Pour le commun des mortels, El Mouradia est un quartier chic. Le fait qu'elle abrite la présidence de la République et plusieurs institutions de l'Etat et des ambassades étrangères lui procure faussement le statut de la vitrine de l'Algérie. Ce n'est pourtant pas la « Cité de Dieu » comme disait saint Augustin. Et ce ne sont pas les élus locaux qui diront le contraire. « On pense qu'El Mouradia est une commune riche et haut standing, mais son état des lieux démontre le contraire. » La précision est du vice- président de l'APC, chargé du social, en l'occurrence Amar Ziane qui nous a proposé une tournée dans sa commune pour, a-t-il dit, « casser cette fausse image qui nuit énormément aux habitants de cette localité ». A défaut de projets de développement, la commune est sous perfusion permanente. Avec ses 32 000 habitants, El Mouradia, qui s'étend sur une superficie de 2 km2, est en proie à un véritable blocage en matière d'investissement. Son budget annuel, qui est de 12 milliards de centimes, est absorbé par la masse salariale à hauteur de 60%. Les 40% restants sont alloués à la gestion quotidienne de la commune (entretien des écoles...). Cet état de fait, faut-il le souligner, freine toute dynamique de développement, notamment en matière de logements. Le vice-président affirme, en ce sens, que 2200 demandes de logement ont été déposées au niveau de son service, dont 800 pour le logement social et 1400 pour le participatif. Le déficit de la commune en ce secteur est de 1200 logements. « Depuis qu'El Mouradia a accédé au statut de commune en 1985, elle n'a jamais bénéficié d'un quota de logements comme toutes les autres APC de la capitale et partout ailleurs », témoigne M. Ziane. Le programme de 122 logements APC/CNEP, lancé en 1989, n'a pas encore vu le bout du tunnel. « Les logements sont achevés à 80%. Les travaux de réalisation des 20% restants patinent. En novembre 2004, avec l'arrivée du nouveau wali, la direction du logement de la wilaya s'est engagée à livrer les 122 logements en février dernier. Nous sommes à la fin du mois de juillet sans que cette promesse soit concrétisée », a-t-il ajouté. Le problème, selon notre interlocuteur, est à la fois juridique et financier. L'entreprise chargée de la réalisation des 20% restants, L'EPLF de Béjaïa en l'occurrence, ne veut pas reprendre les travaux tant que l'assiette litigieuse n'a pas de couverture juridique claire. Pour la question du financement, l'on n'arrive pas encore à déterminer qui doit payer quoi. Entre-temps, « les souscripteurs munis des arrêtés se présentent chaque fois à notre niveau. Nous n'arrivons pas à les convaincre. Il y a des moments où nous nous demandons ce que nous faisons là », se plaint-il. Par ailleurs, « El Mouradia a été inscrite en 2001 au programme de logements participatifs avec un lot de 140 logements. Quatre ans après le lancement de ce programme, il n'y a rien de concret qui vient répondre aux doléances des citoyens », selon M. Ziane. Cette situation de blocage a créé une litanie de problèmes aux riverains, notamment les expulsions. « Nous avons enregistré 64 familles expulsées, alors que 40 autres sont en instance d'expulsion (affaires en justice). Ce sont souvent des problèmes d'héritage », explique notre interlocuteur en précisant que l'APC ne peut rien faire dans ce cas de figure. Les sinistrés d'El Mouradia ne sont pas mieux lotis que ceux des autres localités. M. Ziane avance le chiffre de 79 familles sinistrées touchées par le séisme du 21 mai 2003, dont 19 ont été relogées et 60 sont toujours en instance de relogement. C'est dire que le dossier du séisme est clos au niveau de la wilaya ! Au 15, rue des Mimosas, 6 familles sinistrées occupent une très vieille bâtisse classée dans la catégorie rouge par le CTC. « Nous sommes prêts à descendre dans la rue afin d'attirer pacifiquement l'attention des responsables sur notre situation », affirment les concernés. El Mouradia, en outre, n'est pas épargnée par l'habitat précaire et la vétusté des constructions. Selon le vice-président d'APC, 300 familles vivent dans la précarité la plus totale. « Nous avons enregistré des cas où 10 à 15 personnes vivent dans un 12 m2 », soutient-il. A ceux-ci s'ajoutent les 800 familles habitant dans des logements exigus. On trouve souvent 4 à 5 familles occupant un seul appartement. « Il y a même un cas de 36 personnes logées dans un F3 ! », ajoute-t-il. Dans le vieux quartier, au niveau du cimetière français, 3 familles habitent des logements des plus précaires avec des sanitaires (toilettes) collectifs. Les fissures et les trous dans les toits ainsi que dans les murs leur font craindre l'irréparable. Le même constat et de mise à Robespierre où 20 familles locataires y résident depuis l'époque coloniale. Une vieille femme de 80 ans affirme qu'elle habite ici depuis l'âge de 17 ans. Les constructions sont disposées en trois rangées avec au fond un cabinet de toilette pour chaque rangée. Le linge est lavé dans le petit couloir qui longe les baraques. « A quand notre relogement ? », demande une femme à l'adresse du vice-président. « Je ne sais pas. Nous attendons toujours des réponses à nos demandes de la part de la wilaya », répond-il.