A l'initiative de la fondation le Fennec d'or, ont été animées, hier, à l'hôtel El Riadh à Sidi Fredj (Alger), des conférences sur « La langue du dialogue » concernant les productions télévisuelles des fictions dramatiques. Dans son intervention, le critique et scénariste égyptien Mohamed Sid El Aïd dira que le dialogue touchant aux feuilletons dramatiques obéit à trois principes dont il faut tenir compte. Il citera, en premier, le critère du lieu. Ce dernier détermine « l'environnement dans lequel se déroule l'histoire. Et comme chaque pays renferme plusieurs dialectes, le lieu a un impact important sur le dialecte qu'on doit utiliser. Il doit l'incarner ». Suit le principe « temps ». Vu qu'il y a des mots qui « disparaissent avec les choses qu'ils désignent, il faut ainsi les éviter, ils sont anachroniques et le public ne comprend pas leur sens ». Il évoquera enfin la question du personnage. « On doit tenir compte de son origine sociale et déterminer ainsi comment exploiter ses capacités », expliquera-t-il encore. De son côté, l'ex-responsable de l'Union nationale des écrivains algériens, Azzeddine Mihoubi, constate que la production dramatique algérienne a connu, ces derniers temps, une rupture avec le monde extérieur à commencer pas les pays maghrébins. En matière d'écriture des dialogues, il énumère quatre propositions à même de la développer, à savoir la nécessité pour les concernés de suivre l'actualité des éditions d'œuvres littéraires, la création d'ateliers d'écriture de scénario, l'organisation de forums pour évaluer la qualité des travaux en la matière et laisser libre le scénariste quant au choix de la langue à utiliser pour élaborer son scénario. Le même intervenant a rappelé les critiques dont a fait l'objet son scénario qui a servi à la réalisation du feuilleton sur Fatma n'Soumer. « Vu le contexte historique vécu par Fadma n'Soumer, je devais utiliser comme langues d'écriture du scénario tamazight, le turc, le français, l'arabe populaire ou l'arabe classique. J'ai opté pour l'arabe classique pour le fait qu'à mon sens, cette langue est unitaire et assimilée par un large public », indiquera-t-il. Pour le réalisateur et scénariste syrien Samir Zikra, le problème de la langue d'écriture du dialogue n'est pas spécifique à l'Algérie, « il se pose dans de nombreux pays, à l'exemple des Etats-Unis ». Ainsi, « le problème se situe dans cette capacité d'aboutir à la coexistence des différences. Il y a des langues rurales et urbaines, des dialectes, des parlers. Il y a aussi des gens instruits et d'autres analphabètes. Il faut aussi tenir compte des stratifications sociales. Le génie et la création consistent, face à cette situation, à trouver une langue d'écriture qui puisse absorber toutes ces différences et atteindre ainsi un public large ».A son tour, le réalisateur algérien Belkacem Hadjadj estime qu'une œuvre cinématographique crée des émotions. Pour ce faire, il est impératif de « combiner et exploiter les paramètres cinématographiques universellement consacrés ayant trait au son, à l'image, au décor, entre autres. Et la langue du dialogue traduit des émotions et les communique. C'est une langue vivante qu'il faut inventer ». En Algérie, poursuit le même intervenant, « les feuilletons sont lourds » et « très bavards ».