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Portrait de dirigeante: Rezika Doufène, brodeuse à Irdjen
Publié dans El Watan le 27 - 08 - 2012

« J'ai connu Paris avant de connaître Tizi-Ouzou ». Rezika Doufène, 38 ans, n'était jamais allée beaucoup plus loin que Larbaa Nath Irathen avant de participer en 2004 à une exposition organisée par l'UNESCO. Elle présentait pour la première fois à l'internationale les broderies berbères traditionnelles qui ont fait sa renommée.
Dans la boutique-atelier de Rezika, Sadia et Wahiba (ses deux co-locatrices).
À 20 km de Tizi-Ouzou, dans la commune d'Irdjen, se trouve la boutique-atelier de Rézika Doufène. Une dizaine de femmes brodent écharpes, robes et liquettes autour d'une unique grande table, dans un espace d'à peine quinze mètres carrés. En vitrine, les plus beaux modèles sont exposés sur des mannequins. Et sur les étagères s'entassent les derniers articles confectionnés. La chaleur est étouffante. Les feux de forêts ont fait grimper la température au dessus de 50°C ces jours-ci. Et aujourd'hui, une coupure de courant rend l'unique ventilateur de la pièce terriblement silencieux.
Stoïques, les femmes poursuivent leur travail en silence. Le bruit des voitures est l'unique fond sonore. Fetta, une des apprentis, brode quelques motifs sur une robe de mariage. Avant cela, l'ouvrage est passée entre les mains de Rezika pour la coupe et d'une vieille femme du village pour la réalisation de motifs anciens que les jeunes apprentis ne maitrisent pas.
Fetta, au premier plan, travaille sur une robe de mariage.
L'utilisation d'un gabarit facilite le travail.
Sur les dix brodeuses, trois sont artisanes: Rezika, Sadia et Wahiba. Les autres sont apprenties. Rezika forment cinq jeunes filles au métier. En ce moment, cinq commandes sont en préparation: deux écharpes, deux robes et un bedroun (jupe longue cousue dans l'entrejambe). Un oeil aiguisé sur la qualité, la formatrice ne laisse rien passer, quitte à faire recommencer: “Les finitions sont trés importantes. Souvent les artisanes les négligent”, explique-t-elle.
Ce travail pédagogique, elle le dispense aussi à domicile. Dix brodeuses travaillent de chez elle, en plus des stagiaire de l'atelier. D'une activité personnelle il y a moins de dix ans, le commerce de la brodeuse est devenue une véritable entreprise.
Rezika Doufène tient dans ses mains un gabarit qu'elle utilise pour former les apprentis. Il contient tous les points qu'elles doivent apprendre à maîtriser.
Cette passion de la broderie, Rezika Doufène la partage depuis toute jeune avec sa mère. “Elle m'a appris la coupe traditionnelle, la robe kabyle”, raconte-t-elle. Dans la cuisine familiale, les discussions tournent souvent autour de la broderie. Sous l'oeil réprobateur du père: “Il me dit sans cesse que je ne suis pas assez concentrée quand je cuisine”, raconte Rezika Doufène dans un éclat de rire.
Elle a commencé à pratiquer la broderie et le crochet vers l'âge de 16 ans. Lorsqu'elle arrête ses études, en 9eme, son temps se partage entre les tâches ménagères et la broderie.Les choses auraient pu en rester là. Travailler à domicile, confectionner quelques vétements pour les mariages. La jeune brodeuse rencontre en 2001 une personne qui va jouer un grand rôle dans son évolution professionnelle: madame Mostefaoui.
“C'est grâce à elle et à l'association Femmes et dévelopement en Algérie” (FEDA) que j'ai démarré”, considère Rézika Doufène. Cette femme dispense des cours de français dans un local de la commune d'Irdjen. Elle est également animatrice de l'association FEDA. C'est elle qui va pousser la jeune artisane à se professionaliser. Elle l'incite à passer un diplome et à s'inscrire à la chambre des métiers.
Rezika Doufène – Les débuts by SophiaA
L'inscription comme artisane n'est pas automatique. Il faut montrer de quoi on est capable. Pour cela, pas de problème, Rezika Doufène a déjà quelques belles pièces à son actif. Elle les présente au responsable de la chambre des métiers qui valide son dossier. Plus compliqué, il faut s'acquitter de 4000 DA pour déposer la demande. Là encore la solution est au bout de ses doigts: elle récupère un vieux burnous déchiré de son père, le rafistole et le brode. La vente du burnous lui permettra de déposer le dossier.
Rezika Doufène pose à coté de la robe qu'elle avait présenté pour obtenir sa carte d'artisane.
À partir d'un burnous rapiécé de son père, Rezika a créé un vêtement dont la vente lui a permis d'obtenir sa carte d'artisane. (archive personnelle)
Dès lors elle enchaîne les formations et améliore son travail. On lui conseille de faire de petites pièces executées en quelques jours plutôt que de ne confectionner que des tenues de fête qui prennent plusieurs semaines. Elle apprend à comptabiliser les heures de travail et à calculer le prix de revient d'un article. Pour développer les ventes, les formations mettent l'accent sur la mise en valeur des articles sur les stands d'exposition et sur l'accueil des clients.
Rezika Doufène apprend aussi qu'il faut voyager avec son travail pour le promouvoir. Elle est invitée dans des salons et foires internationales dédiées à l'artisanat. Le père de Rézika n'est pas prêt à cette époque à laisser sa fille se déplacer, à l'intérieur du pays comme à l'étranger. Il faut dire que la laisser travailler hors de la maison était déjà un effort. Pour ses premiers défilés, Rezika Doufène fuit les appareils photo de peur que son père n'apprenne ce qu'elle fait. Alors pour partir à l'étranger, il faudra toute la force de persuasions des frères et soeurs. Madame Mostefaoui aussi vient chez Rezika pour rassurer son père. Après deux ou trois occasions manquées, son père la laisse finalement partir à Paris pour l'exposition de l'UNESCO.
Un des premiers défilés des modèles de Rezika Doufène. Elle se cache dans le coin droit de la photo. (archive personnelle)
Au contact des clients internationaux, elle comprend mieux ce qu'ils recherchent et peut ajuster ses créations. “Ils aiment les petites pièces, les sacs, les chemises avec quelques motifs. Les robes trop chargées ne les intéressent pas.” Elles discutent aussi avec les autres artisants présents sur les salons. De ces échanges naissent des collaborations. Comme avec Nasro Semrouni, avec lequel elle confectionne des sacs en cuir brodés. Lui s'occupe de la maroquinerie, elle de la broderie. Elle fait alors, l'air de rien, une incursion dans un domaine jusqu'à lors réservé aux hommes.
Toujours poussée par l'association FEDA, elle ouvre le local à Irjen en 2008. FEDA fait don de mannequins et de matériel et prête de l'argent aux artisanes pour la location. “Je travaillais à la maison et grâce au soutien de FEDA on a un local avec Sadia et Wahiba”
A force d'apprentissage, Rezika a fini par devenir elle-même formatrice. Elle a rejoint une seconde association en 2005, femmes en communication. “Je coordonne les formations pour les wilayas d'Alger et de Tizi-Ouzou. Il faut aussi s'assurer de la qualité des produits et de leur réalisation en temps et en heure pour les expositions”, explique-t-elle. Maya, responsable de l'association femmes en communication mesure le chemin parcouru:"Quand nous avons commencé à travailler avec Rezika, c'était une simple artisane. Au bout de sept ans, elle a compris quel est son poids économique".
ll est loin le temps où elle travaillait à la maison parce que son père ne voulait pas la laisser sortir. Maintenant, les déplacement pour Alger sont hebdomadaires. "Il a fini par comprendre que c'est dans mon intérêt de me déplacer à la capitale", explique-t-elle simplement. Elle dépose chaque semaine de nouveaux articles à la boutique du centre commercial Victor Hugo et en profite pour discuter avec les clientes et promouvoir son travail. Heureusement pour elle, l'un de ses frères habite la capitale. Car le traget depuis son village est un véritable périple.
Rezika Doufène – Le périple Irdjen-Alger by SophiaA

À peine revenue d'une foire au Maroc, elle prépare plusieurs pièces qu'elle doit envoyer à Milan en vue d'un évènement dans cette ville. En feuilletant son catalogue, on tombe sur des photos prises en France, au Maroc, dans tous les coins d'Algérie et même au Niger. Ce qu'elle souhaite à présent ? "Faire sortir d'autres femmes de chez elles".


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