Le gouvernement d'Alassane Ouattara, le président ivoirien reconnu par la communauté internationale, a demandé hier l'envoi d'une mission de la CPI dans le pays, après avoir appelé à la force pour déloger Laurent Gbagbo du palais présidentiel. Face à l'intransigeance et au refus de Gbagbo de se soumettre aux croissantes pressions internationales, le camp de son rival Ouattara durcit le ton. Le Premier ministre de Ouattara, Guillaume Soro, chef des Forces nouvelles (FN ex-rébellion), a appelé hier la communauté internationale à envoyer une mission de la Cour pénale internationale (CPI) en Côte d'Ivoire pour établir les responsabilités vis-à-vis de la détérioration de la situation dans le pays. «Nous attendons que la CPI puisse envoyer une mission» dans le pays pour «établir la responsabilité des uns et des autres et que tous ceux qui sont impliqués d'une manière ou d'une autre soient transférés à La Haye», a-t-il dit. Mercredi, Laurent Gbagbo avait réaffirmé, quant à lui, qu'il «résistait» aux pressions internationales lui demandant de céder le pouvoir à Ouattara, évoquant une «lutte indispensable pour libérer l'Afrique». Les déclarations de ce dernier attisent plus la tension dans le pays et continuent de susciter des inquiétudes internationales du fait du risque majeur d'une guerre civile en Côte d'Ivoire. Selon M. Soro, «tous les ingrédients d'une guerre civile sont réunis (…) nous sommes face à une folie meurtrière et il n'est pas exclu que ce régime (...) devienne de plus en plus violent et suive la voie suicidaire», a-t-il dit. ATROCITES La tension née de la crise post-électorale en Côte d'Ivoire a fait 173 morts, alors que 471 autres personnes ont été arrêtées entre les 16 et 21 décembre, a indiqué hier la Haute-Commissaire adjointe aux droits de l'homme de l'ONU, Kyung-Wha Kang. «Cette situation s'est caractérisée par l'usage excessif de la force par les partisans de Laurent Gbagbo», a-t-elle ajouté. L'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (Onuci) a également accusé hier les Forces de défense et de sécurité (FDS), loyales à Laurent Gbagbo, de l'avoir empêché d'enquêter sur l'existence éventuelle de charniers à Abidjan tout en confirmant la présence de combattants armés originaires du Liberia. Par ailleurs, en vue d'examiner un projet de résolution dénonçant les «atrocités commises» en Côte d'Ivoire, le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a entamé hier une session spéciale consacrée à la situation critique dans ce pays. Cette question sera également au centre d'une réunion de la Cedeao prévue aujourd'hui à Abuja. La situation politique en Côte d'Ivoire continue de soulever les préoccupations de plusieurs pays et organisations mondiales, qui ont d'ailleurs imposé des sanctions à l'encontre de Gbagbo, jugé comme «source du problème». La Cedeao et l'UA, ont suspendu la Côte d'Ivoire en tant que pays membre, alors que de sévères sanctions ont été adoptées par l'UE et l'ONU contre Gbagbo et son entourage. Les Etats-Unis, quant à eux, entreprennent des discussions avec la Cedeao sur une éventuelle augmentation des troupes de l'ONU en Côte d'Ivoire, en proie à l'insécurité depuis le second tour de la présidentielle, le 28 novembre. Pour rappel, la victoire d'Alassane Ouattara avait été prononcée par la Commission électorale et reconnue à l'étranger, mais invalidée par le Conseil constitutionnel qui a proclamé président le sortant Laurent Gbagbo.