Commandée par une fondation américaine Soros et dirigée par Fabien Jobard et René Lévy, tous deux chercheurs au Centre national de recherche scientifique (CNRS), l'enquête démontre, statistiques à l'appui, que les services de sécurité français seraient coutumiers des « contrôles au faciès » et au type d'habillement. Les résultats montrent que les personnes perçues comme « Noires » (d'origine subsaharienne ou antillaise) et comme « Arabes » (originaires du Maghreb ou du Moyen-Orient) sont contrôlées de manière excessive par rapport aux autres passants blancs de souche française ou européenne. Les sites d'observation sur lesquels l'enquête a eu lieu montrent que les Noirs couraient entre 3,3 et 11,5 fois plus de risques que les Blancs d'être contrôlés. Même chose pour les Arabes généralement contrôlés sept fois plus que les Blancs. Pour René Levy, un des auteurs de l'enquête, il n'y a aucun doute, cela porte un nom : discrimination. « Même si les policiers sont jugés majoritairement courtois lorsqu'ils procèdent à des interpellations, ils n'expliquent pas en revanche les motifs réels qui ont motivé les contrôles d'identité », a-t-il soutenu. Il ajoute : « 60% des Noirs et autant d'Arabes sont finalement contrôlés sur la base de leur apparence physique, mais jamais sur leur comportement ou leur conduite ». Rappeurs, punk, look de banlieue dans le collimateur de la police Un constat que ne partage pas Olivier Le Bon, porte-parole du syndicat Alliance police nationale. Il soutient que la police française procède à des contrôles dans tous les arrondissements de Paris, y compris les plus chics d'entre eux, comme le 16e ou le 8e. Déplorant les lieux où le CNRS a mené ses enquêtes, le syndicaliste explique que la police agit dans un cadre légal et qu'elle n'a pas comme consigne de faire des contrôles ethniques ou de masse. Pourtant, la réalité est tout autre sur le terrain. En plus du faciès, l'autre élément qui détermine les contrôles est en rapport avec le type de vêtements portés. L'étude démontre que même si les jeunes appartenant à différentes cultures (hip-hop, tecktonic, punk ou gothique look banlieue) qui se caractérisent souvent par le port d'une casquette à l'envers et d'un blouson cuir avec des baskets Nike ou Adidas) ne forment que 10% de la population disponible, ils représentent 47% de contrôlés. « L'étude montre une forte relation entre le fait d'être contrôlé par la police, l'origine apparente de la personne contrôlée et le style de vêtements portés », confirme René Levy du CNRS. Et d'enchaîner : « En visant certaines personnes à cause de ce qu'elles sont (ou ont l'air d'être) et non à cause de ce qu'elles ont fait ou font, les policiers perpétuent des stéréotypes sociaux et raciaux. L'attention accrue que la police accorde à certaines personnes peut entraîner une augmentation des conflits avec la police, lourds de conséquences à la fois pour la sécurité du public et pour celle des fonctionnaires eux-mêmes. » L'enquête recommande de reconnaître publiquement l'existence d'un problème de contrôle au faciès dans la police française, d'encourager et de financer les recherches pour déterminer l'ampleur de ce problème et de renforcer la loi pour que pareilles choses ne recommencent pas. Tout un programme…