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L'argent sale de la décennie noire
La violence comme ingrédient de l'économie
Publié dans El Watan le 03 - 10 - 2005

Slogan fétiche de ce mois de septembre : « Il faut rétablir la paix intégrale pour faire décoller l'économie algérienne. » La guerre aussi est un ingrédient de l'économie. A quoi a-t-elle servi en Algérie dans les années 90 ? Survol de quelques mutations majeures du capitalisme algérien.
La campagne unilatérale pour le oui à la charte pour la paix et la réconciliation nationale a utilisé jusqu'à l'usure un argumentaire économique : « Sans la paix il sera impossible de réaliser le plan de croissance de 55 milliards de dollars. Impossible de travailler partout en 3 x 8 et d'approvisionner jour et nuit les chantiers les plus reculés. L'assurance pour la destination Algérie des investissements reste élevée à cause d'un risque jugé supérieur à la normale. Plus de sécurité signifie un investissement moins coûteux en Algérie et donc plus d'investisseurs étrangers, etc. » La panoplie est large. Certes, au plus fort de la guerre civile, il était peu envisageable d'entamer le tronçon Oued Djer-Khemis Miliana de l'autoroute Est-Ouest, de poursuivre la construction du grand barrage de Koudiat Acerdoune dans la région de Zbarbar ou même de maintenir une agence de Lufthansa rue Didouche Mourad. L'intérêt du retour à la sécurité totale sur le territoire national est évident depuis plusieurs années. Mais cela a-t-il été toujours ainsi ? « Si la paix remplit une fonction économique de cumul, la guerre en remplit une autre de rupture », affirme l'historien Fernand Braudel.
La guerre civile, un complot social ?
En Algérie, la guerre civile n'a pas fait que des dégâts. Elle a rendu possible l'émergence du capitalisme algérien d'aujourd'hui. Au point où de nombreux auteurs algériens et étrangers ont analysé le chaos de la violence des années 90 sous cet angle des mutations économiques et sociales. En juillet 1992, Belaïd Abdeslam, nouveau chef du gouvernement après l'assassinat de Mohamed Boudiaf et le départ de Sid Ahmed Ghozali, publiait un programme de gouvernement où se côtoient côte-à-côte au même niveau d'importance la lutte contre le terrorisme et la lutte contre la corruption, les deux liés par la formule célèbre : « Un Etat injuste ne peut lutter contre la violence terroriste. » Le thème de la lutte contre le terrorisme a prospéré les années suivantes, celui de la traque contre la corruption a disparu. L'urgence a prévalu. Elle penchait du côté du rétablissement de l'ordre public, pas de la norme morale. « Il est incontestable que l'Etat de quasi guerre en Algérie a finalement accéléré le basculement de l'économie du pays vers le libre marché. Il faut prendre soin de ne pas basculer soi-même dans la paranoïa qui consiste à affirmer que tout ce qui est arrivé a été programmé dans ce seul but... », peut-on lire dans le préambule d'un numéro de la revue « Pouvoirs » consacré à l'Algérie. La tentation de relire l'histoire des années 90 comme un pur complot social existe. Pourquoi l'option du rééchelonnement de la dette extérieure et de l'ajustement imposé de l'extérieur longtemps contenue dans les couloirs du pouvoir a-t-elle triomphé fin 93 ? « Parce que les travailleurs, pris en otages par le climat de terreur, ne pouvaient plus organiser une résistance sociale », pour les animateurs du mouvement syndical d'alors. Parce que tout simplement « les recettes du pétrole de cette année-là, 7 milliards de dollars, ne permettaient même pas de régler le service de la dette », rappelle Réda Malek dans un de ses entretiens, alors chef du gouvernement. « Notez bien que la baisse des violences en 1998 correspond aussi à l'année de la fin du plan d'ajustement structurel », relève un ancien syndicaliste d'El Hadjar. Cela correspond aussi à la première année effective de la trêve de l'AIS, à la scission de Hassan Hattab qui a affaibli le GIA après les grands massacres de 1997 et aux lendemains du « grand traitement » du pourtour d'Alger, de Ouled Allel à la forêt de Baïnem. Tout ce qui s'est dit sur les motivations économiques de la violence ne s'est pas confirmé. Ainsi des grands massacres dans la Mitidja et ailleurs qui étaient pour Louisa Hanoune une manœuvre pour chasser les fellahs exploitants de leurs terres publiques et ainsi les privatiser tranquillement. En 2005, le statut des terres de l'autogestion est le même qu'en 1986, même si les vrais exploitants ont parfois changé, pas nécessairement sous l'effet de la guerre. Tout ce qui s'est dit n'est pas faux aussi.
Enrichissement homologué
Les années de violence ont « segmenté » la société algérienne plus nettement, là où le populisme la maintenait dans un bloc rocheux difforme certes mais d'un tenant. Elles ont par exemple creusé les revenus entre les classes sociales. L'écart des revenus, à l'entrée de la période, environ de un à vingt entre un smicard et un patron de PME qui marche normalement (4000 dinars contre 160 000 dinars mensuellement). Aujourd'hui si le salaire minimum est passé à 10 000 dinars, les 160 000 dinars correspondent aux salaires des hauts cadres des grandes multinationales, boîtes et banques privées et de certaines entreprises publiques. Les revenus du capital se calculent bien deux à trois fois plus haut. L'écart entre les plus bas revenus et les plus hauts est sans doute supérieur à un pour quarante. Signe du chemin parcouru, tout le monde ne se rappelle peut-être pas qu'au tout début des années 90, la presse avait fait scandale de ce que le directeur général de l'ENCG avait, appliquant en cela l'esprit de l'autonomie de l'entreprise, fait voter des salaires de cadres dirigeants élevés Les mentalités à l'endroit de l'argent ont changé. Sans doute de guerre lasse. C'est la plus grande mutation à l'abri du couvre-feu et de la sirène d'ambulance. La preuve, l'irruption de la comète Khalifa dans le champ de vision des Algériens à partir de 1998 n'a pas fait broncher les sourcils. D'où avait-il cet argent ? « On le saura bien un jour », il a sûrement dû voler, mais l'essentiel n'est plus là dans un pays qui tente de s'extirper de la malédiction de la violence. « Puisqu'il crée des emplois en Algérie, laissons-le faire. » Dans le jugement populaire, la ligne de partage morale s'est déplacée en quelques années. Elle ne passe plus entre champions du détournement et industriels méritants, mais entre ceux qui créent de l'activité dans un pays qui vacille et ceux qui font fuir leur argent à l'étranger. Puisque tout le monde avance par la « tchipa » ou grâce à elle, faisons au moins une place à ceux qui « redistribuent » leur argent ici. Cette permissivité à l'égard de l'enrichissement était inscrite dans l'évolution des « mœurs » sous l'effet de la mondialisation, la disparition du bloc socialiste et le vieillissement du credo égalitariste de la Révolution algérienne : le chaos de la violence a précipité le mouvement de manière spectaculaire. Les jeunes gardiens de parkings disent « machaâ Allah » ou « Allah ibarek » au propriétaire d'une grosse berline rutilante ou du dernier cabriolet allemand. En octobre 88, ils auraient « caillassés » ce signe extérieur de richesse, nécessairement mal acquise. Les années de terrible violence politique ont été des années de rush pour survivre, mais aussi pour changer son statut social. On connaît la devise « j'échappe à l'attentat et je deviens riche » prêtée - abusivement bien sûr - aux DEC (délégués exécutifs communaux) qui ont remplacé de 1992 à 1997 les maires élus à la tête des municipalités d'Algérie. La faiblesse de l'Etat a fait voler la norme juridique en éclats. Le volume des marchés publics était au plus bas par ces années d'hyper austérité budgétaire, mais le trafic sur le foncier urbain et péri-urbain a constitué une vraie « compagnie des Indes orientales » pour des affairistes naissants. C'est au creux de cette tempête que la dérégulation la plus importante, la levée du monopole du commerce extérieur, s'est produite. Avec l'explosion du marché informel, elle a finalement permis, dans le sillage des importateurs, de démocratiser l'accès à la marge bénéficiaire du moment, entretenant l'illusion que le grand nombre, et pas seulement les plus audacieux, pouvait profiter du désordre pour « grossir » et pas seulement survivre. La guerre civile a fermé l'usine et apporté le container. Elle a rendu licite l'argent mal acquis. Rien d'étonnant jusque-là. L'histoire de la naissance du capitalisme - avec Braudel dans la Méditerranée - enseigne que ce sont les commerçants et la guerre de rapine qui accouchent de la bourgeoisie vertueuse dont le peuple ne se rappelle plus comment elle est arrivée là.


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