Londres a reçu juste avant l'invasion de l'Irak en 2003 des informations selon lesquelles Saddam Hussein avait démantelé ses armes de destruction massive, a affirmé hier un ancien fonctionnaire du Foreign Office devant la commission d'enquête sur le conflit irakien. Devant la commission Chilcot, William Ehrman, directeur du bureau de la sécurité internationale au ministère britannique des Affaires étrangères entre 2000 et 2002, a indiqué que Londres savait que l'Irak avait renoncé à son programme d'ADM dans les jours précédant le début du conflit. « Nous obtenons dans les derniers jours avant l'engagement militaire quelques (renseignements selon lesquels) les armes chimiques et biologiques avaient été détruites et (l'Irak) pourrait ne pas avoir les munitions pour les lancer », a-t-il déclaré. « Il y avait des renseignements contradictoires », a-t-il toutefois tempéré, expliquant que les doutes sur les armes détenues par Saddam persistaient. « Il s'agissait plus de leur utilisation. Même s'ils n'étaient pas assemblés, les agents (chimiques et biologiques) existaient toujours ». La présence d'ADM en Irak faisait officiellement l'objet d'un consensus à Washington et Londres. Le 24 septembre 2002, le Premier ministre britannique de l'époque, Tony Blair, avait présenté un dossier affirmant que le régime de Saddam Hussein disposait d'ADM, susceptibles d'être déployées en 45 minutes. Il s'est ensuite avéré que ce dossier avait été « gonflé », la mention des 45 minutes ayant été ajoutée pour le rendre plus « sexy ». Aucune ADM n'a jamais été découverte en Irak. Les connaissances occidentales sur le programme d'ADM irakien étaient extrêmement parcellaires, a reconnu M. Ehrman. En septembre 2002, les renseignements restaient ainsi « limités », ce dont le gouvernement avait parfaitement conscience, a-t-il expliqué. Sur la mention des 45 minutes, un autre ancien responsable du Foreign Office, interrogé conjointement avec M. Ehrman, a toutefois affirmé ne pas s'en être étonné. « Je n'y ai pas accordé une signification particulière parce que ça ne paraissait pas contradictoire avec ce que nous pensions généralement être les intentions et capacités de l'Irak en ce qui concernait les armes chimiques », a dit Tim Dowse, chef du service de contre-prolifération nucléaire au Foreign Office entre 2001 et 2003. M. Dowse a réfuté l'idée d'une collusion entre Saddam Hussein et Al Qaîda, avancée par le président américain George W. Bush pour mieux justifier l'intervention. « Nous avons trouvé des preuves de contacts entre des responsables irakiens et des membres d'Al Qaîda à la fin des années 1990 », a-t-il expliqué. « Mais nous en sommes arrivés à la conclusion qu'il s'agissait de contacts très sporadiques. » M. Dowse a également expliqué que l'Irak n'était pas en 2001 « en tête de liste » des préoccupations britanniques pour le risque de prolifération nucléaire. La Libye, l'Iran l'étaient beaucoup plus, a-t-il ajouté, ses propos étant corroborés par M. Ehrman. Par ailleurs, le Premier ministre britannique, Gordon Brown, a été contraint de défendre l'indépendance de la commission, qu'il a nommée. Son président John Chilcot est « satisfait » de la liberté qui lui est accordée pour mener à bien son enquête, a-t-il dû répéter devant la Chambre des communes.