteur préfère qualifier de « purge ». Comment cela s'est-il passé ? « Ça a commencé avec la capture énigmatique, sans coup férir, du lieutenant Si L'Hocine El Kseur, estimé dans la région. Cette affaire a entraîné la Wilaya III dans la suspicion et la guerre secrète. Le ver était dans le fruit. Parmi nous, il y avait des éléments infiltrés, c'est pourquoi il fallait assainir, sans états d'âme. Mais avec les dégâts occasionnés, on commençait à s'interroger sérieusement. Les étudiants particulièrement étaient les plus visés. La plupart de nos étudiants ont été massacrés par leur ‘'frères''. L'ennemi était au courant de ce qui se passait. Il a réussi à introduire ses éléments dans nos rangs. Si Abane avait survécu, on n'aurait jamais vécu ce sinistre épisode. » Pudiquement et donnant l'impression de mettre une croix sur ce funeste épisode, Salah survole cette période, où il a lui-même été marqué dans sa chair par la torture. Bienheureux qu'il eut été épargné par la mort qui a emporté bon nombre de ses camarades. Mais Si Salah, qui est pointilleux sur les dates et les faits, place l'événement dans son contexte. « En 1958, la Wilaya III était à son apogée tant sur le plan politique que militaire. Il est sûr qu'on a voulu la déstabiliser. Mais l'opération ‘'purges'' a atteint un tel degré qu'elle a échappé à ses instigateurs. »
La bleuite, cette malédiction
Ce que l'on a qualifié de « bleuite » a été une véritable catastrophe. Ce n'est pas tant la perte des hommes qui nous a ébranlés, on s'y attendait, mais la perte de confiance. C'était terrible. Après le départ de Amirouche, la Wilaya était dans un état pitoyable, accentué par un bicéphalisme dans la direction dont on ne saura pas à qui il profitait. L'indépendance recouvrée, Si Salah ne sera pas au bout de ses peines. « Avec la lutte fratricide pour le pouvoir, on a diabolisé la Wilaya III. Nous, officiers de cette Wilaya, on s'est considérés comme des vaincus. On m'a dit d'intégrer l'ANP. Je ne pouvais le faire, car ce sont ceux qui ont tiré sur nous qui allaient nous commander et ça je ne pouvais l'accepter. J'ai demandé à exercer à l'hôpital. Boumediène, chef d'état-major, m'avait interpellé ‘'Comment se fait-il que les meilleurs combattants comme vous quittent ainsi le navire ?'', m'avait-il apostrophé. Cela ne l'a pas empêché de me signer ma démobilisation et mon affectation à l'hôpital de Tizi Ouzou, dont je serai le directeur puis ceux de Joinville, d'Oran, de Béjaïa et enfin celui de Oued Aïssi avant d'occuper le poste de DDS à Tizi Ouzou, jusqu'à ma retraite en 1988. » Si Salah, qui se considère comme un « perpétuel opposant », estime que les idéaux de Novembre n'ont pas été respectés et que, quelque part, il y a trahison. Les premières années de l'indépendance devaient se faire avec tous. Il y a eu des exclusions manifestes visant à éloigner d'authentiques patriotes comme Krim Belkacem à qui on a imputé tant de fautes. On a voulu le diaboliser et la Kabylie dans son sillage, alors qu'il a été le premier dans la guerre et un homme qui sait faire la paix avec les accords d'Evian. Déçu, mais nullement pessimiste, Si Salah est persuadé que la jeunesse saura reprendre le dessus. Il y a une formidable intelligentsia et l'avenir se fera avec elle. Il ne faut jamais désespérer. Des regrets ? On a occulté la mémoire et banalisé les sacrifices. On ne s'est pas occupé de notre culture. Il y avait peut-être d'autres priorités, mais cela n'explique pas qu'on ait déjà perdu assez de temps pour édifier un Etat « fort », auquel nous aspirons tous.
PARCOURS
Mekacher Salah est né le 15 décembre 1932 dans une famille de condition modeste. Il fit ses études à Tizi, au collège moderne puis à la medersa d'Alger, à La Casbah. Le 19 mai 1956 il participe à la grève des étudiants. A Tizi, il est fidaï sous les ordres de Amar El Boukhalfi dit Amar Charlot. Recherché, il rejoint l'ALN où il est affecté par le colonel Amirouche au PC de la wilaya 3. Il échappe à la purge et termine la guerre aux côtés du colonel Si Mohand Ouelhadj. A l'indépendance il quitte l'armée et choisit de participer à l'édification de l'Etat algérien en qualité d'administrateur des hôpitaux après un stage à Rennes. Après avoir dirigé plusieurs centres hospitaliers à travers le pays, il termine sa carrière en 1988 en tant que directeur de la santé de Tizi Ouzou. Elu vice-président de l'APC de Tizi en 1967 et député en 1982. Il est ‘auteur de deux ouvrages. « Les récits de la mémoire, Tizi Ouzou, le destin d'une ville et de sa région » et « Aux PC de la wilaya 3 » parus aux éditions El Amel


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